07.10.2006

Henri Troyes

 

 

L'auteur aimerait que l'on vienne ici critiquer son écriture et sa façon de faire pour pouvoir vous offrir l'an prochain des textes plus aérés et plus français car il faut le savoir, ... est-ce étonnant :

 

La langue française est reconnue par la constitution française ...

 

 

depuis 1992

 

 

Non, non vous n'avez pas mal lu ... foin de Rabelais, Molière, Voltaire et autres Jean d'Ormesson.... 1992, c'est pas aussi loin qu'on ne le pense donc, je n'ai pas encore eu le temps d'apprendre à "bien" écrire...

 

 

Vif du sujet :

 

C’est en retrouvant dans le fourbi des lettres d’admiratrices que j’ai retrouvé cette phrase-là :

 

L’informatique a tout de même du bon, j’ai tapé Google Henri a un gros sexe (c’est ce qu’il disait avant de recevoir un coup sur la caboche et c’est ce que Céline racontait à tout le monde) et j’ai été édifiée !

 

 

J’ai donc décidé de republier Henri Troyes. Il s’agit d’une version différente de la version originale, il est évident que toutes les personnes qui se reconnaîtraient auraient totalement raison.

 

 

J’ouvre les yeux, j’ai mal de tête.

— Tu reviens de loin, poussin.

— Je ne me souviens de rien.

— N’oublie pas que tu dois te présenter aujourd’hui.

Je ne me souviens de rien

Je me souviens de tout je ne me souviens de rien je me rappelle tout. Je m’appelle Henri.

Elle s’appelle...

Je ne me souviens de rien.

Elle s’appelle Lulubelle.

 

J’avais été heureux, je n’avais jamais été aussi heureux que lorsque je l’ai vu entrer, petit bonhomme gris, cheveux noirs bouclés, un ninas éteint à la bouche, un imper mastic mal boutonné.

— Ne dites rien dit-il, vous êtes sous le choc, je suis heureux.

 

Nous étions les bienheureux.

— Je suis heureux de vous trouver vivant, va falloir le rester, je vous délivre et je vous convoque, je suis Palumbo, officier de police, on ne dit plus lieutenant maintenant, nous sommes tous égaux sauf les supérieurs qui sont plus égaux.

 

Où suis-je ? Qui suis-je ? La police ? Ai-je fait quelque chose de mal ?

 

— Ne bougez pas, l’ambulance va arriver, on va vous reconduire chez vous, je suis Palumbo, vous serez mon témoin.

— Vous allez vous marier ?

— Vous serez même le témoin, le seul et unique témoin pour nous permettre de coincer ces infâmes trafiquants.

— Où est-on, qui suis-je donc ?

— Nous sommes dans la cache secrète où ils vous avaient emprisonné, vous ! Vous êtes Henri Troyes.

— Henri III ?

— Henri Troyes, quarante ans père de famille époux d’une dame Lulubelle.

 

Henri III, comme c’est étrange, je ne me souviens de rien.

 

Témoin , Témoin de quoi, qu’en faire de ce mot sinon le lancer à la foule, le donner à pâture à cette œil de lynx qui poétise les mots, à ce chauve qui en fera une nouvelle aventure, à Julie Larousse qui le rangera soigneusement :

Témoin, celui qui témoigne.

Le petit Robert en rit encore.

Moi, témoin ?

Moi Henri III ?

 

 


Le docteur Alain

 

Je ne comprends plus rien à toute cette histoire, des petits noirs passent que j’ennuage de lait condensé, je regarde Amalia qui me sourit et je lui demande :

— Alors, je suis Henri III ?

— Mais oui poussin, repose-toi encore un peu, le docteur a bien dit que tu devais te détendre tout le temps qu’il faudra.

— Il faudra longtemps ?

— Je ne sais pas, ne t’inquiète pas, tes copains pourront venir, et tes amies aussi, tu sais, je veux te retrouver comme avant, une maladie cela se soigne.

— J’ai donc été malade ?

— Accidenté plutôt mais je le répète, aujourd’hui tout va bien, Alain va d’ailleurs venir vers dix heures.

— Alain ?

— Oui, le docteur, tu sais, le petit avec sa trousse noire.

Ah ! Le docteur Alain.

Reste tranquille, je vais t’arranger les coussins pour que tu puisses t’asseoir convenablement, sur la chaise, j’ai déposé quelques ouvrages, il y a quelques Dumas, Alexandre le père, et puis le fils, et puis Mireille. Il y a un Jean-François Solnon, un Cronin et puis une plaquette de la petite Céline qui tient boutique derrière chez nous, près des quais, et puis l’Express et Télérama et un dictionnaire de poche comme cela, si tu veux faire les mots croisés, tu trouveras de l’aide. Bon, là, faut que j’y aille.

— Tu vas où ?

— Poussin, faut que j’travaille, tu comprends, faut bien rentrer des sous, moi aussi j’aimerais passer la journée près de toi, enfin, il y a aussi ton clavier, l’écran, le bidouilleur, tout à ta portée sur la petite desserte à roulettes.

 

Avant que je lui dise que j’aurais voulu une liseuse en peau de vache des alpages suisses, Amalia virevolte dans sa jupe gitane, elle a de belles jambes elle claque la porte en sortant.

 

J’attrape le dictionnaire en étendant le bras, je suis donc le fils de Jean ? Est-ce possible ?

Je serais duc d’Orléans et même d’Anjou ? Est-ce possible, d’Anjou ? Une sorte de Remy Panier alors ?

Je voudrais me lever mais je sens bien que je ne tiendrai pas sur mes jambes, est-ce ma maison de Blois ?

Il y a un journal, je voudrais le lire mais je suis si faible, j’aimerais y lire que je suis connu, que j’ai parlé hier soir à Jack, que de Guise a perdu au casino.

 

L’écran scintille un peu, suis-je connecté ? Le radiateur glougloutte, est-ce normal, j’ai un peu mal de tête, est-ce la maladie ?

Un message étonnant : LES JUGES FONT CRÉDIT A BATTISTI.

Je ne le connais pas, mais tout de même, c’est étonnant, les juges d’aujourd’hui sont-ils banquiers ?

 

 

 

Samedi matin

 

Bien que nous soyons samedi, le docteur Alain est passé ce matin, la femme (ma femme ?) est sortie avec lui en disant qu’elle allait travailler. Travailler, c’est quoi ? Le docteur Alain a dit que j’étais manésique, c’est quoi ? Il faudra que je cherche au dictionnaire ou demander à mon amie Julie, celle qui a les cheveux en feu, j’aime beaucoup.

Il paraît que je vais devoir vous quitter pour quinze jours, un séjour en cure.

 

— Tu verras, Poussin, tu s’ras bien m’a dit la personne du sexe.

 

 

 

Mystère de l'informatique, j'aurais juré que j'étais passé hier.

 

Comment m’y repérer ?

 

 

Il me semble que je perds la grammaire, l’orthographe et tout le sel de la langue, à zéro, je suis à zéro. Enfin, « elle » essaye de m’en convaincre.

Je lui ai demandé de m’apporter un Grevisse de la bibliothèque.

 

Souvenir (se)

 

Je ne m’y retrouve pas dans mes souvenirs, ai-je le souvenir de quelque chose ? de quelqu’un, je cherche dans ma mémoire, je me retourne dans le passé, je scrute les mouvements de l’avenir.

Pour l’avenir, cela semble organisé, les ambulanciers viennent vendredi matin, ils vont me conduire en cure.

Comment organiser le vide dans son cerveau, le clavier et l’écran qu’Amalia me laisse me sont-ils d’un quelconque secours ?

Souvenir.

Souvenir (se) pronominal trans. Ind. Je me souviens de vous, qu’est ce que cela peut-il bien dire ?

Souvenance – souvenir : v. mémoire. Nir, nance, où vais-je ?

Souvenir (se) (du lat. subvenire, se présenter à l’esprit).

Je me présente, je m’appelle Henri.

Cela ne mène à rien.

La vérité !... plein dans les souvenirs de famille.

Famille ? Amalia ? Le docteur Alain ? Le policier ?

Le policier l'interrogea. Son cerveau tournait à des milliers de kilomètres par heure. Elle se demanda si elle pouvait tout dire ou si il était préférable de se taire. Elle avait envie de vider son sac, mais la consigne était claire. Elle raconta donc le strict minimum : à partir du moment où elle sentit le choc. Isabelle ne dit mot sur les visites de Vincent de ces deux derniers jours.

Il y aurait donc un sac que l’on vide ?

Vincent ?

Un amour socratique.

Un vice honteux dont on charge quelquefois la mémoire de Socrate.

Un grec, souvenir, Socrate, je vois, Vincent, non, il n’est pas dans ma vie. Isabelle ? Oui, je diffuse une image d’Isabelle, souvenir, brouillard, mémoire.

Alcibiade.

Sodomie: v. coït anal.

Consulter le Robert.

Robert. Chanoine de Brioude fondateur de la Chaise-Dieu.

Les biberons de marque "Roberts" furent les premiers équipés d'une tétine en 1888. Souvenir agréable de lèvres et de succion de roberts.

Souvenir, mamelons, petits, fillette, argumenter le souvenir.

 Sans brusquer une fillette,

 Moi j'attends patiemment

Qu'elle soit bien en goguette

Pour pousser mon argument.

Je m’y retrouve mais il n’y a rien que du brouillard, je ne m’y retrouve pas, je ne rassemble pas les idées, la compréhension ne vient de rien.

souvenir n. m. Mémoire. Cela s’était effacé de son souvenir.

Suis-je seul à me poser mille questions sur tout ce qu'impliquait l’image d’Amalia ?

-           Merci d'être venue si vite, dit Mac Aulife.

-           La situation est si préoccupante?

-           Nous le craignons. Mais asseyez-vous, je vous en prie. Vous n'avez pas eu le temps de déjeuner, je suppose. Partagez avec nous ce modeste en-cas, dit Van Johnson en désignant les minuscules barquettes de légumes, les canapés de saumon, de foie gras truffé et de caviar abondamment disposés sur des plateaux de vermeil.

-           J'ai une faim de loup, déclara Swap en prenant place.

Elle choisit un assortiment de canapés et les mâcha.

Sorgues n'eut même pas à partir sur la pointe des pieds. Ces deux-là l'avaient totalement oublié, emmurés dans leur univers, ils poursuivaient un rêve qui les mènerait, ainsi que tous les rêves des hommes, au néant.

Souvenir.

Néant ?

Fait de se souvenir. Conserver, perdre le souvenir de quelque chose, conserve, mettre en conserve. Se servir de son con.

Sophie, Sioran Nicolas...? Dieu (qui n'existe pas) que c'est facile à dire quand on ne se souvient de rien.

J'suis contre les mots détournés, ceux qu'on prend en otage et à qui on fait raconter n'importe quoi en prétextant la vérité....Mais les mots qu'on planque, l'auto-censure...j'suis pas contre. Contre ? Être contre Sophie ? Nicolas, Nicolas....ces mots cachés, sont là de toute façon. Saint Nicolas ? Tout l'art réside en la capacité de lire au delà de ce qui est écrit. Ça me fait penser, penser mémoire souvenir les mots les maux la langue l’émission le comédien, ah oui, le fameux Jean.

Jean Passe.

Et Desmeilleur. Ne joue-t-il pas encore mieux ?

Isabelle Amalia, Sophie, elles se débusquent, le flou cerne les voiles qui les entourent.

Le plus "important" n'est pas forcément dans le mot qui a l'air d'exister mais dans celui qu'il permet d'imaginer, juste en dessous.

                                   En situant bien.

En calculant les polices, le mot en dessous du manteau, la peau nue dans la fourrure, le fantasme de Sophie.

Image, idée, représentation que la mémoire conserve. Souvenirs de collège. Évoquer de vieux souvenirs communs. (Plur.) Livre de souvenirs. Écrire ses souvenirs.

Écrire, écran clavier acteur. Il n’y a plus que des acteurs dit-on à la radio qui parle de la télévision.

Il faudra que je demande à Amalia qu’elle apporte une télévision dans la chambre.

(Dans les formules de politesse.) Mon meilleur, mon affectueux souvenir à vos parents.

En souvenir de: pour conserver le souvenir de. J’ai gardé cela en souvenir de lui. ­ Absol. Il me l’a donné en souvenir.

Le duo d'accouchement maman le petit gniasse, voilà un accord à se souvenir...

Et la petite maison ouvrière, la dernière année, quand elle venait plusieurs soirs par semaine...Elle mit la clé dans la porte d’entrée. Corinne pénétra dans la pièce, le panier à provisions à la main. Il n’est pas en forme aujourd’hui. Il est heureux qu’elle soit là. Cela lui fait du bien, intensément. Pour une fois, il a laissé les livres sur la table et est resté au lit. Cela n’arrive pas souvent, un gros rhume et un coup de cafard parce que depuis quelques semaines, elle vient moins souvent.

Sophie, Corinne, Isabelle, Éliane.

Je sens bien qu’il y a une Éliane.

Elle prenait sa voiture pour aller jeter ses bouteilles de vin, de bière ou de lait en verre dans la benne à ordures destinée au recyclage, je vais à l’ bulle disait-elle, cela faisait ainsi davantage de mal que de bien si l'on prend en compte les litres d'essence nécessaires pour faire ce trajet. Et le temps, et le docteur qu’elle disait avoir rencontré, le docteur Alain ?

Oh mais je vous rétrospective, mes belles, tout ici m’y ramène, un vase sur le manteau de la cheminée, le manteau ouvert d’Hélène et je joue Pâris, je mythologise !...Elle aimait les garçons, Hélène.

Elle disait qu’elle a beaucoup à faire mais que lui, il ne doit pas s’en faire, qu’il va devenir un grand ingénieur, il sera un super patron, un chef.

Un chef que l’on conchie, un chef qui branle un chef couché étendu claviotant parkisonien.

Jean-Pierre Henri est-il ironique; se décrit-il tel un homme qui assassine six femmes — il les fusille, les noie, les guillotine, les empale, les enterre vives, les fait attaquer par des faucons.

Allez savoir pourquoi, les vedettes descendent toujours au Carlton. Et lorsqu’elles condescendent à vous recevoir, c’est souvent dans leur chambre qu’elles vous font l’honneur de leurs confidences.

Est-on au Carlton, à Cannes au Carlton en 1925 ?

Se souvenir pour un auditoire.

Professeur, je professe, comment se souvenir, fesse, fesses d’Isabelle, de Conchita, d’Aimée, de Mademoiselle M ? de Danielle ?

Suis-je mécontent de mes émotions, Henri s'en voulait-il d'avoir les tripes nouées pour un gros tas de viande, Arlette, Huguette, Marinette, Claudette, Sylvette anciennes jeunes vieilles condamnées. Renée, c'était ma première petite faiblesse. Tout à l'heure, au passage, sans rien vous en dire, Isabelle Éliane Claudine, je me suis laissé prendre par le souvenir de mon premier lancement.

Mais Frédéric n'écoutait plus, les yeux agrandis sur un souvenir troublant. Il revoyait le cul, les reins, le dos à ressorts de sa belle maîtresse brune, déchaînés par la volupté, et qui ne portaient, il en était absolument certain, aucune cicatrice...

Souvenir Frédéric, de Prusse ? Bleu ? Les maux les mots Momo, mon ami Momo qui habite rue de la Victoire.

Jambes croisées, enfoncé dans le matelas, sous une couette monstre, un doigt sur la bouche, les yeux rivés, soudés a l’émerveillement sur mon invitée, j’écoute, religieusement, sa vie qui se révèle parfois et s’esquive souvent. Les yeux fermés, Éliane Isabelle Sophie Natacha, il y a une Natacha. Des mots givrés, un apéritif italien une musique douce, Johnny Halliday.

Suis-je un ancien négociant en vins et spiritueux, ai-je englouti une vraie fortune dans les casinos, les chevaux et les femmes, je ne sais trop dans quel ordre, Knokke le Zoute, Valéry en Caux, Deauville la Grande Motte, une blonde, de gros seins. Révolté par une telle débauche, tout le monde m’aurait-il proprement largué : la femme, les gosses, et tout le reste de la famille. Charline se souvenait avoir entendu sa grand-mère clamer qu'elle applaudirait au suicide d’Henri le dégénéré.

Je survécais, et de manière romantique !

Céline attendait avec Monsieur Dubonnet ou alors elle prenait des bains, se parfumait, faisait ses ongles, passait du rouge sur le bout de ses seins, brossait ses cheveux, enfilait un déshabillé, tout cela pour se préparer aux scènes qui allaient suivre.

Je voulais qu’il me trouve dans mon bain, raconta-t-elle. Il me disait qu’il arrivait. Mais il était retardé. Cela se produisait souvent.

 

Étais-je un attardé, un retardé souvenir mots mots Momo, te souviens-tu de moi ?

Un libidineux ?

La force ou l'énergie sexuelle guident-elles ma libido ? .

Sexuel, mots, Hollinx qui trouve des mots le lundi.

Dis-moi Céline, les années ont passé, as-tu écrit Bagatelle pour un massacre?

En sortant, il fallait que je prenne date pour un rendez-vous.

 - Tu sors le soir ? lui demandais-je

 - Pas souvent car j'ai beaucoup à faire, répondit-elle dans mon souvenir.

 - Le cinéma ça te dit ?

 - Pourquoi pas ?

 - Quand ? 

 - Ce soir, demain sinon la semaine prochaine.

On se mit d'accord pour la semaine suivante. Je me gardai bien de parler de cette rencontre avec mes amis qui n'arrêtaient pas de me plaisanter. Je revis donc Héloïse la semaine suivante. Éliane, Claudine, Marcelle, il y a eu une Marcelle ?

Chauffe Marcel !

Je suis cloué dans ce pieu, je suis au pieu, le pieu me transperce le cœur. Suis-je ménopausé ? La faculté me désignera-t-elle comme le phénomène bio-psychosocial du quartier, le docteur Alain convoquera-t-il des spécialistes sexuels qui feront des thèses sur la grande période de la pré-ménopause, de la ménopause et de la post-ménopause. En parlera-t-on chez Mireille Dumas, chez Michel Drucker, la mémoire collective me revient ?

J'ai des souvenirs à lui raconter qui le feront craquer littéralement!   Dans cette ville du sud de l'Angleterre, je n'avais pas grand chose à faire par cette journée de samedi, la semaine anglaise, la sauce, la clé, perfide Albion.

Churchill, politique, les réseaux, (capital, politique et médias) à travers lesquels se tisse, le plus souvent à notre insu, des relations associant de manière régulière les principaux dirigeants mondiaux des milieux économique, politique et médiatique dans un projet capitaliste commun, que rejoignent plus ponctuellement certains responsables syndicaux, des personnalités scientifiques et culturelles de renom ainsi que des intellectuels et même quelques représentants de la société civile.

Ça y est tout arrive je récupère qui est Amalia, pourquoi ce docteur Alain me fait-il prendre une gélule toutes les deux heures, toutes les deux heures ! Une litanie, des rogations, dérogation, déroger, comprendre souvenir, nuage mal de tête mal fièvre affreux aphteux vaseux.

On toque. Entrez Elle entre. La connais-je, connasse, connu con, j’y retourne conchiant concupiscent, « J'ai les cassettes » elle me les tend, l’étang.

Je me souviens du cri que tu as poussé l'été dernier en regardant Billy l'exorciste à la tronçonneuse, un bon boulot, j’adore, surtout quand il mange le bébé de la Polonaise.

Je cherche sous le lit en tendant le bras, chassant des araignées, «  j'ai les chips ».

Claudine, Huguette, Sophie, elles détestaient  ce genre de film mais elle savait que j’avais besoin de sa présence, elle plaça la première cassette dans le magnétoscope, probablement une pièce de musée, puis appuya sur Lecture.

« Ça va mieux ?» me demanda t'elle.

 

Il n’y avais rien à voir, il n’y avait pas de télé, seul le magnétoscope ronronnait, la pièce est vide zonzon zon zon dit l’appareil qui ne se souvient de rien. Dans l’autre coin, il y a quatre coins plus un recoin, le frigo répondit bzom bzom.

La touche avance rapide n'était plus qu'un vague souvenir sur l'appareil. Et il n’y avait pas de rewind, comment se souvenir ?

Ce souvenir.

Sous venir.

Subvenir. Besoins, besoin, besoin de rien envie de toi. Je bande, Comme c’est étrange !

La considération du politique à l'égard de la culture confine bien souvent à l'indigence. Dans le monde culturel, il y a des artistes, des créateurs qui travaillent dans des conditions qui défient le bon sens, au lit, sous la couette, je bande, je suis tout dur, Amalia, le docteur Alain, peuvent-ils quelque chose pour moi ?

Faith ????? »

« Oh c’est gentil de vous souvenir de moi les copains » elle s’approcha du lit. Mais Claudine s’interposa, tandis que Céline repoussait le clavier.

(Objets concrets.) Ce qui rappelle la mémoire (de qqn, de qqch). Cette photo est un souvenir de lui.

Souvenez-vous du Maine ! Au diable l'Espagne !

Nicolas

Saint Sarcozy Sarcophage Polonais Saul Sous ton balcon, il est mort ai-je entendu dire. Mort ?

Alors, il n’y a plus que le souvenir.

Je ne peux donc pas mourir, je n’ai pas de souvenirs.

Spécial. Bibelot qu’on vend aux touristes comme souvenir. Marchand de souvenirs. Marchand de sable pom pom pop om, certains vont dire que je chante faux.

La faucheuse, ah ah

Le clavier clignote, je lis un Lublok, une Canadienne, chauffeuse, manteau, imperméable trench coat, Coêtquidam, que dit-elle ?

Hier soir en rentrant chez-moi, je débarque de ma voiture et je me dis que je vais aller marcher un peu. Il fait beau, ça va me détendre et je vais peut-être passer une nuit digne de ce nom. Je rentre donc pour m’habiller un peu plus chaudement et puis je ressors.

Je m’élance donc dans la rue en pensant à tout et à rien. Je suis dans un quartier tout ce qu’il y a de plus résidentiel. À un moment, j’entend une voiture qui ralentie derrière moi, mais elle ne me dépasse pas. J’entends le bruit du moteur, sans plus. Je me retourne, un vieux pick up gris qui avance tout tranquillement. J’en fais pas de cas. Je continue mon p’tit chemin. Voilà que j’arrive dans un p’tit bout qui doit faire une trentaine de mètres tout au plus, je sais même pas, où il n’y a pas de résidences. Le foutu pick up s’avance à ma hauteur. J’suis sur le trottoir à côté, je me retourne, première chose que je vois c’est un homme, sexe à la main qui se masturbe en me regardant et en continuant à avancer à ma vitesse. J’accélère le pas, je fixe la prochaine résidence en ayant l’idée fixe de foncer dans le stationnement aussitôt que j’y arrive. Le temps paraît long. Je respire vite, je stress. Je fais quoi s’il m’embarque? Il ouvre sa fenêtre côté passager. J’accélère encore le pas, mais j’suis incapable de partir à courir. (J’y pense en fait?). J’entend ma respiration et sûrement que lui aussi et que ça doit l’exciter le salaud. Regard rapide dans le pick up. Les yeux qui ne peuvent regarder autre chose que son sexe dans sa main. J’ai peur. À quelques mètres de la résidence, il accélère et pis s’en va. Trop conne pour récupérer son numéro de plaque d’immatriculation c’est à ce moment là que je me décide de partir à courir direction chez-moi. Une voiture de police qui passe dans la rue. Les arrêter? Pour leur dire quoi? Il a filé. Je ne sais rien à part le fait que c’est un vieux pick up gris. J’entre du côté de chez mes parents. À bout de souffle. Je raconte tout, encore sous le choc. Ça fini par passer.

Je me douche, je vais au lit. Cette promenade qui devait m’aider à bien dormir a eu tout l’effet contraire. Nuit de merde.

Beaucoup plus de peur que de mal.

J’habite dans une p’tite ville. J’suis pas à Montréal. Ça arrive des trucs comme ça ici aussi? Il fait ce p’tit jeu souvent? Il a déjà traumatisé des p’tites filles en faisant ça? J’ai 28 ans et ça m’a mis dant tout mes états. J’ose même pas imaginer une jeune fille à qui ça arriverait.

J’suis dégoûtée.

C’est fou ce qui se publie, Hélène s’appellerait-elle Hélène ? j’ai pris une douche avec elle, je me suis masturbé contre sa jambe, cela m’a fait du bien. Lique, un autre Lublocage, Didon et l’autre là qui dit que :

Sur mon blogs je râle sur tous ce que je trouve injuste.  Exemple: le prix du pain et les visite chez le médecin qui augmente souvent alors que mon salaire n'évolue pas beaucoup lui.   Merci de ta visite

Y a pas de quoi, je ne sais même pas où je vais. Le passé, les remords ?

Stany Kefer a relu, m’a-t-on dit, plus souvent que moi les définitions des quatre dictionnaires, pour bien s'imprégner de la notion de remords.

Qu’avait-il a en foutre de cette nouvelle qui se publie : avoir des remords. Et il doit gagner le concours. Que va-t-il faire en cette galère ? Y aurait-il un New’s academy plus subtil que Police quinto ou Chansons à la carte ? Les trompettes de la renommée, y-en-a, j’te jure, z’ont vraiment la boule à zéro. Avoir des remords et l’écrire ! Cela ramène de suite des picaillons, ceux qui, dit cet Ostrogoth, manquent, tiens, simplet relis Papillon et bientôt les mémoires d’un enfermé Arlonnais, ça, cela fait du blé, remords, kèsako ?

Quatre dictionnaires et il dit qu’il manque de blé ? Ce Stany, un trompeur, un maffieux, un homme de réseau, peut-être même un sbire d’Electrable qui vous coupent quand bon leur semble. La circoncision dé facto, le facteur, je me débrouille je m’embrouille le brouillard aspirine Bayer Agfa Gevaert y a pas photo Gosselies le Congo Matabiche, saka saka, Sophie, ça boume, l’essence Simoun, un vent venu d’ailleurs, aie l’heure, t’as vu l’heure, j’ai rien vu, j’ai même paumé mes lunettes, enfin, seulement le verre de droite, je tire un peu à gauche je recharge le Wesson tandis que Smith part faire son boulot, j’aime les gens sérieux Alain, il est docteur dit Amalia, il lui rend visite moi aussi j’ai bien aimé être docteur, elle s’appelait Denise, elle avait un chewing-gum qui goûtait la fraise, j’ai léché sa fraise, dentiste, autiste, enfermé, Alain, le docteur Alain, à l’intérieur Stany, menteur, Africain de mes deux, Stany premier lauréat, on rigole, quand il travaillait à radio-Luxembourg, on rigolait de lui, il savait toujours tout, jusqu’au jour ou Den’dé lui a donné un mauvais café, un vrai moka, un arabe, y qu’eux d’mauvais, vais mal, mal, dur fièvre longueurs et pointes, Amalia, Claudine, Sophie, Céline, Corinne, quatre dictionnaires, quatre pas trois, quatre, mais où est-il allé les chercher, de quoi ai-je l’air avec mon petit machin de poche, mouchoir, docteur Poche Wasterlain, Pointu, le trésor du machu Pichu le fichu sur la tête des vierges c’est fichu pour mon avenir, quatre dictionnaires et je n’ai que six jours devant moi, les ambulanciers viennent vendredi Vendredi L’île, le lagon bleu Brooke aujourd’hui c’est dimanche Amalia n’a pas parlé de travail, elle m’a quitté il y a cinq minutes il y a cinq heures le temps passe elle devait porter des roses blanches à sa maman, c’est mignon, où trouve-t-elle l’argent , connivence-t-elle ?

Mémoire, étudiants, elle tape des mémoires, elle me taperait peut-être aussi ? Écrit-elle pour Stany, je le sentirai, il fume des Craven A, je reconnais leur odeur, j’ai la mémoire des parfums, j’ai du nez j’ai la mémoire qui flanche ou quoi où suis-je qui êtes vous, on frappe à la porte, entrez redis-je...

Elle est entrée, j’ai eu la mémoire des gestes, je ne sais plus bien à quoi ils servent mais j’ai retrouvé les zones d’ombres, les mouvements, la souplesse des doigts, regardez, ça marche, elle est sous la couette et moi je ris, je ris, je ris.

Le diable en rit encore !

Henri.

Je m’appelle Henri.

Dans la rue, enfin, je regarderai quand je pourrai me lever .... 

Chante !

C’est dimanche, c’est le jour du sein ! demain, c’est même la journée de la femme, tout entière ! Toute entière, Entièrement, on pourra la regarder, la toucher, la saisir, s’en saisir, ne pas la saisir....

Quel saisissement !

Les femmes ont un jour et je ne m’en souvenais pas.

 

La cure s’annonce

 

Quatre demain matin disait le conscrit en ces temps-là

Trois pour les optimistes, cinq pour le compteur fiscal...

Quinze jours de cure et hop, hip hop, cela danse, la mémoire vive am stram gram ram et rom tartine et boterham, hache ou non la mémoire me reviendra, Alain et Amalia l’ont juré leurs grands dieux.

D’ailleurs elle revient, je le sens bien, c’est la journée de la femme, Henriette Huguette Céline, Claudine, Andrée, Annelise, Brigitte, Bretrande, Désirée, Doddie, Eugénie, Eliane, Francine, Folcoche, Grenadine, Germaine, Juliette, Jeannine, Isabelle, Isadora, Kalinka, Khebab, Louise, Laurentide, Marcelle, Monique, Nadine, Noémie, Ophélie, Onomatopée, Pauline, Prudence, Quelle, Quirinale, Renée, Raymonde, Romane, Suzanne, Sophie, Tania, Trudy, Ursule, Ulma, Véronique, Véritable, Wenny et Wouhwouh, Zoé et Zazie, elles sont toutes là, ce lundi de fête, ce lundi au soleil, tu vois Stany que la mémoire me revient, une balle dans la tête ce n’est pas suffisant pour me tuer, d’accord, cela ne mène à rien, cette courte semaine, on va y dire tant d’inutilités, mais après la cure, ah !

Après la cure, derrière la cure, des buissons, un cimetière.

Femmes je vous aime, je vous dévoile.

La société pharmaceutique pour laquelle elle travaille brasse des milliards d'euros chaque année. Elle ne s'occupait pas vraiment de la partie scientifique des projets même si elle en avait eu la formation. Elle avait gravi les échelons petit à petit. Du simple laboratoire d'études sur les molécules au bureau de gestion des contrats avec les autres sociétés, dont les fournisseurs de "matières premières". Un poste important.

Des femmes ont des postes importants, ainsi, dans la rue, le facteur est une femme. Je dois attendre que le facteur sonne, trois fois, comme le train, le train siffle et Anthony chante, tu vois que la mémoire revient Poussin, m’a dit Amalia.

Rodriguez tu m’as tué, non, c’est Tortilla, on ne fait pas d’omelettes sans casser les œufs, le lundi au soleil... des femmes nues, des corps lascifs, des lacets au réglisse et à l’anis, l’honni soit qui mal y pense, panser le cheval le cheval de course je me régare régal gâteau on mange quoi, on mange quand ? Totoche t’as fait la cuisine ?  Je me dévoile, misogyne, miss Ogino. Trop rapproché sont ces deux trous, je sifflote, l’air me revient, du vent dans les voiles, la révolution, si le vit manque Pluviôse, il se fout tout droit dans Ventôse.

Le grand air, Faust et Marguerite, la Castafiore castratrice, tu le prononces bien me dit Alain en me represcrivant des pilules bleue pour le foie.

Tout me revient, la mémoire, les gestes, j’ouvre la bécane, je clichotte la prise tertiaire, j’enfiche la prise mâle, manque une multiprise faudra voir chez Blogarama ! Et puis passer à l’expo, vingt ans de macdo ! Vingt cinq berges que les Steve’ brothers ont dévoilé une petite boite beige avec écran incorporé qui fait "bong" et dit "hello" quand on l'allume... le Macintosh était né ! En mars 1984 le premier Mac fut exposé à la Maison de l'Informatique à Paris et, en ressortant, je suis pris d'une furieuse envie d'aller braquer une banque pour me le payer. J’ai foncé chez Pomme, je l’ai retournée, elle m’a dit, te v’la encore avec tes cochonneries ! Après qu'elle m'eut travaillé dans la racine de bruyère, j’eus des velléités de soudard et sans être de la brioche infernale, j’avais furieusement envie de lui tarauder la bagouze. Elle, bonne fille, se laissa vadrouiller dans le gros colon. 25 ans de Pomme dans la Peau...

La mémoire flanche, Pomme, c’est en 74, j’étais jeune et elle aussi, alors qu’a-t-on fait sans écran, pendant dix ans ?

Donc j’étais né et Pomme n’était plus vierge ? Et Claudine ? Et Denise ?

Bon bon, l’heure va changer quand je reviendrai de cure, et la saison, voilà, le printemps se pointe dans notre hémisphère, il est temps que je trempe réellement ma plume pour vous amener les textes promis ...en avril sans trop me découvrir.

Voilà l'effet des vitamines ! J’interloque l’Alain,... tout ecto qu'il est ! plasme ! plasma, écran que dit mon écran ce matin ?

André feuilleta d’un doigt distrait le dernier magazine de ciné qu’il avait ramené de chez Stef, son libraire préféré. L’idée lui était venue d’aller passer l’après midi au cinéma lorsqu’il s’était rendu compte qu’il était seul devant sa pizza froide.

S’il allait en ville, il rencontrerait des gens, voilà une bonne idée se dit-il et il se sourit de l’avoir eue.

J’étais chez Isabelle ? Non, Ai-je déjà lu cela ?

Je me dévoile encore, à mon sens, la question du voile du fédéralisme linguistique belge joue très précisément le rôle de roue de rechange. Pour être un substitut crédible, le nouveau problème doit remplir plusieurs conditions. Henri III est-il le fils de Céline et Henri ?  Est-ce une histoire belge ?

 

 

Cure d’eaux, cure dents ?

 

Légèrement penauds malgré tout, les responsables de Coca-Cola ™ et © Grande-Bretagne ont bien été obligés d'avouer que l'eau qu'ils vendaient sous la marque Dasani n'était que de l'eau du robinet. Les usines d'embouteillage recevaient l'eau par une canalisation, la filtraient pour faire bonne mesure et la mettaient en bouteille, cette dernière action ayant comme principal effet de multiplier la valeur du produit par plus de 3.000%  Depuis sa cage en verre, Dutroux a immédiatement réagi: "Si j'avais su, je me serais plutôt lancé dans le commerce des eaux minérales. Ca a l'air plus rentable que d'enlever des fillettes. Même si je n'ai pas enlevé de fillettes, puisque je vous rappelle que c'est Michèle Martin qui a tout fait pour le compte de Nihoul et que je n'ai rien à voir dans cette histoire et ne me prenez pas en photo s'il vous plaît.

D’ailleurs, en photo, serait-ce Henri ?

La photo n’a pas pris voir le pourquoi !

 

Hier, journée de la femme.

Oui, la journée de la femme, c’avait été une journée exceptionnelle, j’avais connu Boule et j’avais fait l’amour toute nue dans l’herbe sur une musique de Stevie Wonder.

Des mots qui traversait l’espace, le docteur Alain vient de me quitter, je monte à Amsterdam, me dit-il, faut-il rapporter quelque chose ?

 

 

Amsterdam, je ne sais même pas où c’est, je suis vaseux, plus qu’hier et l’ambulance, l’ambulance viendra vendredi me dit-on une fois de plus. J’ai essayé de téléphoner au Capitaine Nemo, il est aux abonnés absent ou alors j’ai mal compris la standardiste suave qui disait tape sur le trois francophone, sur le deux pour la technique sur le huit pour le septième ciel.

 

 

 

 

 

Les apparences sont trompeuses.

 

Bien entendu les mots qui traversaient manquaient de lenneté mais rien ne va plus, on profite du brouillard pour montrer des choses que je ne vois pas, une photo de paparazzi ! Comment y croire ?

Céline est venue dans la pénombre, je vais bien ...

 

 

 

 

 

Le fil d’Ariane.

 

Ils me prennent pour un sot, ils croient que j’engloutis leurs sales pilules, ils vont être surpris. Il en faut plus d’une giclée de P38 pour m’abattre. J’ai pu avoir Némo en ligne, il va tester le fil d’Ariane.

Un premier essai pour la route  avec une information banale : L’air de la campagne. Un sondage mené pour le magazine “Country Living” révèle que 41% des citadins ayant fait le saut vers la campagne estiment que le déménagement avait ajouté du piquant à leur vie sexuelle. Ananova qui rapporte certains des résultats du sondage nous dit que 39% ont noté une amélioration de la qualité de leurs relations sexuelles, 26% faisaient l’amour plus souvent, et 32% le faisaient plus spontanément. Qui plus est, le degré de “satisfaction” serait plus élevé chez les personnes ayant déménagé en campagne depuis cinq ans ou plus.

 

Cela est de bon augure, il paraît que le sana où l’on m’emporte vendredi, c’est la campagne.

 

Il aurait fallu donner de mes nouvelles à Alain et à Danielle, à Danielle surtout mais, les cartes postales de la semaine prochaine devraient suffire.

 

J’ai eu un moment une bouffée au cœur, le voisin, je crois que c’est le voisin est passé, il a frappé, il a crié, Lazare, lève-toi ! J’ai fait quelques pas dans la chambre, enfin, techniquement parce qu’en réalité je n’ai pas pu me lever , mais je ne voulais pas qu’il s’étonne, sans doute lui avait-on raconté l’histoire d’un lézard qui paresseusement restait au lit alors que les autres allaient au turbin.

J’ai relu un passage chez Ariane, qui m’avait bien plu : un scientifique lui conseilla :

"Si ta fille trouve quelque chose qui ne fondra pas entre ses doigts,

elle sera guérie."

 

J’ai voulu dire quelque chose et je n’ai plus retrouvé ma liberté de penser, pourtant le fisc n’avait pas ma nouvelle adresse. A cause du joint peut-être ? Lis-je trop ? L'étalon puissant peut être amadoué, mais si vous le traitez mal, il n'aura de but que celui de vous désarçonner. Tu vois le sens de tout m’échappe, la cure est-elle nécessaire, en veulent-ils à mon héritage ? Tiens, je vais les surprendre, je lègue mes lentilles à Hollinckx.

 

J’ai soif. Très soif. Une soif d'ivrogne. Une soif sans soif. Il me faut une bière, vingt bières ou n'importe quoi qui gonfle mon estomac et puisse m'assommer une bonne fois. Le capitaine me le criera : boit sans soif ! Je me redresse, tu vois que je peux déposer une jambe et puis l’autre, je pousse le cul vers le haut, je me prends les pieds dans une couverture. Je m'étale sur le tapis, le nez éclaté. Les larmes qui jaillissent ne sont pas celles du désespoir. Je me palpe la face et regarde ma main rouge et poisseuse. Vieux crado va encore dire l’infirmière qui apporte le repas de midi, parce qu’il faut le dire, Amalia travaille au dehors, tu vois, qu’est ce que tu vois ?

 

J’enfouis mon visage dans le tapis, lamentable. L’envie de boire ne m’est pas passée, foutue envie de boire. Je tourne la tête sur la droite et j’aperçois de la lumière, loupiote étrange sous le buffet où Amalia range le Nescafé pour les copains qui passeront aujourd’hui, et de l’oxo, et un peu de thé orange pekoe. Une toute petite lueur scintillante. Sous l'armoire !

Une horreur de lumière qui relancerait l’aventure ?  ma curiosité. Foutre le camp ou déplacer le meuble et... trouver la lumière. Mais je ne peux plus bouger, ces saloperies qu’ils me donnent, Alain et elle, me foutent le bourdon.

 

J’essaye de clicoter sur le G.

 

 

 

Et hop, en ligne : Allo ! Y a personne ?

 

 

 

Yolande.

 

Ainsi donc bien parler ne m’a pas servi. Ils m’ont cloué le bec avec leurs saletés, je suis convaincu qu’ils mettent des somnoliques et autres hallucinatoires dans le café, c’est pour cela que j’ai fait apporter un petit pot de Ricoré par la jeune dame que l’on m’a présentée. Elle est infirmière, regarde, en bel uniforme blanc et rose, avec un petit chapeau Bécassine. Comme elle a dit en riant, je vais vous faire la piqûre, j’ai été un moment inattentif et hop, mosquitoes in the fessard, deux fois, Bedos aurait ricané, ah ! la sâaââloppe...

 

Plus que morfondus, suicidaires, à moi !... à la renourriture ! agoniques !...Rameuter les copains, les amis, vous les copains, je ne vous oublierai jamais, sauvez Willy ! Si un crabe du fond de l’océan trouve des marcheurs blancs parrainés, vous aurez bien à cœur de me sortir de ce trou, où est-on ici, ici qui ne sera plus demain, c’est confirmé, une ambulance passera vers six heures demain matin. Ils croient que je n’entends rien, j’entends tout.

 

Je sais qu’ils racontent des histoires sur mon compte, des histoires à dormir debout, ils disent même que je suis homosexuel. Cela ne peut pas même se concevoir lorsque l’on est comme moi un homme de si grande piété, c’est une rumeur colportée par mes adversaires politiques pour me rabaisser, justifier mon remplacement et éviter un mélange des genres qui classerait les Saxe Cobourg au rang de jambon avarié.

 

Les critiques ne sont que le fait de partisans de la famille de Guise et des catholiques opposés à ma relative tolérance envers le nouveau maire de Paris et des amis borsalino-italiens. A propos d’Italien, me vient à l’esprit Palumbo, détective de la nouvelle police qui remplace celle qui n’était pas compétente en écritures. Que devient-il ? S’il est en planque, pourquoi n’intervient-il pas ? Où ai-je pris qu’il avait changé de métier, qu’il était devenu maître chanteur ? Ils seraient même plusieurs.

 

Il aurait été marié plusieurs fois et l’une de ses femmes serait, dit-on facilitatrice. C’est quoi çà ? Une sorte de madame cul-boutique ? Femme de policier, ce serait étonnant, non ? Une amie de cette Julie qui se pose des questions sur les hommes ?  Les Palumbo sont une grande famille et les recherches généalogiques ne sont pas le fort d’un handicapé alité. Le Palumbo de Monaco qui prétend pouvoir faire des recherches approfondies d’un simple click qui évite la grande claque n’incite pas plus à la confiance que mon policier à petite casquette Pokémon.

 

Des formes doucement arrondies, de jolis petits seins en forme de demi-orange, fermes, le regard ne peut qu’être charmé. Et nue, toute nue, elle a lancé au cornet des mots et des regards. Allongé sous la couette hivernale, je tente une attitude mignonne, charmante, gentille, de l’Henri tout entier, je tends l’oreille pour savoir, pour tenter de connaître la destination réelle de l’ambulance. Je n’ai entendu parler que de saints, Pierre, Gilles, Philippe et tutti quanti, l’Italie à nouveau, serait-ce à cause des pâtes d’hier soir ?

Et de Tampon et puis un nom étrange

 

Yolande est très mince, très adolescente mais déjà infirmière diplômée, m’a assuré Amalia. Et pourquoi donc s’est-elle mise toute nue, je grelotte et elle assure qu’il fait chaud, la fièvre ? Nous sommes encore loin de samedi soir. Et entre aujourd’hui et samedi, il y a vendredi, inéluctable.

 

Des pâtes, des Panzanni, même, oui, bien qu’ils m’aient attaché au lit pour que je ne tombe plus, je suis bien traité comme disent tous les détenus lorsqu’on les interroge, je suis même bien nourri, des pâtes vous dis-je, hier des raviolis, avant-hier des tagliatelles, plus tôt c’étaient des cornetti, des maccheroni, des tortilloni, des spaghetti,

 

L’autre là, que fait-elle, ne dirait-on pas qu’elle se prend pour la dernière cigarette du condamné ! J'en ai connu au moins douze, des vierges merveilleuses et musclées, et des apollons de lycée qui voulaient m'avoir à l'extase, que je leur fasse toutes les privautés, la veille qu'on m'assasse. Il y a longtemps que j’ai vu le tram et que j’ai chanté « Gare au gorille » !

 

Le roi était désespéré.

Que pouvait-il faire pour l'aider ?

Raconte l’Ariane, dans son petit poème qui m’est resté à l’oreille. Arian cela fait toujours trop de bruit. Que disaient-ils lors de leur dernière réunion, ici dans la kitchenette ? Oui, ils parlaient d’Ariane, ai-je affaire à des terroristes ? J’entends parler de méta-moteur, kesako ? Un truc japonais pour faire avancer les voitures avec de l’eau de rose qui serait moins taxée que ce puant pétrole qu’on se paye à coup de Cheick ?

 

Je n’ai pas essayé savoir plus, il aurait fallu que je tende mieux l’oreille, que je soulève la tête, que je bigle. La tragédie je vais vous dire je devrais déjà être assez loin, en Laponie, en Patagonie, en Australopothéquie, en Syldavie. Dès les premières visites voyeuses, les premiers biglouseurs de biais, j’ai compris que je ne ferais pas long feu dans cette piaule mais où vais-je et vais-je en revenir ? Suis-je un kidnappé ? Le docteur Alain, un peu que j’en ris, dans sa trousse, un Beretta, tout clinquant qui se laisse caresser la détente j’imagine avec jouissance.

 

— Te tracasse pas toujours comme ça Poussin me dit Amalia, c’est pour ton bien, le docteur sait ce qu’il fait.

 

Docteur Alain, c’est pas un métier ça ! Des Couture, des Poher, des Potier, des Vankervel, des Touches, Moreau, Bouvy, Tambourini, les Alain ne manquent pas à l’annuaire, mais avec une tronche comme le mien, m’étonnerait qu’il s’occupe des grands brûlés, suis-je un grand brûlé ? Ils m’ont vraiment ligoté, je ne peux plus ramer d’un poil, je bande sous la couette en regardant à travers mes cils la Yolande qui se défoule depuis une demi-heure avec le cornet du bigophone, c’est pas elle qui paye la facture !

 

Elle fafiotte, parlotte, linguiste, humaine et langue par écouteur interposé forment symbiose, parasites consentants, ils se nourrissent l'un de l'autre, tels la monture et son cavalier, seuls le respect, l'amour et la dignité consacrent l'étrange couple et unissent les affinités, c’est envoyé par la rousse mais celle-ci c’est mieux, sabir, style, tapette, terminologie de l’instant présent, tout y est, à qui qu’elle cause donc ?

 

Enchaîné, camisolé... mais le pire faut entendre, écouter sans vouloir et l’on ne discutaille pas même de moi, vexé je suis de sa platine qui m’ignore, mais alors totalement, je suis un meuble une loque, une momie, un zombie!

 

La Yolande s’approche et zombie se redresse, elle n’en sait rien, elle vient de raccrocher en souriant, à quoi pense-t-elle ? Yolande, j’en ai bien connu une, mais l’âge, ça ne colle pas, celle-là venait du Québec. Elle avait remporté la bourse Yves-Thériault de Radio-Canada pour le synopsis de sa dramatique La femme de sel, je me demande si c’était pimenté.

 

Mais que fait-elle ? Elle va prendre un bain, la salope ! Oui, je sais, ça a l’air contraire, on devrait dire la propre, mais prend-on un bain nue porte ouverte alors que dans la pièce voisine et principale se trouve un attaché que l’on va rouler comme ces mitouflés rogatons uriques, arthritiques à béquilles, podagres si tellement croquevillés, noués, souffreurs de tous sens, ahanants acrobates d'enfer, face de gargouilles, hideux de supplices, sans jambe ou alors une seule, gueule cassée de 40-45, ceux de l’autre, de 14-18 sont tous sur le monument.

 

Je crois que j’ai dormi

 

 

 

Lentement

Lentement, sans faire crisser les pneus, la voiture noire tourna le coin de la rue sombre.

Le passager observa un instant au fond d'une boutique illuminéonée tôt ce matin, Josée qui rangeait ses pistolets mous.

Un archer du roy sortit du bistrot fermé, titubant, il se dirigea dans la direction du bâtiment verbéton nouvellement inauguré par Piquet, l'inamovible édile de Singeville, abritant à gauche la salle de réunion du parti unique, à droite la baignoire collective et parfumée.

Un attentat allait-il se commettre ?

 

 

Le gorille du comité de récupération se retourna, faisant bruisser le velours chic de la limousine.

- Monsieur, vous ne devez pas remuer, on ne sait jamais...

- Que ne sais-je donc point, mon ami ?

- La ville n'est pas encore sûre, nous avons eu écho de goupils, d'autres font voler des avions, on bat monnaie dans des casini non reconnus par l'Adeps.

- Des casinis ?

- Un casino, des casini, la règle est différente, rien ne se passe ici comme ailleurs, le pays est divisé encore, il y aura fort à faire, point d'impatience, nous arrivons.

 

La grande automobile dégagea quelques centimètres cube de ce gaz toxique cher aux habitants, on passa une petite vitesse pour plaire à dame Durandeau, une porte cochère et halal pour l'équilibre pivota sur ses gonds et discrètement, se rangea sous un platane, dernier rescapé d'une longue série.

 

En face, derrière le rideau, observant l'inexorable aiguille du temps, un homme se retourna vers sa comparse :

- Il est six heures, ils sont arrivés !

 

 

Dix petites photomatonnées étaient étalées sur le maroquin, le futur conseil des ministres ? Il aurait bien aimé ...

 

 

Henri se gratta l’oreille, c’est un tic que le berger allemand qui lui servait de garde du corps, là-bas, lui avait appris. Cela déclenche une vague de plaisirs qui vous inonde et replace la libido au bon endroit, socialement c’est très utile, cela permet de réfléchir alors que l’interlocuteur poli attend.

 

Polyvalents, c’est cela, il me faut des polyvalents, pensa donc Henri en retournant chacune des petites vignettes, qu’en ai-je à faire des misses se rajouta-t-il.

 

Il serra un peu plus fort sous son bras gauche la chemise qui contenait trois dossiers, dont celui du mystère de son arrivée. Il se demanda quand il serait un peu seul pour en lire les pages principales, les gros titres, les mots soulignés. Le chauffeur avait parlé, un peu, durant le voyage, malgré l’inscription « met de wattman niet spreken » affichée sur le pare-soleil. Henri pouvait donc s’imaginer mille et une choses et trouver des renseignements plus précis que sa mémoire ne voulait lui en délivrer.

 

J’aurais donc trois frères à moins qu’il y ait des sœurs, mon père s’appelait Henri, là, cela sonne juste, c’est normal, je m’appelle Henri. Henri.

Le diable en rit encore, et cet Henri-là baisa donc ma mère, lui fit quatre enfant, je suis l’un des quatre, serais-je Henri quatre de Troyes, cela m’irait bien, comme un gant à trois doigts d’ingénial de Maurice, un alcoolo que j’ai connu dans ma jeunesse. Suis-je jeune ? Le vaux-je bien ? Fais-je partie des 43% d’obèses, les questions s’enchaînent sans réponses.

 

La salle du conseil se vide des fantômes qui s’y étaient un moment empilés : le portier, le chauffeur, le sinistre Piquet (président tout de même dudit conseil), une dame pipi qui s’en va prendre son service, un garde chiourme et un ancien garde barrière de la société nationale des chemins de fer que l’on avait dû licencier, il était, lui avait-on dit, cause d’un incroyable déficit mental de plusieurs milliers d’euros ...

 

 

D’euros ? Les écus sonnants et trébuchants ne sont donc plus de mode ? C’est donc vrai que l’on bat monnaie désormais là où le vent pousse les crocs à finance ? Il faudra que j’apprenne les noms de mes concurrents, que je sache tout des Coca, des Macdo, des Frère et Cousin, du général Motors et de quelques successeurs de l’IG Farben, faudra-t-il que je voyage, on me dit le plus grand bien de la Kublair line qui éraflerait la Virgin. Une vierge rouge, dois-je m’intéresser à tout cela ?

 

 

 

Pim pom pim pom pim pom , vitesse, bruit, gyrophare...

 

Aurait-on des nouvelles, propage-t-on de fausses nouvelles ?

Y-a-t-il un télégramme chez personne ? Trouverait-on là des nouvelles d’Henri ? Pierre-Henri THOMAS, « Umicore a peur du dollar et réduit ses effectifs » pérore-t-il.

Henri est-il en Alsace, James y est-il resté ? Henri serait-il en Italie, dans un palais florentin ?

 

On a trouvé ce texte quelque par, quelques parts, quelques mots, Blog Name: Henri Blog URL: http://jemappellehenri.skynetblogs.be Description: Entre Peter Pan et toutes les femmes de sa vie, un égaré permanent à cheval sur six sites... Category: Observations Country: Belgium User Name: Henri s’il fait beau Password Hint: Fruit de la passion Email: xian@swing.be.. Retour à la case départ !

 

 

Henri est-il sur un blog ?

Dit-on un blog ? Pourquoi pas une blogue ?

Faut-il être pour ou contre la féminisation des noms ? 

Quand on voit l'usage qui est en est fait, grosse dondon ou araignée maigrichonne, on peut se poser la question.

Un gars : c'est un jeune homme, une garce : c'est une pute !

Un courtisan est un proche du roi, une courtisane : c'est une pute. Le masseur est kinésithérapeute, ma sœur masseuse est une pute ! Un coureur : c'est un joggeur, une coureuse : c'est une pute, on y reviens tout le temps, comme on dit, on va aux putes, un promeneur en VTT, c'est un cycliste et on peut dire qu’une rouleuse est une pute. Pour les sportifs, un professionnel : c'est un type de haut niveau, une professionnelle : c'est une pute.

Un homme sans moralité : c'est un politicien. Une femme sans moralité : c'est une pute. Un entraîneur : c'est un homme qui entraîne une équipe sportive, sa compagne l’entraîneuse : c'est une pute. Un homme à femmes : c'est un séducteur. Une femme à hommes : c'est une pute.

Un homme public est un Louis Michel, une femme publique : c'est une Valérie, une pute, quoi !

Un homme facile : c'est un homme agréable a vivre. Une femme facile : c'est une pute, et ainsi de suite jusqu’à l’infini sur le trottoir où opère le paveur.

Une femme qui fait le trottoir : c'est une pute.

Henri ? Question sans réponse ? Henri qui es-tu me demandé-je ?

 

Il serait donc question de réponse, un certain Bond, grand Jean, gominé et fadissime prétentieux aurait dit à Claudine : Je sais tout, cet Henri est du côté de Lüderitz. Ce n’est pas pour contrarier les amateurs du genre MI5 et permis de tuer, mais que diable Henri serait-il allé faire en cette galère échouée dans les déserts de sable ? Un autre, plus souple, un certain Caplan que d’aucun nomment Coplan pour qu’il n’y ait pas gourance d’avec ceux qui ont fait un disque parle de Hong-Kong, de Corée qui devient économiquement de très grande vitesse, d’un Henri qui serait dans des marécages du côté du fameux parallèle, rien que d’y penser me donne le tournis, je n’ai pas franchi le pont aux ânes et Pythagore n’est qu’un vieil hibou.

 

J’ai tout d même posé la question à Glouglou, j’ai tapé Henri (j’ai de la chance).

 

On m’a donc répondu que Paul-Henri est un héros, il ne peut pas mourir ! Ancien ministre d’état belge ayant eu la chance de se faire branler par sa nièce très jolie plus nue qu’a son tour, c’est une évidence qui ne me rapprochait pas de Henri, le mien, Henri Troyes, moi-même.

Un Henri tient place et langue à Givors, c’est dans le lyonnais, Henri le Lyonnais, ne pouvait être qu’un malfrat, inadorable, j’ai lu la lettre de Jean-Henri Fabre à Henri Devillario, cela ne m’a rien appris, le téléphone, allô, non, je n’avais pas pensé à la florentine Catherine, était-ce la fille qui se promène nue, encore une, dans l’atelier de peinture de Charles Vigor ? Sourire à une idée fugace : Le sexe masculin est ce qu'il y a de plus léger au monde, une simple pensée le soulève. ...

 

Ce qu’il faut retenir est Alexandre-Edouard, ce serait le vrai nom d’Henri.

 

Je ne sais ni qui je suis, ni qui m’attend derrière cette porte et l’on voudrait que je sache tout des affaires. Je m’appelle Henri, le majordome qui s’est retiré le dernier m’a dit qu’elle m’attendait derrière la grande double porte à tentures embrasées.

Ma mère ? ma femme, ma fille, une donzelle d’un soir ?

J’ai pensé à l’intérimaire, à la pêcheuse en eaux troubles amstellodamoise, à Domino.

J’ai eu un mouvement du sexe dans mon justaucorps en imaginant celle que je devais aimer.

 

Foin d’attente, je marche d’un bon pas vers cet huis, je mets la main sur la poignée, un bronze fort joli ma foi, j’enclenche, je pousse, cela résiste !

 

 

 

 

Panique

Affolement peut-être, yeux, gauche droite allô mais qu’est-ce que c’est pourquoi cela ne fonctionne-t-il pas ?

 

Tirer secouer chipoter tourniquer encore secouer un pas derrière un pas en arrière.

 

—. Alors mon ami, dis-je au laquais, que se passe-t-il ici, m’enferme-t’on donc ?

— Ton donque ?

— Ne jouez donc pas l’abruti, pourquoi cet huis ne s’ouvre-t-elle point alors que du poing je la force ?

— Monsieur s’énerve, Monsieur transpire, Monsieur ne devrait pas, nous sommes un jour consacré, il convient de dignité garder.

— Qu’est ce ce charabia ? Quelle consécration ? Joseph ! J’arrive, on me dit qu’on m’attend et je trouve céans des fermetures bouclées, ne m’avait-on promis une dame pour transitionner mieux entre cet hier d’enfer et demain le paradis, je le souhaite derechef et tout de suite, ouvrez !

 

— Je ne suis pas qualifié, j’ai fait médecine avant de m’inscrire à l’office rationnel des brutes malléables, je ne suis ni Joseph ni serrurier.

— Inscrit où ?

A l’orbemanpé Monsieur, Monsieur doit se mettre au goût du jour si Monsieur veut prendre ses fonctions mardi, Monsieur devrait lire la presse, derrière cette porte ne se trouve sans doute qu’un nouveau piège, Monsieur n’a-t-il pas lu le dernier conte du comte, on y compte neuf filles pendues dans le cabinet bleu, Monsieur devrait se relaxer se détendre, penser à d’autres choses, le soleil la mer le sable chaud sea sex and sun.

 

— Hante sunne ? Je n’ouis rien de votre jacasserie, mon ami, ah, non, je n’ai plus d’ami paraît-il, on me plonge dès ce mardi dans la finance, le haut vol, les délocalisations, et quand donc saurai-je, quelles nouvelles de ma famille, n’étais-je pas le poussin d’une poule qui aimait me materner, dois-je dimancher avec des footballeurs, des footbalistes, des je m’enfoutiste, des filles pendues, où sommes-nous donc ? Du sable chaud, oui, du sable chaud, mais quelle imagination à mettre en branle, quelle masturbation pour s’agaillardir un peu, ici, debout, sur ce parquet de chêne ! Me prend-on pour un légionnaire de Gainsbare, un fellouze d’Edith ?

 

— Nous avons une note du conseil, Monsieur, en attendant mardi, on doit satisfaire Monsieur, mais on ne peut tout faire, l’ancienne secrétaire de Monsieur avait suggéré une aventure sur le sable chaud, voyez-vous.

 

— Ah oui, celle-là, elle me la copiera, bonne à rien, elle aurait pu dire un pic un cap et le reste à l’avenant : Dehors il fait froid, le vent d’avril europocéanesque souffle, la mer est deauvilesque, le ciel est gris et nuageux, et le soleil a disparu...Alors fermant les yeux l’ardeur retrouve ardemment sa ligne de conduite, ce rayon de soleil épouse les courbes de mon corps et de la sensualité me pénètre intimement, dans les moindres recoins. Je m'évade, je suis loin, dans une île tropicale, là où il fait bon vivre coquin-gauguin. Au dessus de ma tête les palmiers crissent doucement dans le vent chaud. Le soleil est au zénith, une douce brise estivale enveloppe mon corps. Je marche pieds nus à la recherche d'une source de fraîcheur...même mon paréo très court et très léger devient insupportable. J'écoute le cliquetis des becs de perroquets perchés sur les palmes, j'ai trouvé le paradis, une île et je suis heureuse. J'ai envie de danser dans les rayons appolinesques. Langoureusement je m'avance sur le sable chaud  ah le voilà n’est ce pas, le sable chaud, qui ne colle pas grâce aux nouveaux produits Roc qui dérident et soudain je reconnais le son de la fraîcheur...un ruisseau ? une crique ? A n'en pas douter c'est bien le son enchanteur de l'eau qui trébuche de rocher en rocher.... Ma curiosité est aiguisée et j'accélère mes pas qui commencent à brûler sur le sable de plus en plus chaud.  Alors, Joseph, n’est-ce pas l’Académie ici bientôt promise, ç’est ça la jactance, mon ami, ah non, valet de pied, comment dire, quelle fonction avez-vous donc reçue de cet Orbem, secrétaire, particulier, pour moi, comme c’est étrange, j’avais pourtant suggéré des jupes, flottantes, des culottes, absentes, des jambes, divines, on n’est plus servi ! Je m'enfouis au milieu de ces lianes...dirigée par ce bruit tonique et je découvre...oui ! Une belle petite cascade enchanteuse. Le clapotis d'une roche à l'autre est devenu une invitation, je m'avance lentement. Les années ont passé, Céline, non, on s’égare, sable chaud, Evian qui dissipe les graisses, source, ah oui, source du dimanche matin, source qui a creusé à sa base comme un coquillage....une petite piscine où l'eau transparente scintille au soleil. Autour de moi le silence est roi, comment résister ? Lentement je fais glisser mon paréo à mes pieds et telle une petite fille je cours me réfugier sous cet havre de fraîcheur. Enfoncée dans l'eau jusqu'a mes fesses je ferme les yeux et laisse l'eau ruisseler sur mon corps, sur mes seins dont les boutons durcissent. La caresse de l'eau est si douce, pareille a celle d'un homme dont le désir commencerait à monter. Je souris, je ris en pensant à l'image que je dégage....si quelqu'un me voyait ! Je m'allonge dans l'eau laissant mon corps flotter à la surface, mes seins, mon pubis exposés au soleil.

 

— Hum hum !

— Eh bien ?

— Monsieur s’emballe, Monsieur devrait se calmer, je n’ai pas la clé qui ouvre cette porte et toute cette partie de la maison qu’ici l’on nomme gynécée. Certes Monsieur a du talent, certes il fut question de sable chaud mais je demande à Monsieur, un peu de sang-froid, peut-être Monsieur prendrait-il un café, inviterait-il un ami à déjeuner, passerait-il des commandes lucides et réalisables, du sable, Monsieur, et chaud de surcroît ? Monsieur devrait revenir bien à plat sur le parquet ciré. Monsieur a-t-il remarqué, l’équipe de Cemstobel a bien travaillé pour le retour de Monsieur.

 

 

 

Dimanche

 

Sable

Sable, sable, sable chaud

Tu me caresses le dos

 

Sable, sable, sable doux

Tu me caresses la joue

 

Sable, sable, sable fin

Ah! Mon Dieu que je suis bien

 

Sable, sable, sable gris

Je sens que je m'engourdis

 

Sable, sable, sable d'or

Et voilà que je m'endors.

 

La poule a pondu

Cot, cot, cot,

La poule a pon, pon,

Cot, cot, cot,

La poule a pondu.

Non, non, non,

Ce n'est pas un oeuf,

Non, non, non,

Mais une laitue.

Cot, cot, cot,

La poule a pon, pon,

Cot, cot, cot,

La poule a pondu.

Non, non, non,

Ce n'est pas un oeuf,

Non, non, non,

Mais une tortue

Cot, cot, cot,

La poule a pon, pon,

Cot, cot, cot,

La poule a pondu.

Non, non, non,

Ce n'est pas un oeuf,

Non, non, non,

Mais une pomme joufflue.

Cot, cot, cot,

La poule a pon, pon,

Cot, cot, cot,

La poule a pondu.

Non, non, non,

Ce n'est pas un oeuf,

Non, non, non,

Mais un gros zébu.

Cot, cot, cot,

La poule a pon, pon,

Cot, cot, cot,

La poule a pondu.

Non, non, non,

Ce n'est pas un oeuf,

Non, non, non,

Mais une laitue,

Une tortue,

Une pomme joufflue

Un gros zébu.

 

 

Monsieur est très fatigué....

 

 

Angoisse

 

Je viens de lire une petite critique d’un livre que j’aurais dû lire, le secrétaire chargé d’affaires dit que c’était à ma disposition la semaine dernière, bon, sans doute, mais la critique dont je vous sers le début m’étonne : « Sur France-Inter, le 19 février, la romancière Françoise Dorin, invitée du «Treize-quatorze» en même temps que Kelman, roucoulait: «Vous êtes un modèle d’intégration réussie! J’ai envie de boire un verre de bourgogne à votre santé!», tandis que le public et les journalistes gloussaient d’attendrissement. Dans la presse, c’est un concert de louanges. Tout le monde est follement émoustillé par le chapitre qui s’intitule «Je suis noir et j’en ai une petite». Dans Le Nouvel Observateur Ile-de-France (18 mars), Kelman est systématiquement appelé «Gaston» («la République selon Gaston», «merci Gaston»…), mais ce serait sûrement du mauvais esprit que d’y voir une marque de paternalisme... etc ... ».

Je suis noir et j’en ai une petite m’a évidemment fort touché, est-ce possible, j’ai voulu consulter quelques philosophes à ce propos, mon Roumain dormait encore après s’être empifré toute la nuit, on n’est pas aidé !

 

— Joseph, donc, dis-je au larbin d’office, suis-je noir ?

 

Ce n’était évidemment pas la question qu’il fallait poser mais le lapsus était évident, après ce week-end prolongé, crus-je en avoir une petite, moi aussi ?

 

Et cruge ne doit pas non plus être une manière de s’exprimer qui plait à la plèbe. J’ai demandé au gus qui avoue ne pas s’appeler Joseph que l’on m’envoie un précepteur, il paraît que je peux tout avoir, tout demander, je vis depuis quatre jours dans un luxe inouï, il faudra que je vous raconte cela mais on me dit de ne pas trop en dire, les gens sont jaloux. Un espion qui se jette à terre pourrait m’en vouloir, une amante religieuse reste dangereuse, une secrétaire en fausse vacance s’angoisse de même que les Henri précédents et l’un d’entre eux s’égare même chez des demoiselles qui se montrent se découvrent ne dévoilent rien, jamais on attend on bave rien, l’angoisse.

 

C’est le mot du jour, à cause de la petite Hollinckx. Je me demande si elle photographie toujours son lampadaire ? Ici, rien que du cristal, du fer forgé du chêne de Hongrie premier choix raboté. Que me veut-on à la fin, mais faut-il se poser la question quand on vit coq en pâte, justement l’angoisse, n’est ce pas, l’inconnu, le coq en pâtes... le coq empâte...

 

M’empaté-je ? Joseph, apportez-moi donc une balance.

Certainement Monsieur, mais la police ne passe que le midi, pour son chèque.

Qu’y comprendre, comment les Henri ne deviendraient-ils pas déracinés de la théière d’un pareil langage, les mots jamais ne veulent rien dire, ne sont que des maux.

Henri ! je veux dire Joseph, trop tard déjà il s’éclipse derrière une tenture, ai-je dit qu’ici les murs sont tentés, des draps des ors des laminures et entre deux, des portraits des ancêtres mes ancêtres bon sang c’est bien sûr je me cherchais une famille, Il y a un François est-ce mon deuxième frère, un Louis enfant et Charles qui devait être important vu le chapeau et la plume. Une dame, Catherine ? ma mère ?

 

 

Catherine, Josiane, Nele, Nesle, la Tour prend garde. Ils sont tous là ils sont venus il y a même Giorgio avec une guitare et c’est tout frais, les encadrés sont peints lui est de jolies couleurs Kodachrome, un poster comme on dit qui ne veut j’en rougis pas dire ce qu’il veut signifier.

 

Un poster... comment qu’on cause, ici et maintenant ? Je me vois déjà du haut de mon affiche demander à la belle qui ce soir sera dans mes draps : M’offrirez-vous votre postère ?

 

Comme j’avais exprimé quelques remarques sur l’autobus et son dix millième passager qui sembla me narguer, j’ai appelé Bill, j’aimais Joseph mais Bill faisait plus viril (ce n’est pas son vrai nom mais ça lui va bien, cela s’accorde à son patronyme qui est Boquet, je me le suis laissé dire), je lui annoncé que bon la grosse limousine pour les déplacements officiels, le bus pour aller en ville mais pour la promenade, quoi pour la promenade Bill ?

 

Sitôt dit sitôt fait, ce Bill est un malin ou un filou, la voiture blanche était dans la cour avec chauffeur.

Il faudra mettre la capote ai-je dit.

Le chauffeur s’appuyant sur le capot, je me suis demandé si je me faisais bien comprendre. Déjà Bill intervenait en me signalant que la région est multiculturelle et que je devrais sans doute apprendre plusieurs langues.

Me présentera-t-on un enseignant demain ? Ou à mon retour de promenade ? Il me semble que les choses s’accélèrent, Bill tient les rennes.

 

 

Monsieur, Monsieur...  
Bill se précipite avant le départ pour la promenade, s'est-on trompé de calèche ? Non simplement il souhaite que j'examine les photomatonnées qui sont passées dit-il à l'agence ce matin, l'une d'elle sera la nouvelle secrétaire de Monsieur, Monsieur doit donner une réponse.           
-Après mon tour au bois, Joseph, après mon tour....

 

 

 

 

J’ai décroisé la croisée, soulevé le porte gâche, dégrippé un peu la ferrure et j’ai laissé entrer un bout de printemps.

 

Ma chambre me plaît bien, j’ai posé la question embarrassante à Bill :

— N’étais-je pas marié ? Ne devait-il pas y avoir un accès au gynécée, le conseil d’administration n’est-il pas paritairement égaliste féminin ?

 

 

Sans doute Bill était-il mignon, il était surtout discret et très bien éduqué, il ne me dit pas merde, il parla de ce courant d’air qui nuisait aux tentures, aux peintures aux enluminures.

 

J’ai tout de même profité d’un peu de liberté pour en prendre, le chauffeur qui est une chauffeuse de première, il faut le reconnaître broum clac troisième quatrième cinquième et tout rétrogradé zip et freinage pied accélérateur, elle respectait néanmoins le code laissant par exemple une large place aux cyclistes pour leur permettre de tomber, super une copine de Vanina n’en aurait pas fait autant, la conductrice disais-je s’absentant un moment pour baisser culotte – je suppose.

 

Bucolique à souhait, notre périple sur Pirelli larges nous avait amené dans une nature jouxtant la ville, une nature qui faisait belle mine entre deux averses, l’une flamande, l’autre wallonne. Je crus voir passer fugitivement un daim qui ne s’avéra que cycliste encapuchonné mais il y eut réellement des écureuils pressés de retourner dans leurs trous observatoires d’humains en goguette.

 

J’ai, malgré les circonstances défavorables, eu le desk de l’hôtel de Némo en ligne où une voix sirupeuse candi et velours m’a promis juré qu’un message serait remis et que la demoiselle me téléphonerait. J’aimerais qu’elle investigue à propos de l’Amalia qui se disait ma femme, oui oui je me souviens de cela mais je ne sais plus où c’était, un logement minable me vient aux yeux une salle de bains quoi encore une vieille cafetière émaillée. Cela n’a pas été plus simple d’avoir Domino, on me dit à son bureau anglais qu’elle serait en Afrique, j’aurais aimé lui confier l’enquête relative à mon soi-disant père dont je serais le quatrième enfant. Et puis aussi avoir des réponses propos de cette mère autoritaire et invisible qui me cloître ici, j’ai dû cacher mon téléphone lorsque la chauffeuse s’est rapprochée, j’ai vraiment eu peur qu’elle me le confisque, Bill avait roulé de gros yeux hier en disant, pas de téléphone en voiture ou en rue, n’est ce pas Monsieur, Monsieur comprend qu’il faut que Monsieur garde tenue et distance.

 

J’ai vainement tenté l’international extrême oriental pour une ligne avec la base US de Klûtnang où mon ami Francis devait se trouver, on m’a répondu qu’à cause d’un certain Flahaut un appel d’origine trente-deux était considéré comme émanant d’un terroriste et qu’ainsi donc on ne pouvait y donner suite sauf si c’était pour annoncer une pose de bombe, une photo dans le Times, une insulte à Georges. J’allais donc devoir seul comprendre la Catherine, florentine, le François de Moulinex, le Louis décédé, le Charles qui se serait commis avec les Bloch, des juifs errants !

 

Pourquoi me posais-je des questions ?  Joseph, dit Bill, me soignait, promis juré on aurait accès prochainement au gynécée, Monsieur disait-il est un homme très privilégié, avec une connexion ADSL, un avis sur tout et rien, une espérance de vie importante et du temps à tuer.

Dans le bonheur provincial d’être assis sur du cuir de Russie à côté d’une chauffeuse en jupe courte, mitaines et pensées bénévoles, je me sentais comme heureux d’un manque, comme un acteur désuet et minable, comme un livre de Max du Veuzit ou une page choisie de Guy Des Cars.

 

— Monsieur a une mère qui gère et un conseil d’administration qui exécute, comment Monsieur voudrait-il être autrement autre chose, Monsieur n’y pense pas sérieusement, la petite amnésie, appelons un chat un chat, n’est que passagère, Monsieur reprend son souffle, Monsieur va se retrouver, s’y retrouver.

 

 

 

Le meilleur moyen de retourner aux sombres réalités de mon avenir aussi inconnu que mon passé était d’envoyer Bill-Joseph sur les roses après lui avoir demandé d’aller acheter Ciné Revue, le Vif, la Dernière Heure et le Trends.

— Monsieur sera content j’ai même fait apporter le Point de vue Images du Monde et le Soir Illustré.

 

 

 

Éprouvant donc un certain sentiment de culpabilité à défaut d'avoir honte, je décidai de ne plus parler à Joseph de toute la journée, de me morfondre.

 

Je me suis ainsi plongé délicieusement dans le rapport de Moulinex, curieux hasard, dans un texte syndical au titre évocateur : Tampax : le nouveau coup de sang de la CGT, et dans celui d’une succursale de la Fabrique nationale d’armes de guerre simplifiée rageusement en FN par des syndicats d’ouvriers fabriquant la mort violente d’autres ouvriers (qui n’ont plus d’emploi heureusement et se livreraient dit-on à des violences !). Me voilà conquis par les affaires, Evian se porte bien, il élimine les concurrents et vend de l’eau, on vend de l’eau comme dans le temps mais ce n’est pas du tonneau, c’est du robinet, plus propre, plus simple, plus économique, et l’on peut fabriquer des déchets que l’on peut piétiner ou des embouteillages que l’on peut rapporter, on nous promet une relivraison après un nettoyage assidu, essayez, vous comprendrez l’insurmontabilité de la tâche.

 

D’autres articles fort bien illustrés m’ont documenté sur le cours du dollar, la présence des missionnaires au Ruanda qu’il faut me dit une petite main que Bill Boquet a mis à ma disposition, écrire Rwanda, il n’est plus question de marcher sur les platebandes de Karaoké, le nouveau président me dit-elle, ce n’est pas pour rien qu’il a été animateur aux mille collines, la radio à la mode là-bas que même le gros Louis veut la racheter. Il a déjà promis de beaux investissements. Des policiers auraient attrapé un voleur de voiture qui tourne en rond autour d’un immeuble cité à Outreau tandis que d’autres révèlent qu’un certain Wallenstein, tenancier promoteur de films X se serait suicidé lui-même, un juge déclare qu’il y a sans doute une connexion à faire avec une autre plaidoirie, que si l’on groupait les deux, cela durerait encore un an ou deux, c’est ainsi que l’on garantit l’emploi !

 

La Déhache annonce que le mystère de la femme dépecée reste entier tandis qu’une autre, gravement brûlée se serait éteinte durant son transport au Chu, il m’a fallu un moment pour comprendre les abréviations, on ne dit plus clinique ou hôpital, on ne dit plus les pompiers mais bien chu et sri. Joseph a raison, il faut que je reste encore un peu seul avant de me replonger dans le monde qui n’est qu’une jungle, l’homme est un loup pour l’homme et j’en viens même à me demander si je ne casserolerais pas cette bécassine, un tablier vert cela se soulève aussi bien qu’une jupe portefeuille de ministre, qu’un jean de grand faiseur.

 

 

Tout de même, dans les faits divers plus communs, je me suis étonné d’un brave binchou ( cité reconnue par l’Unesco ) qui aurait abusé de la puissance de son sexe pour frapper son épouse.

J’en ai un peu rêvé !  L’information suivante parlait de hold-up et de pertes bancaires.

 

Je pense que je m’en fiche, avec la mère Catherine qui tient les cordons de la bourse, je suis paré. Catherine, la bourse, le cordon ombilical, flash et apothéose une bonne idée, je suis Henri, je l’ai dit tout haut et la brave fille Bécassine d’opiner du chef :

— Certainement Monsieur, et avec ça Monsieur ?

 

J’ai l’air d’un con et ça je ne le dit pas, je me glisse hors de la bergère jette un regard aux portraits, pousse la porte inventoriée trois qui donne dans un petit salon, Bécassine suit, sans doute la consigne de Joseph est-elle formelle :

 

— Ne le laissez pas seul !

 

 

 

 

D’aucuns attendent ici, l’oreille contre l’huis et l’œil à la serrure que je raconte ce qui se passa dans le petit cabinet bibliothèque, comment redécrire pour une multiplième fois la pâmoison d’une petite main, l’effroi d’une petite bouche, l’étroitesse d’une petite couche sans en devenir agaçant, répétitif.

 

Toute cette histoire ne vise qu’à m’apporter des éléments me permettant de me resituer dans la famille et dans l’espace, je ne sais rien d’un passé dont un traître, un de Guise sans doute, un de Condé, un de Colligny, enfin l’un de ces sbires qui passent, vêtus de noir dans les couloirs, les coursives les antichambres...tentent de me brouiller. Une gueuse menace d’entonner qui sait quelle gouaillerie, voire se mettre nue sur la table affirme le spahi de garde.

L’un me chagrine d’une Céline, l’autre me pare de qualités (hors sauf les pâtes al dente, je ne sais rien faire de mes dix doigts – enfin, presque souris-je en regardant Bécassine se rafraîchir). Céline ! Qu’est ce donc encore, Joseph ne m’en a dit mot.

 

Ai-je dit Joseph taciturne et très costaud, le mètre quasi deux et cent dix kilogrammes de musculatures ointes de bétel.

 

Céline, Céline, j’ai fouillé les neurones, le glouglou, j’ai découvert une de Dion Bouton, un Louis Ferdinand le Germanique, par le biais des hasards et des recoupements je n’ai pas eu un motif de soulagement, que du contraire, je pense même qu’un texte m’était consacré qu’on m’y dotait du titre de duc d'Orléans, je trouve que cela me va bien et cela obligera un Kongo familier, un perroquet bavard et quelles perruches à me saluer en traînant la plume sur le parquet, ce n’est pas pour me déplaire, sans compter l’éternel petit baigneur.

 

M’insérant dans la discussion internationale, j’ai découvert Céline : the fashion designer brand dedicated to luxury women's fashion, qu’y faire, un bon gars de Navarre comme moi n’ouit rien aux Anglois.

 

Hé là ! La mémoire me revient, je ne parle pas l’anglais, le goddom et son rosbif à la menthe me dégoûtent, j’ai donc retrouvé un sens, hélas, trois fois dit-on dans les pièces de Shakespeare, hélas, cela s’est arrêté aussitôt, perfide Albion !

 

Céline Lapointe a déménagé, et l’autre de murmurer : Cours au soleil mon petit. Tu seras un chef indien. Ton ami Superman te conduira par la main à quatre pas d'ici, j’ouis sans jouir de tout le sel de l’affaire, des indiens, alors qu’ici ne traînent aucune plume, mon ami serait-il revenu d’Amériques, les Amériques, est-ce que cela existe, est-ce loin, pourquoi faut-il y croire ? US go home, je parle Anglais, je ne suis pas acculturé, je sais dire my Toyota is fantastic !

 

— Tu te rends compte, Bécassine, je recherche Céline et je découvre que my Toyota is fantastique.

 

J’ai bien vu que Bécassine voulait m’entraîner ailleurs, se soustraire à la conversation pourtant je sentais qu’un chemin s’ouvrait à moi, des Céline maître de conférence, des jardinières, des championnes de judo, des showwomen, des laitières et une sculpteure qui m’étonna beaucoup, j’aurais dit sculptrice, au mieux, mais je n’imaginais pas trop bien cette féminité soudaine d’un artisan de la pierre du bois des matières nobles, serait-on à une époque où les femmes voudraient tout faire ?

 

Aucune Céline de mes recherches ne me sembla convenir au titre de duchesse d’Orléans, je me promis de continuer demain, je n’allais pas passer ma vie à satisfaire un caprice puéril.

 

 

Et puis, il faut faire attention à ce que l’on écrit, ne me suis-je pas laissé dire par un des mousquetaires que depuis le 13 JANVIER 1535, le roi François Ier fait interdire toute impression de livres sans autorisation préalable. C'est la première censure officielle (il y avait déjà auparavant la censure religieuse), les choses ne s’améliorent pas en ces temps barbus.


Enfin, on peut toujours dire, c’est pas moi c’est l’autre, ainsi, Gutenberg fut manipulé et Alcofibras Nasier restera gargantuesque. Bécassine qui devait être une ancienne des hôtels moscovites n’en perdait pas une et s’étonna :

— Et vous, votre vrai nom, c’est pas Henri Troyes, alors ?

 

Elle sourit : « Vous êtes un espion ! ».

— Effectivement, c’est un pseudo. Mon vrai nom, c’est ... mais et vous-même ?

— Antoinette Bourtembourg, je suis née dans un petit village près de Capetown d’un père blanc et d’une mère autochtone. 

— Étonnant, pourquoi Bécassine ?— Et vous, votre vrai nom, c’est pas Henri Troyes, alors ?

— Parce qu’avant de servir ici j’étais chez les Pouledevant, des frères cinéastes et ils trouvaient que ce patronyme-là m’allait comme un gant.

 

Hein bon on s’égare c'est ça le temps qui passe, ce n’est pas l'horloge, vu qui manque les deux aiguilles et que c'est pour ça qu'elle encore contre le mur de fond, on ne voit pas le temps passer, ....

 

Essaye-t-on de me convaincre de quelque chose, essaye-t-on de me faire peur ?

 

«Les hommes sont ainsi faits que les dangers chimériques sont pour eux les pires ; on se bat contre des corps ; on perd la tête, soit de peur, soit de colère, devant des fantômes.»

 

J’ai pu faire un saut de puce chez Domino, je n’ai rien appris à mon propos mais cela fut fort agréable et rapide grâce à la Kublair qui n’est pas un coureur cycliste suisse mais une nouvelle compagnie aérienne qui plane au dessus des lois.

 

J’ai expliqué à la petite l’injection paradoxale : c’est être à la fois « libérée »  sexuellement, se sentir bien dans sa peau, aimer le sexe… tout en restant une fille sérieuse qui rougit devant une queue en érection. C’est la subtile division des femmes en maman et putain… Jouer avec les identités, passer de l’une à l’autre, sans s’y laisser enfermer. Un vrai numéro d’équilibriste  à la superXian ! Elle a adoré.

 

Surprise quand je suis revenu ...Henri ! Henri te voilà ! s’écria Bécassine.

Il paraît que nous sommes le treize, l’ancienne secrétaire de Xian, qui range la bibliothèque (je lui ai trouvé un job, avec la complicité de Joseph) l’a très justement fait remarquer : Le vendredi ne suit généralement pas le week-end prolongé.
C’est ainsi que j’ai constaté que la tête, mes amis, la tête, rien ne me vaut rien, je ne supporte plus d’être secoué ainsi, malmené par tous ces domestiques, valets, intendants, suppôt de Satan qui ne me veulent disent-ils que du bien et œuvrent à me cacher mes origines, à me soustraire de la vie active fantastique des bureaux, il paraît (d’après Bécassine dont la sœur travaille chez Francetélécom, que c’est fou comme on s’y amuse).

 

Pourquoi ne puis-je comme tout un chacun me lever aux aurores, prendre le déjeuner sur le pouce voire en route vers la gare, emprunter le train, plus loin courir les couloirs du métro, sortir au grand air à l’ancien square dont on vient de remplacer les platanes par un coin cacachien (Tiens, il faudrait que la reporter photographe H ou que le fantôme de la rue de Bosnie viennent y faire clic pour une grande revue, un magazine populaire, que sais-je, un média à la mode de Caen).

 

Pourquoi aussi m’entraîne-t-on avec panier pique nique et garde du corps en mille endroits de convoitise, d’idées folles, de révolte, hier, lundi férié en ce pays de tartines patriotique, à la lisière de Bredene pour vingt minutes de cure d’iode et de soleil conseillée par le nouveau docteur de la cité qui est une doctoresse d’ailleurs.

Je revois très bien, et ça ne colle pas avec le paysage d’aujourd’hui, une nuée d’adolescentes slips et seins nus gesticulantes sur la plage, les gamines quasi nues sautillaient au pied d’un filet dit de volley, l’une d’elle offre un croupion musclé qu’un string violet divise en deux hémisphères, leurs ventres tressautent lorsqu’elles s’élancent pour frapper le ballon.

Une autre joue les arbitres, elle bombe son ventre rond, la bordure de son slip bâille, une ombre se creuse où l’on devine les friselis crépus du pubis, les poils ne veulent pas rester confinés dans les habits, ils dépassent débordent l’étui où les filles veulent les ranger pudiquement, pudeur et poils curieux mélange.

A la radio, une vieille rengaine : ... J'suis chanteur, je chante pour mes copains...J'veux faire des tubes et que ça tourne bien ...

 

Tout cela est fort bien dit, j’aime ces paroliers qui rodéoïsent avec cet étalon fougueux qu’est la langue française, aurais-je dû écrire jument, en ces nouveaux temps de ségrégation totale ?

 

D’aucuns la trouvent agonique, lui préfèrent de l’anglois venant d’outre océan, malaxé par des chewingjoues et totalement incompréhensible, ce qui s’est fort bien vu lorsque le pied nickelé à la cigarette permanente avait déclaré sur le plateau de Drucker à la petite Withney : Aïe wonte tout phoque kiou. Tout le monde qui regardait la télévision en gros plan sur les lèvres et les seins de la belle avaient bien compris qu’elle n’entendait rien à la langue de Faulkner et Caldwell.

Le regard du célèbre biglouseur était pourtant aussi explicite que ces paroles.

 

 

Joseph vient encore de m’en apprendre une belle que je case entre deux informations qui me permettront un jour de me reconstruire. Ce Joseph serait-il psycochose, psittacose, enfin un de ceux qui soignent les gens qui ne s’y retrouvent plus et les convainquent de cheminer droit sur le sentier que le parti politique au pouvoir local et éphémère vous a dessiné.

Je serais noble, ce qui ne m’étonne qu’à moitié, que dis-je, pas du tout, on me disait d’Orléans, me voici, me dit Joseph, comme le Remy-Panier, d’Anjou, oui, me dit-il Monsieur est bien Henri Dorleant – Denjoux, issu d’une famille aux intérêts conjugués à ceux de Chevreuse et même de Stirum. Monsieur serait un peu cousin des Frère, des Lippens, Monsieur est fortuné. Vous êtes non seulement de ces gens-là dont on cause dans les magazines, vous pouvez faire un enfant qui sera comblé de cadeaux par les dames du peuple voire de layette tricotée, mieux, Monsieur est militaire, lieutenant-général du royaume, oserais-je dire au même titre que certains Philippe, Albert ou Laurent qui eux aussi à l’instar de Mannekenpis peuvent changer de costume quasi tous les jours, aujourd’hui chef des para commandos, demain des aviateurs, après demain grand amiral, chef de la gendarmerie, voire capitaine des pompiers.

 

 

— Capitaine des pompiers, Joseph, c’est formidable, il y a longtemps que j’en rêvais !

— Monsieur a donc tout oublié, Monsieur n’a donc pas de souvenirs, comme il dit, Monsieur ne serait pas un tête en l’air mais comment dire, un sans tête comme d’autres furent sans culotte. Monsieur a-t-il aussi oublié qu’il a été un pourfendeur de mécréants, un écraseur de sarrasins, un rebouteur de protestants, que Monsieur à des convictions et la fois rude.

Monsieur aurait même envoyé le prince de Vaginjeton chez ses ancêtres.

Oui, oui sans doute tout cela doit-il me revenir de Condé, en effet et Abd el Kader, ce n'est pas raciste d'être islamophobe ! Ne pas confondre avec xénophobe...Oui, bouter les incendiaires de vierges hors du territoire, on a le droit de ne pas aimer une religion et de le dire tout comme on a le droit de ne pas aimer une opinion politique ou philosophique.... Trop de monde mélangent tout. Ne pas tout mélanger reste la règle ... la tolérance c’est une valeur absurde puisqu’elle décrète d’office que vous êtes si supérieur que vous pouvez tolérer... Ne rien tolérer mais avoir un profond respect les uns les autres ....enfin, en commençant bien sûr par ma mère n’est ce pas, Joseph, à ce propos, existe-t-elle vraiment, où n’est encore que des tours de psy en quête de plus gros honoraires ?

 

 

Car tout se mélange à nouveau, Joseph s’estompe, je regarde les estampes, je suis assis dans le cabinet des estampes, Bécassine fait la poussière de la cheminée, fume cheminée, Céline suce un babulaire, Amalia dorlote un poussin de Pâques, peut-être deviendra-t-il un grand Henri à l’instar de Jules Henri Poincaré, le plus grand homme de sciences de la fin du XIXè et du début du XXè, le plus grand de France, cela ne fait pas de doutes, et peut-être même du monde, même si, contrairement à ses homologues allemands, notamment Hilbert, il ne laisse pas d'école derrière lui. Mathématicien hors pair, touche à tout, sourire Corinne Emilie jolie Nadia, elle adore les touche à tout, je la touche beaucoup, calme toi dit-elle souvent, cet Henri-là était aussi connu des physiciens pour ses études sur la stabilité du système solaire, mais aussi des cercles philosophiques pour ses réflexions sur les fondements des sciences.

 

Évidemment, il ne venait pas de rien, né à Nancy, d’une famille appartenant à l'élite intellectuelle de la ville : son père est neurologue et professeur à la faculté de Médecine, son cousin, Raymond, sera Président de la République de 1913 à 1920. Jean-Pierre tu t’imagines, tu seras peut-être président de la république, et JPH déboutonnait la robe, faisait le slip et s’envoyait la jouissance de foutre dans l’amante du Président. Cet Henri P, un ingénieur des mines, tout bonnement, comme moi. Maître de conférence à la Sorbonne, d’ici c’est peu probable, mais pourquoi pas à l’ULB ?



Moi aussi, j’aurais pu créer de toutes pièces la théorie des fonctions fuchsiennes, révolutionne l'étude des équations différentielles par ses études qualitatives de solutions. D’ailleurs, c’est une erreur de calcul qui lui a ouvert les portes de la théorie du chaos. Facile à faire, cela, le chaos.

 

J’y suis, chaos complet, K.O. !

 

Choas coa, croa, je passe à la bibliothèque, une ombre, personne ,des mots des phrases, des livres emplis de phrases, ils s’étaient rencontrés à la bibliothèque. Henri l’ayant aperçue dès l’entrée s'était arrangé pour être près d'elle. Il l’avait observée silencieusement comme il se doit dans une bibliothèque et lui souriait lorsqu’elle levait les yeux sur lui.

Elle lisait des choses sérieuses :

Notre jeune génération se fait des soucis, et elle a raison, car il y a de graves problèmes, c’est bien entendu une vue locale et particulière mais peut-on s’occuper de toute la misère du monde avant d’avoir un chez soi un peu convenable, nous les connaissons tous : la pauvreté en croissance, le chômage, le manque d´habitations décentes, l´insécurité concernant les retraites, les angoisses en rapport avec l´ approvisionnement en énergie et la paix mondiale, les détériorations de l´environnement et du climat mondial, politique comme météorologique.

 

Les partis politiques, qui jusqu´ici, à tour de rôle, se succèdent au pouvoir, n´ont ni le courage, ni même la possibilité de supprimer les causes de ces problèmes, puisque dans ce cas là ils devraient agir à l´encontre des lobbys du monde économique et financier.

C´est là justement que certains d’entre nous, oeuvrant des leviers qu’ils peuvent manier, plaçons une véritable action politique : en se distançant de la politique fausse de consommation et de croissance économique sans limite, dont, à tout le moins, les coûts seront payés par les générations futures et par l´environnement.

 

auxquelles un scribouillard avait répondu :

 

Si un feuilleton met en scène des personnages mythiques voir mythologiques, l’ensemble de l’action se déroule ordinairement dans le monde très ordinaire de l’économie mondiale... Toutes les sources et données sont vérifiables à la lecture des noms de ceux qui dirigent les conseils d’administration des sociétés multinationales dont on sous-estime sans cesse le pouvoir...

 

Exemple clair de comment fonctionne le monde ... un lien parmi d’autres ... Comment un banquier est-il le personnage influent dans la distribution de boissons gazeuses qui perturbent l’esprit et l’estomac et dans la distribution de viande rouge grasse menant, dit-on à l’obésité... (autrement dit, comment un banquier peut-il conditionner la vie des gens ... sans guerre, sans haine raciale, sans religiosités et autres sornettes... ?)

 

Sun Trust bank > Coca Cola Enterprises > Coca Cola > Avon Products > Pepsi America
 GeneralElectric
Ø

 Chevron Texaco
Ø

 Dell ComputerØ > Avon Products > Pepsi America > Sears Roebuck > Time Warner > Motorola > MacDonald

 Bank of AmericaØ > Sara Lee

De Sun banque, on arrive donc à Coca qui essaime en produits de beauté vers ... héhéhé n’est-on pas soi-disant concurrents ... Pepsi d’une part, d’autre part vers Général Electric ( armement ) Texaco ( Petrole ) et les autres ... etc ...

 

Il y eut plusieurs jours sans elle puis une sorte de routine, un jeudi soir enfin, ils sortirent ensemble, elle était encombrée d’une tonne de livres.
Henri s’offrit à l'aider. Ils devisèrent tout au long du chemin, laissant passer trois autobus sans leur faire signe.

 

La semaine suivante, ils marchèrent de concert, prirent le 63 qui faisait un long trajet et qui les déposa à deux pas de chez Éliane, Eugène, pourquoi, les frites, le chaos, Henri où vas-tu, qui es-tu d’où viens-tu. Oh là ! baudruche, gadouilleux cave ! Crève raisonneux ! Corniguedouille, je dirais même plus enfoiré de la cervelle, où te conduis-tu, où nous emmènes-tu ?  Qui cherches-tu d’autre que toi ?

— Et vous ? Vous cherchez quelqu'un à détester vous aussi ? Vous déculpabiliser ? Facile ! Eve, Amalia, Céline sont là, sans défense, fantômes, ectoplasmes, esprits. Je n'y peux rien pour empêcher tout ça et vous non plus n'y pouvez rien, mais ne vous faite pas de bile, c'est trop tard pour moi, beaucoup trop tard, d'ailleurs je m'en torche de tous leurs mensonges.

Tout cela n’empêche pas la militarisation de l’économie mondiale.

 

— Là, je pense que Monsieur a tout à fait raison.
Tiens, le Bill Boquet Joseph, toujours pendu à mes basques !

 

 

Les lumières s'éteignirent brusquement, Bécassine près du manteau de la cheminée sentit son coeur s'accélérer et scruta la salle à la recherche d'un mouvement quelconque.

Que se passe-t-il se dit-elle en bretonnant un peu, mais que se passe-t-il encore, si j’avais su je n’aurais pas accepté, il faudra que j’en parle au sous-directeur de l’agence de placement. Toutes ces émotions pour un chèque ! Elle sentit un souffle léger sur son épaule puis une main se déposa sur cette partie de son corps dénudée. (Elle n’osait pas encore comme c’était la mode depuis le show de Janet, découvrir son sein gauche, elle se contentait de l’épaule droite). Elle se retourna et d'un geste de la main envoya balader l'imprudent en arrière. (Une technique que n’aurait pas désavouée Francis).

 

— Holà ! manante, j'aurais espéré un peu moins de brutalité dans cette approche, point de panique, j’ai simplement tourné l’interrupteur, en s’approchant de la fenêtre, on peut au travers des lames du volet s’entrapercevoir, je suis Henri.

— Henri ?? Elle se précipita pour mieux voir le visage à la lumière sombre.

Désolée, j’ai cru que Monsieur était un démon !

Pourquoi donc ne pas le lui laisser croire, je l’embrassai donc diablement laissant courir mes mains sur son corps de Bretonne fougueuse.

Bon c’est mal parti, ne savait-on pas depuis plusieurs jours que la Bretonne venait de Capetown qui est au bord de mer mais tellement ailleurs !

 

Pourquoi donc me mis-je à penser à tous ces espions et même à Voltaire ?

 

Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire

 



Les lecteurs du début l’auront compris, chez Henri Troyes, tout est fait pour égarer la gueuse et c’est assez bien fait puisqu’en réalité, elle s’embourbe.

 

 Bien entendu, c’était, c’est, cela reste le but. Il n’était pas question dès le commencement de tenter de minimiser les faits, de se cacher derrière des excuses, j’ai connu plus de mille femmes comme les princes d’Arabie, cela vient de ce que j’ai lu très jeune les mille et une nuit et que je n’ai pas compris la subtilité tout de suite, j’ai choisi une lectrice par nuit plutôt qu’un conte... donc, ayant les égarées et les refoulées à mes trousses, j’ai décidé d’oublier ce qui convenait et qui me convient, l’idée était séduisante comme la grande Charlotte qui sautait à la corde.

 

Je n’ai rien dit à Joseph qui s’occupe bien de moi, mieux sans doute que ces donzelles qui voulaient m’épouser.

Tout a commencé il y a longtemps dans un petit village, nous dirons savoyard, peut-être, pour égarer les recherches quand certaines m’imaginent avec des Sénégalais, comme si les tirailleurs avaient pu m’intéresser en quoi que ce soit, je ne les ai fréquenté que pour apprendre des tours, ce sont de rudes jouteurs.

 

 

Une des premières a été la grande Charlotte comme je l’ai dit. En ce temps-là, dans les villages, l’école n’était ni unique ni mixte, il y avait des écoles de filles (à gauche de la mairie) et des écoles de garçons (à droite, parfois écartées par une grande cour ou un bureau des postes et télégraphes). Pour ceux qui avaient un dieu, on avait toléré républicainement les écoles de sœurs (pour les filles qui resteraient vierges jusqu’au certificat d’étude) et les écoles de frères, maristes, bénédictins ou missionnaires, pour les garçons. Une fois la cloche piquée, (deux fois à l’école des filles du beau quartier, on n’a jamais su d’où venait la coutume), l’école monogame déversait les âmes dans la rue. La mixité s’emparait ainsi d’elles et les uns et les autres de feindre d’ignorer les consignes. Charlotte, la grande quille m’avait frappé dans l’œil un matin lors des vacances précédentes et depuis, j’aimais la regarder sauter en l’air.

Pour sauter, elle sautait, le paradis en quatre cloche-pied et mille autres prouesses en dedans en dehors gauche droite bâbord tribord la corde à sauter flagellait le sol en cadence, les pieds de Charlotte ho hop hop aujourd’hui elle passerait à la télévision, elle aurait inventé une danse on la célébrerait à la ferme à défaut de fort boyard, je ne sais si elle aimait la mer, hop hop hip hop elle sautait petit moyen haut plus haut elle sautait par-dessus cette corde et se jouait des variantes du rossignol de Calédonie et des saint Nicolas monte en ballon, les airs sont restés j’ai oublié les paroles ou plutôt mes séjours estudiantins les ont modifiées, on ne peut les citer ici sans encourir des foudres, imaginez une mère de famille( si si, j’ai bien vu que des mères de familles venaient prendre l’air par ici) lisant l’artilleur de Metz, la digue du cul et la motorisation des morpions, Charlotte sautait, écartait les jambes, refermait les jambes, vibrait du mollet, bandait les cuisses, la jupe de Charlotte s’envolait avec elle retombait plus lentement, je bandais pour Charlotte, un ami à qui je révélai cette anecdote plus tard me laissa pantois en me répondant, bander pour une pomme de terre , tu n’es pas un peu piqué toi ?

 

S’envoyer en l’air devait être bénéfique, Charlotte est aujourd’hui maman de cinq jolis mômes, j’en suis aussi chose en l’écrivant que je ne l’ai été en l’apprenant, il y a quelque temps, rencontrant ma Charlotte au coin de l’avenue de Bel-air et de la rue Sans soucis.

 

— Comment vas-tu, il y a longtemps qu’on ne s’est vu, ...comme le temps passe, le bus aussi , c’était le mien, je fus galant, c’est un moindre mal, ma voiture est à deux pas, je te ramène chez toi. Tu prendras bien un verre. Charlotte ouvrit le frigo, décida d’aller se changer, elle allait revenir nue ou mieux enylonée diaphane soie naturelle le mobilier était de prix, le sofa rebondissant mon cœur comme le prix des carburants s’envoyait en l’air.



 

Publié jusqu’ici sur lu et grindsel

 



 

 

 

— Bonjour Monsieur me dit une petite bouclée comme le mouton imaginé qui a été mangé par le renard, lequel se croyait grand méchant loup. Cette infante traversa le salon, ouvrit le même frigo, en sortit un berlingot de lait, m’enseigna qu’elle se préparait une collation, qu’ensuite elle ferait ses devoirs, que ses frères et sœurs seraient là dans dix minutes, tu viens pour jouer au foot ajouta-t-elle ?

 

— Charlotte j’ai été ravi de te revoir, comme le temps passe, il faudra qu’on s’appelle, contact, clapotis de quatrième soupape, je devrais passer chez le garagiste, blonk, un nid de poule au milieu d’une route civilisée, on paye des impôts tout de même et des taxes sur le carburant, que fait le gouvernement, je revenais dans un monde connu normal, il allait falloir y retourner si ce Joseph s’apercevait de mon amnésie sélective, (c’était un malin, il tenait à son emploi comme le naufragé à son radeau), il resterait discret, qui pourrait apprendre que j’avais revu Charlotte ?

 

Mille, disiez-vous, ce n’est pas possible, certes vous avez raison, ce ne sont que trois ans en décomptant les vacances et les jours fériés sans oublier la pâque juive qui ne tombe pas toujours à la même date.

 

Les premiers temps ne furent pas trop difficile, on ne se méfie pas d’un joli garçon, l’ami de Raymonde, le petit camarade de Renée, comme je l’ai dit, à l’école primaire, les choses furent plus malaisées et même lorsque j’allai en ville, (je suis allé à l’école de la ville parce que si tu restes à la campagne disait ma mère, tu deviens paysan, je veux que tu sois architecte, il faut que tu apprennes d’autres choses que ce que raconte Bonabé et son complice patronal du jeudi après-midi). Donc je connus d’autres filles, des citadines élégantes, les moyens d’approche se devaient d’être sophistiqués. Ici aussi, les garçons et les filles étudiaient le calcul et l’orthographe dans des bâtiments séparés. Les cours de récréations communiquaient par l’intermédiaire d’une porte cochère verte qui s’entrouvrait quelques fois par la volonté de Sésame économe ou d’un technicien communal qui venait couper les branches trop basses d’un gigantesque marronnier d’indes. Ce n’étaient que court instant, l’autorité académique closait les huis à la volonté d’hardis explorateurs. Le monde défendu était plus lointain que celui de Conan Doyle, l’Afrique était plus simplement à notre portée par deux grandes cartes murales de l’AOF et de l’AEF.

 

Un moment donc, j’ai dû me contenter des filles de la rue, des ricaneuses, des moqueuses, elles me semblaient indignes d'un regard et, même, je n'hésitais pas à changer de trottoir quand j'en apercevais se diriger à ma rencontre. Mon père m'avait d’ailleurs longuement mis en garde, elles sont sales, elles en veulent à ton argent, surveille tes fréquentations !

Les cousines sont insupportables et une demoiselle est venue suivre des leçons de piano que voulait bien donner ma maman. Ca ne doit pas être comme cela que ça s’est passé, Joseph qui semble connaître ma mère mieux que quiconque m’en dresse un portrait qui n’implique aucune douceur chopinesque.

 

 

C’est à cette époque-là que j’ai beaucoup pollué en rêvant à Sophia, une Italienne aux yeux bleus et à Shirley MacLaine, rousse odoriférante. Il faudra que je vous raconte Sophia dès que j’aurai éclairci Bécassine, pas clairement établie ici, que m’a-t-on tenu comme propos de ces placeurs de chair humaine, l’Anpe sans lumière, l’orbem sans état major.  Toutes à la tour de Nesle jactaient les crieurs au coin de la rue de Rivoli, Nesles, pourquoi faire, n’est ce pas là que l’on estampille la menue monnaie ? Qu’iraient donc faire là des femmes, du monde, du beau monde, des mondaines ?


Joseph s’exprime mystérieusement à leur sujet mais il est, il est vrai le plus souvent ambigu, ainsi quand il parle de Moncontour (que j’ai visité sans y voir d’autre intérêt qu’un vieux donjon délabré, une église romane et un vieux ferronnier qui m’a longuement expliqué qu’ici eurent lieu bien des batailles, Geoffroi Martel, fils de Foulques Nerra, écrasa le duc d'Aquitaine, en juin 1940 se livra l'un des derniers combats entre Français et Allemands, les vignobles adjacents sont producteurs d’un vin de grande qualité... mais personne pas même l’aubergiste ne me tint langue de Cossé ou de Tavannes, il ne me parla d’ailleurs pas même de Vil Pain dont tout le monde parle cette année. Je tentai ma chance à la route de Souzeau où se trouvait un villatoile, le gérant ne savait rien de plus que l’aubergiste du village, il n’y avait ici ni train ni garde barrière aucune vache à regarder passer.

 

Dans les journaux du soir, un extrait du discours musclé de Johnson à propos du Vietnam, plus loin, surprise pour nous, une grande photographie de personnalités belges qui sont à Camp David, ils accompagnent leur ministre d'état Paul-Henri Spaak.

 

On ne progresse pas fort ici vers une vérité historique, on peut craindre qu’il en soit de même en ce frileux février chez Henri le Principal comme chez Lundentreux, encore que chez ce dernier (http://www.u-blog.net/henridem/) pointerait une explication, nébuleuse sans doute mais toute enquête n’est-elle pas surprenante disait le fameux Michou, l’homme qui cherchait en vain son chemin.

 

Ainsi donc, Mon biographe le sieur Xian, tapotant quelques textes avant de partir en vacances, détache des fiches, corrobore des versions, examine des textes et des femelles assoiffées de Henri, trop nombreuses, l’assaillent au téléphone d’autant plus qu’il se perd dans les arcanes toilées et pittoresques, à la recherche de sites « live » où une certaine expérience titillante est nécessaire, on ne clique pas où l’on veut et quand on veut ! Vous aurez peut-être des difficultés à rejoindre le site adéquat, certains navigateurs requièrent 128 bites d’érection immédiate, au cas où, n’hésitez donc pas à passer la main sur la souris et la conduire sur l’outil d’aide à la performance que vous aurez installé au préalable.

 

Tout de même j’eus un étonnement lorsque la dame d’œuvres qui remplaçait les marguerites sur l’autel de sainte Cécile me fit un clin d’œil en me disant de remettre son bonjour à Charles, je n’eus pas le temps de demander, lequel, Vigor, Alfort ? qu’elle ajoutait, votre frère Charles Neuf mérite bien des égards pour mener ses affaires avec tant de courage et si petite santé, je vais faire une neuvaine à son égard.

 

Donc mon frère ne portait pas mon nom, un demi-frère alors, et où logeait-il donc ? Joseph, mon bon, qu’a-t-on à faire de Charles Neuf. Joseph à son habitude, répondit onctueusement que sans doute en voyage ou alors en sanatorium, Charles est un faible, Charles tolère tout, se laisse faire, les affaires, non, non, les affaires sont rondement menées, mais c’est par Madame votre mère...

 

 

Je n’insistai pas. On allait tout de même un jour me la faire rencontrer cette mère.

 

 

 

 

 

Évidemment dirait Némo, l’ancienne secrétaire intérimaire, chaque fois que la sexualité s’immisce dans le récit, l’orthographe et les vêtures laissent à désirer. L’accélération d’hier manquait un peu de punch.

 

 

 

— Quand Monsieur aura tout oublié de son séjour à Varsovie et tout souvenir de son pays de ses amis des parents, que Monsieur laisse faire la nature...

 

Ce qui était exactement ce que je pensais en regardant la nouvelle bonne, une certaine Valérie qui rangeait les nouveaux draps de lin et les petits sachets de lavande dans les grandes armoires normandes.

Varsovie, une place peuplée de pianos

Je vais bien l’aimer Valérie, penser à Varsovie ... Je jouais bien Chopin, chez moi à Varsovie, où j'ai vécu à l'ombre de la gloire de Chopin...

Je fredonne, d’où me vient cet air, je ne jase pas polonais que je sache, le piano, la leçon de piano, elle s’appelait Valérie, en ai-je le souvenir, je ne l’ai rencontrée qu’une seule fois, plus tard, dans cet institut où elle était nue, attendant l’infirmière, raconte-t-on les souvenirs d’une telle rencontre, m’autoriserait elle une indiscrétion si insolite, tant en dehors des habitudes où c’est l’infirmière qui se dénude ou à tout le moins est légèrement vêtue sous le tablier, la blouse, l’uniforme, changez les habitudes, les lecteurs fuient.

 

Le jour de la leçon de piano, on ne s’était pas dit bonjour, j’en avais décidé qu’elle était taciturne, elle devait l’être puisqu’en sortant de chez Appelbaum, je ne savais d’elle que ses humeurs, je n’avais échangé avec elle que des muqueuses, j’ai décidé aujourd’hui qu’elle s’appelait Valérie.

 

Une place peuplée de pigeons, une vieille demeure avec pignon, un escalier en colimaçon, et tout en haut mon professeur, ce n’est pas ma mère c’est une femme qui lui ressemble peut-être ressemblent-elles toujours à ma mère lorsqu’elles sont préceptrices ?

 

Joue mon garçon avec ton cœur, me disait-elle, des heures durant.

Valérie Durant, c’était mon professeur de piano, c’était à Varsovie, mais oui, mais oui, je suis allé en Pologne, Amalia avait tenu le volant, la voiture avait même fait une embardée dans la neige, Céline avait téléphoné, Corinne était revenue, Perrine était servante.

 

Oui, il y a bien la Pologne, je retrouve aussi sélectivement des « flashes » si je puis dire, des visages de femmes, des visages sans nom, des noms, le plus souvent de filles, sans visage.

Valérie Durant, et Raymonde, oui, une Raymonde, Marguerite, Marguerite, Marguerite.

 

Ma sœur s’appellerait Marguerite ? une effeuilleuse ? non, pas chez nous, chez nous, chez qui, Suzanne, Sylvie, et une Sophie, plusieurs Sophie, je me souviens de petites fesses en pomme encore une Sylvie, le prénom était-il à la mode ?

Qu’est ce celle-là qui arriverait de San Diego à la tête d’un troupeau d’encorneuses, serrée dans son Denim que la Duchesse en éternue encore. Ah ! Pour jouer la salade mamographique et moi en beau toubib des urgences

 

Rappel à l’ordre, mémoire vive les taureaux de Navarrenx... les ruminants autour de Fontfroide , ma mère m’aime bien, ma mère m’aime trop, on dit que je suis très efféminé, je me trouve élégant, raffiné, Joseph m’isole et pourtant j’entends des bruits de couloirs, on place des mignons dans mon lit, c’est loin l’Amérique, les archers d’ici n’ont rien à envier aux Séminoles, les jeunes gaillards tirent au but et Joseph peut témoigner qu’à part les roucoulades ancillaires, il ne se passe rien d’hallucinant pour le moment, oui, mais autrefois ?

Mais, pour l’instant, il n’y a pas de visages d’homme, un flou, un seul flou, un Charles Neuf qui ne m’aime pas qui jalouse les éloges dont ma mère m’abreuve.

 

Je ne pense qu’à elles, je ne cherche en mémoire dure qu’elles, par elles j’imagine, je retrouverai mon chemin, cela n’empêche pas Joseph de me donner panorama de la presse matinal et quotidien, il insiste pour que je lise les cours de Bourse, que je sache les actions, les obligations, les marchés, il me détaille en revue de presse les relais politiques des sociétés du nouveau monde et celles, européennes appartenant ou non au gratin, c’est son mot, des compagnies industrielles mondiales, il me souligne fluo les affaires dont je suis dit-il l’heureux propriétaire, des noms qui frisent le Top 20 des oligopoles financiers mondiaux, il me raconte les liens économiques et politiques des grandes sociétés de média et des agences internationales de presse, ainsi que les connexions de celles-ci et d’autres du milieu des industries de la défense, de l’énergie, de l’électronique et des télécoms avec « vos intérêts, mon cher Henri », dit-il de sa voix suave.

 

Je ne le suis pas toujours, m’égarant quelquefois sur les faits divers. Ai-je tressailli à ce détail de lecture : Visiblement, la victime a été étranglée à coups de couteau, avait écrit le journaliste, envoyé spécial de la rédaction.

 

 

 

 

 

On a publié jusqu’ici chez Lu et grin , la prochaine foi demander si on poursuit ...

 

Je vois bien que le père Joseph ne souhaite pas que je m’accoquine avec des ploucs et des miteux. Il doit bien y avoir eu des filles de familles, des descendantes d’archiducs et des prétendantes au trônes parmi les mémoires floues, les fantômes d’Aurore, de Brigitte, de Caroline, de désirée, d’Emilie jolie, de Fanchon, une servante peut-être, mais l’on aurait pu s’y tromper,  ce Joseph, apparemment diplômé de Berkeley, Harvard et Cambridge réunis, savait-il vraiment tout  ? Parfois son visage exprimait une question, un doute un scepticisme comme lorsque l’on frappa à l’huis soudainement.

 

« Entrez » c'était une petite nouvelle qui venait annoncer qu’elle prenait son service, elle n’était pas seule, elle se tenait debout à côté du chambranle, une grinçante rouillée salaude la jouxtait, genre mère de l’infante à caser mais que rien avant le mariage sinon la dot te passe sous le nez, bon, oui d’accord, vous commencez demain matin, voyez avec Joseph pour les détails.

A quoi servirait un Joseph qui ne s’occuperait pas des détails ? Et pourtant, convient-il de m’y fier tout à fait ? J’ai retrouvé souvenir dissipé mais souvenir d’une Marguerite, sœur Marguerite, c’est imprécis mais les mots de Joseph me sont cruels, il me signale que Marguerite avait ri, peut-être en son miroir, qu’elle dansait pour faire la belle, qu’elle avait vendu son âme et qu’autour de nous il n’y a pas grand-chose de beau, non enchaîne-t-il tout n’est pas si beau, tout n’est pas trop beau, Monsieur se roule dans la soie, Monsieur bouscule les jupons, Monsieur prend un moment de vie du bon côté et quelque fois un peu à rebours mais il faut savoir, Monsieur n’avoir pas l’hypocrisie de croire à la liberté, ou plutôt dans le cas d’un cerveau neuf comme le vôtre de ne pas sombrer dans la naïveté, Monsieur à des frères et sœurs, Monsieur doit penser qu’il occupe une situation importante que madame mère gère de son mieux mais qu’un jour Monsieur sera à même de revenir aux affaires, que Monsieur ne rêve pas, reste simple et juste, de donne pas de faux espoirs, l’espoirs est trop souvent d’usage des puissants pour ne rien donner, l’espoir reste le chemin d’utopie, l’inatteignable du pauvre, l’espoir n’est jamais net, Monsieur, je pense que Monsieur sera bientôt prêt à entendre quelques vérité et à devoir prendre quelques décisions.

 

Ce n'est pas la première fois que j'entends des mots comme ceux-là. Ce sont des mots secours pour un éperdu de mémoire. Le plus souvent je ne dis rien, je les garde pour moi. Aujourd'hui, je les renvoie à Joseph, des yeux et du bout des lèvres, pas de polémique pas de question à laquelle on me donnerait réponse anonyme. Le vide dans ma tête est du plein dans la leur, si je suis ici, c’est que l’on a peut-être un peu peur, je fais peur, il y a la crainte, la crainte de quoi, de me voir quoi ? Moi, je ne sais pas, mais eux, les rares hommes qui hantent mes corridors, mais elles, les déjà nombreuses femelles qui gestapotent mes antichambres, elles, ils, eux non plus, n’ont pas le droit d'oublier qui ils sont, qui je suis.

 

Je tente de remettre sans cesse des images cohérentes sur des histoires vécues, des visages connus sur des aventures plausibles, d’où viens-je donc vraiment, et se dessine maintenant une autre question, une nouvelle question, qu’ai-je fait ?

Il n’est pas concevable d’avoir vécu uniquement dans la recherche et la satisfaction du désir et du plaisir sexuels, la vie, ce n’est pas que cela me disait encore hier au téléphone une dame d’imagination, ne serais-tu pas obsédé s’avança-t-elle à me jacter... comment savoir quand on ne sait rien ... ?. 

 

 

Les mots seraient-ils à double sens, ma capacité de retour à une mémoire usuelle comme dit Vankervel, Vankervel, Vankervel, un médecin, le type qui est venu avant-hier, un psychose, un pingouin, Alfred, le pingouin Saint Ogan Alfred, je m’emballe quel mot ne fallait-il pas dire quelle angoisse me submerge lorsqu’un signal me ramène à un fil de la vérité, à un voile ténu de ma propre expérience. Je flotte, je tremble, je respire, je transpire, je tremblote, Monsieur devrait se mettre au piano, tiens, c’est vrai, il n’y avait rien au pied de l’escalier, aujourd’hui il y a un magnifique demi-queue d’ébène et acajou.

Sur le piano, un post-it, je sais ce que c’est je n’ai perdu la notion de toutes les choses : A Montaigu, la fête du 1er mai aura lieu le 1er mai, comme la saint Barthélemy aura lieu le jour sanctifié du saint lui-même.

 

 

Qui a déposé le conte de barbe bleue sur ma table de chevet ?

 

 

 

Pourquoi s’inquièterait-on d’une Polonaise  qui vit sa vie....... ?

 

 

 

Alors que je frissonne de l’inconnu, comment me raccrocher au signal me conduisant à un fil de la vérité, à un voile ténu de ma propre expérience, à un souffle de ma vie...

Une étrange libellule s’est posée un moment sur le marbre froid de la fenêtre grand’ouverte, mais je n’ai pu lui répondre, je n’ai pas d’outils pour correspondre avec les elfes, je ne sais faire que du bruit et mes oreilles n’entendent pas les musiques, des couleurs je ne connais rien, les crayons ne m’aident qu’à jambager, aligner voyelles et consonnes lier quelque fois l’e et l’eau pour faire l’œuf, je ne réussirais pas un calligramme lisible, je me demande si j’ai des dons, des vertus, des qualités, encore une question, toujours des questions.

— Monsieur a appelé

— Non Joseph, non, je n’ai rien à demander

— Monsieur sonnera

— C’est cela Joseph, je sonnerai.

Alibige d’une vie de cachotteries de tromperies de faux semblant emmène-moi leur aurais-je dit ? Alors ce souvenir de Pologne ? Un carrousel aux lunettes noires, un électricien syndiqué, il n’y a pas de pianiste à Varsovie.

Dans ce monde brutal de décideurs convaincus, dans ce monde de légionnaires étrangers, de mercenaires religieux, ai-je une place.

J’entends comme Joseph me dire « Monsieur ne doit douter de rien ! »

Mais je reste inactif et pensant, comme se remuer d’ici,  ou je suis plus étranglé, plus estoufarès par ma conscience que les hurleurs sous la table. On m’a dit que le Conseil avait décidé des choses importantes, qu’il y avait même des sans dieu dont on allait s’occuper et que certains ne respectaient plus les vierges. On me parle de liaisons dangereuses, de Leysen, Collin, Delaunois, Dassault, Frère, sans compter les de Guise, tous très actifs dans le secteur des médias.

Et qui contrôle les médias contrôle le peuple avait annoncé Joseph.

— Alors, Poussin, tu viens dit une voix enamourée depuis la pièce d’à-côté

Toute ma faiblesse est là, ...

— Je viens, dis-je, je viens... je me déshabille même en marchant.

 

 

 

Bien que le cercle qu'héberge le château du Fond'Roy à Uccle (une propriété acquise en 1997 « à un Mobutu mourant et retiré du pouvoir », par Stéphane Jourdain), représente un de ces endroits privilégiés de la capitale de l'Europe, Joseph me dit que le général Alcazar, ne s’en contentant pas, est en route pour Paris, capitale du monde. J’ai le pressentiment qu’un jour j’irai, moi aussi à Paris, que je quitterai cette villette de province où je croupis, que j’aurai recouvré la mémoire et que mes gestes deviendront guerriers. Il est temps que je m’exerce, moi aussi à d’autres jeux que ceux où m’entraînent des louves qui passent, oh, juste pour dire bonjour, disent-elles, regards affamés, ongles griffus, entrejambes parfumés espérant, je le vois bien, retirer d’une relation nocturne quelques privilèges que je pourrais leur donner.

— Que pourrai-je bien leur offrir  ? demandé-je à Joseph.

— Monsieur est déjà trop bon.

Je me convainc vite qu’elles ne sont là que pour l’imminence, la hurlerie populaire, une question d’estourbisserie d’un ancien ami, que valent-elles poétant en Récamier, trop déshabillées du bas, négligées du haut…demoiselles fines, les libellules sont-elles des femmes demanda même une de ces passantes incultes rares en nos temps d’éducation obligatoire. Si tout un chacun a bien du mal à définir l’état de femme, il semble évident de sourire à la question, qui ne sait que Clochette est odonate à l’abdomen bleuté, qui me voit faire la cour à une Schtroumpfette, à une habitante de cette planète découverte par Yoko Tsuno, pourtant Vénus est bleue a dit Galilée peu de temps avant d’avaler un soixante-sixième litre d’urine de mouton catholique convaincante.

— Monsieur devrait mesurer ses paroles, dit Joseph. Monsieur va s’ajouter des ennemies à la kyrielle des ennemis. Monsieur n’est pas sans savoir que Hercule-François est à la tête du mouvement dit des « Politiques », un mouvement modéré de catholiques ambitieux, malcontents de Madame Mère et de Monsieur qui prônent une entente avec les protestants, les albigeois, les sarrasins, les turcs ottomans voire les mongols disent certains esprits de plus en plus malveillants. Nous avons même un visiteur qui a parlé local albionesque où se réuniraient des détracteurs, des diffuseurs d’idées, des chevaliers teutons.

— Ah oui, en effet, je me souviens des paroles de l’un et puis de l’autre, espions ou suppôts de satan ? Un colonel des spahis parlait même de swinging poule.

— Swimming pool Monsieur, swimming pool, ces gens s’expriment comme ils peuvent, nous sommes en un moment de grande braderie des univers courbes supersteiniens, tout un chacun s’exprime désormais, les uns et les autres ont leur petite idée qui sur les échalotes qui sur le sens de la navigation hauturière, un complémentaire disserte de la manivelle du vélo d’Eddy, cette personne voulait dire la pièce d’eau, la fontaine du parc, le bassin de Neptune, si Monsieur voit ce que je veux dire !

Je ne sais que répondre à Joseph qui ne veut que mon bien et qui semble concevoir difficilement que le sommeil me gagne, quelle heure est-il, celle-ci m’a chauffé le mi-lit, je pars dans ses bras chauds et attentionnés. Mes quinquets se ferment tous seuls. Je m'endors en toute confiance, avec elle, en elle. Je ne résoudrai pas ce jour le mystère de la femme.

 

 

Ok jusq’ici   GRIN 3

 

 

 

Un drame chez les bouffons :-))

>>LES ROYALISTES LEGITIMISTES SE RETROUVENT SANS ROI
[Lettre F&D 179 - Septembre 2004]
Les légitimistes, qui avaient retrouvé un vif dynamisme au sein du royalisme
français, n¹ont plus de prétendant au trône : le duc d¹Anjou, dernier
représentant des Bourbons, épousera le 6 novembre, à Saint-Domingue, la
Vénézuélienne Maria Margarita de Vargas et Santaella. Il s¹ins-tallera alors
au Vénézuéla, où son beau-père l¹a fait engager comme cadre supérieur à la
Banco Occidental de Descuento. Le mariage religieux précédera le mariage
civil au Consulat général de la République dominicaine, ce qui entraînera
ipso facto la perte de la nationalité française pour les enfants du couple.
Certains envisagent de se tourner désormais vers l¹antiquaire protestant
anglais David Somerset, duc de Beaufort et duc d¹Aquitaine, descendant en
droite ligne de Guillaume le Conquérant.
http://www.faits-et-documents.com

(Y a que chez F&D qu'on apprend des trucs pareils... :-))

 

 

 

Je vais passer ma journée à l’organisation de mon organiseur et de mon agenda électronique, inscription des numéros de téléphone auxquels j’ai accès et mise en place de quelques notes dans mes calepins. Sans doute cette méthode inverse de recherche me donnera des indications sur ce fameux passé auquel on ne veut me confronter, que l’on m’escamote, que l’on me dissimule et ce présent qui semble plus attrayant au dehors de ma vie qu’en dedans.

Je suis tout de suite très ennuyé avec mon patronyme, pourquoi m’éclabousse en flash violent le vocable guerre des trois Henri. A qui fais-je la guerre ? D’après la télé qui passe en boucle dans les salles auxquelles j’ai accès et d’après les douces qui me veulent du bien chaque soir et même pendant la journée, la guerre est une affaire d’Indiens et de Sarrasins, voire de rois esclavagistes lointains, cela ne devrait pas me préoccuper.

A

Ai-je des noms à placer en A ?

A zéro, boule à zéro, c’est pas un nom de chrétien cela.

Abdel, oui, j’ai souvenance d’un Abdel, pas plus chrétien que le précédent sans doute, il est mort, oui, celui-là se nommait Lejuste; je le vois encore en train de mourir, il a été militaire, il était au Tchad, ce n’est pas là qu’il est mort.

Abraham, ah ! oui, nom peu courant dans mon entourage, qu’ai-je à mémoriser d’un Abraham, deux même, sinon trois en comptant celui qui fit un barbecue sur le Mont Sinaï, oui, je vois un Berstein, Abraham Bernstein; dont le vrai nom était d’ailleurs Youri Yiélinski, espion soviétique à n’en pas douter, qu’ai-je à faire d’espionnage et de bolcheviques ? L’autre est plus typé, Dutuit ou Dutoit, on l’appelait Jo le gourmand, israélien sans discussion.

Adèle Braconnez; que l’on surnommait Blancsec, mais à part cela, rien, rien de bien, rien de mal, faut-il bloquer une ligne de A pour Adèle ? Adèle, cheveux, chapeau, jambes, moches, maligne et fouinarde comme une souris, malin une souris. Bien qu’à ce qu’on m’en dit, cela connaît-il réellement l’informatique ?

Parce que maintenant, pour être à la mode, il faut tout avoir de cette maladie-là.

Un peu l’air d’Hélène ? qui depuis quelques jours est devenue ma kinésithérapeute attitrée, on va dans le grand bassin ensemble, paraît que la natation et les massages devraient me redonner du tonus, Joseph me dit qu’Alcazar se baigne tous les jours, comme manie, pourquoi pas ? Hélène est charmante dans son maillot de bain rouge avec un petit sifflet à roulette comme celui de l’agent quinze de Quick et Flupke, mémoire, vision, voir, comprendre Quick n’est pas le concurrent d’un roi écossais fabriquant du bœuf irlandais moulu, voir, comment voir à l’intérieur de sa tête ? A. Je n’ai donc encore rien écrit à la ligne des A !

 

Adeline Katquart; du gâteau, de l’argent, de grosses fesses, organisation de la case quatre, mémoire, on s’était connu on s’était reconnu je m’appelle Henri.

 

Adeline sortant d’enfance, disait : Je n'ai plus le droit de jouer dans les terrains vagues de recevoir des messages d'amour des garçons de mon âge gravé à la pointe du canif sur les troncs des palétuviers, en fait de vieux sureaux faisaient l'affaire, pourtant on m'avait laissée tranquille, il n'y avait pas eu de mets ta culotte serre les genoux ôte tes mains de là, j’avais eu la paix et personne ne s'occupait de mes jeux avec les garçons, mais maintenant ce n'est plus pareil depuis que deux cailloux ont poussé sur ma poitrine les grands ont commencé à me faire des sourires idiots et à me parler du printemps et des bourgeons, les voici chuchotant autour de mes seins naissants sous mon chandail et autour de ce duvet brun qui court sur mon pubis, puis accourent toutes les cachotteries des bonnes femmes ombres chinoises derrière les portes en verre trempé opaque le mystère de la cuvette rouge, mon corps je n'y pensais pas les autres y songent pour moi, je les emmerde je suis bien.

Adeline Halliday ? Qu’est ce que ça veut dire Halliday, voconces lorsqu’on permute o et a. A Adeline

Adeline, d’adolescence. Voici un corps maigre un garçon ou une fille de quinze ans, le chemisier déboutonné laisse voir deux petits seins bien séparés l'un de l'autre, le pantalon collant montre une jolie paire de fesses, elle peut être prise pour une toute jeune fille et faire des études, garçon égale fille et inversement dans des circonstances réelles. Tout en me dictant le dernier cours à apprendre, je lui effleurais le sein, je la sentais frémir, la main descendait glissait sur le petit ventre rond puis descendait encore là ou le pantalon moulait le sexe, elle se trémoussait.

 

Je lui écrivais des billets puis un jour, fin d’après-midi, je l'ai attirée dans ma chambre où je me suis jeté sur elle. Elle s'est enfuie en criant pour l'amour de dieu et nous ne nous étions pas revu pendant plusieurs années.

Des années, des siècles, des filles des femmes des femelles, Joseph ! Joseph ?

— Monsieur.

— Joseph, avons-nous connu réellement une Adeline ?

 

 

— Joseph !

— Monsieur.

— Joseph, qu’est-ce ce carton ?

— Une dame est passée, Monsieur, Une dame a laissé ce carton pour Monsieur.

— Joseph nous en avons déjà des cents et des mille

— Monsieur me pardonnera, j’ai cru bien faire, un air Rom peut-être mais une recommandation d’un Egon, cette dame portraitise.

— Joseph, trois antichambres et deux galeries nous comblent d’ancêtres.

— Ces jeunes d’aujourd’hui osent, peut-être pour le vestiaire ou la garde-robe, cette personne parlait de schématiser une Adeline de vos connaissances.

— Adeline ? Joseph, n’est ce pas aller à la catastrophe, comment expliquer leur non-présence à ces autres Amélie, Bernadette, Charlotte, Daisy, Emilienne, Fernande, ah, Fernande, Joseph ! quand je pense à Fernande ! Gabrielle, Huguette, Ischia, Joséphine, Klystra, Léopoldine, Marcelle, Ninon, Omphale, Pierrette, Joseph souvenez-vous de Pierrette ! Quetzy, Rolande, Sylviane, Thibaude, Ursule, Véra, Wapitoune, Xénia, Zoé et les autres, les autres, les autres ...

— Certes, certes, Monsieur, mais Henri de Navarenx a présenté Jean Loup, Henri Kiss a poussé cet emballeur de génie, chez les de Guise on orne avec des Léonard, on soutient une Académie, l’époque est au soutien populaire Monsieur, que Monsieur regarde attentivement, Séguéla lui-même est porté à bout de bras par la ferveur consommatrice rouge.

— Joseph, nous avons tout de même des principes, Joseph, je suis des amis de Stéphane et de ceux de Georges Rémy, Joseph, j’ai déjà fort à faire, le dîner du golf-club de Waterloo est à peine digéré, un Haddock est dans notre salle de marine, un Tryphon orne l’entrée de nos laboratoires, Bianca est à la porte de la petite salle de musique.   
Bien que, oui, bien que, Joseph, lorsqu’elle repassera, dites lui donc de nous faire quelque chose, cela fera enrager cette clique, c’est Margot qui va râler !

— Monsieur se souvient de Margot, alors Monsieur se redécouvre.

— Pas tout à la fois, Joseph, pas toutes à la fois...

 

Je n’ai certes pas voulu tuer le temps, je pense que déjà... déjà j’ai tant de fois écrasé des mouches et des nuisibles, alors tuer, encore tuer !  Tout de même, j’imagine la scène de tous ces joyeux qui saississent leur livre de poche, le mien est à mon chevet, je le saisis donc pour saisir sur le clavier selon les instructions.

 

Nouveau petit Larousse illustré publié sous la direction de Claude Augé, à Paris, peu avant le passage éclair de Sioran, en 1936, tous droits réservés.

Le dernier paragraphe est formel, droits réservés, bien entendu, je ne conteste pas cette notion des choses, la rousse a tous les droits qu’elle désire.

Page 23, arbitrairement j’imagine.

Agraphie(fl) n, f. ( du gr. A priv. et graphein écrire). Impossibilité d’écrire, quoique le malade entende, comprenne et lise.

Publieder : sdpoikf+Qqqqzefd     la maladie donc et puis Henri Henri mémoire relire finir par élise Elise Elise je t’aime, je t’aime je t’aime pourquoi m’as-tu quitté ?

 

 

 

 

— Tant d’intellectualisme me tue Joseph !

— Ce n’est pas le moment, Monsieur, je suggère à Monsieur de s’occuper un peu des B dans son rangement, de voir aussi les personnes qui seront en fin de mois au Conseil où des choses se décideront, j’en informerai Monsieur en temps utile et puis, mourir Monsieur, mourir c’est s’enfuir, s’échapper se tailler carapater Monsieur ne fera pas cela, Monsieur fera face !

 

Les b ? Alors qu’on a rien tiré des A, alors qu’il en reste de quoi emplir toutes ces pages entre ce fleuve côtier de France au nom germanique et ce peuple du Mexique qui écrivait en idéogrammes fleuris et géométriques, les b, de où et quand ? Où est Caen ? Dans le Calvados, B, boisson forte et fatalement Bébé pollutions nocturnes, masturbations sanguinaires c’est cependant à Babette que je pense d’abord.

 

A l'époque, je jouais au club de tennis du petit bled d'à coté (oui, il y a encore plus province que cette cité où j’ai vécu). J'aimais le jeu par lui-même, mais j'aimais surtout rencontrer ces gars et ces filles que je n'aurais jamais fréquentés si je n'y avais pas joué.
Je souriais souvent de voir, après un match, les filles tirant sur leur jupe pour s'asseoir, de peur que quelqu'un voie furtivement leurs dessous... Cinq minutes auparavant, sur le court, des dizaines de gens avaient pu les détailler parfois pendant des heures sans qu'elles s'en soucient un seul instant. J’aimais beaucoup les petites fesses rondes en culotte blanche de Babette, une joueuse de tennis courant dans la poussière, bousculant l’herbe ou la brique pilée, smashant sur le béton avec le même entrain et revenir vers les vestiaires de son talon sportif. Babette est à croquer, elle est irrésistible, elle est jolie, charmante, complètement craquante.

 

Oui, je mouille le bout du crayon et j’écris Babette, je l’appellerai. J’écris aussi Banania.

Banania est un Noir comme son nom ne l'indique pas (une banane n'est noire que pourrie !), il parcourt la cuvette centrale depuis des années dans une vieille Jeep qui a connu des jours meilleurs au temps de Rommel.

C'est un bon copain de Oudairwine, de temps en temps, ils font des coups ensemble.

Banania est Zaïrois (mais cela ne se dit plus), Oudairwine est Anglais (mais il préfère dire anglo-saxon) et Blackbelt est Belge (c'est-à-dire régionalisé trois langues, trois régions deux communautés mille et un sinistres ou secrétaires d’état, un gros Louis et un Flagada), ils sont présents dans ma mémoire des premiers jours, alors tout me revient, le passé explose en présent, à présent, au présent.

Georges Oudairwine et Jésus Banania enquêtent pendant que Bob reprend du service aux Comores. Bob avait télégraphié, perdu dans un désert australien où il négociait l'achat d'une mine d'or ou d'un club de vacances chez des autochtones, en mangeant du lézard cru; il s'était infiltré dans une horde primitive où les femmes dormaient nues dans des creux de poussière et migraient sans cesse, avec pour tout bagage trois calebasses et un tison charbonneux dont la braise amoindrie portait tous les espoirs de feu et de survie, que tout est prêt. Et Tex, ou Stany ou leur fils s'est saisi du pouvoir de la Kalachnikov en donnant un peu de verroteries aux singes. Bob vivait réellement les aventures que Tex rêvait et que Franz ratait, Franz si je me souviens bien, n'est-ce pas ce petit mercenaire qui collait toujours à Schramme ?

Bé, b, béa b de Bao Daï fut empereur du Vietnam, ça fait kitch après le colonel Sponz d’apocalypse now et pourtant le pays cochinchinois avait un empereur gras et souriant avant qu’Ho Chi Minh ne décide que l’ensemble des citoyens fasse une cure d’amaigrissement.

B a Béa Comme c’est curieux je ne vois aucune Béatrice, b se cache tellement que j’ai pensé un moment qu’Hollinx me l’avait enlevé, les b s’enchaînent en maillons pour se couler dans l’uniforme de la Navy entre le Yorktown et le Missouri. Buck Dany.

S’en souvient-il, lui de nos combats avec, je veux dire contre, les Viets... 7 FEVRIER 1968. Bien que militairement désastreuse, l'Offensive du Tet s'avère une réussite d'un point de vue de la propagande, les médias américains nourrissant sans le savoir le sentiment anti-guerre aux USA. Photos de cadavres de combattants dans le couloirs de l'ambassade US, film de l'exécution en pleine rue d'un suspect par le chef de la police de Saigon, photos de GI blessés dans les combats de rue à Hue... et, pour clore, l'interview par Peter Arnett (oui, le même qui couvrira plus tard la Guerre du Golfe pour CNN) d'un officier américain qui explique, dans une phrase devenue célèbre que "Afin de sauver la ville de Ben Tre, il a été nécessaire de la détruire intégralement".  

 

— Je vois que Monsieur pense, réfléchit, écrit, Monsieur revoit, Monsieur revit ?

— Je ne sais pas Joseph, je flotte. Par contre, je trouve qu’il y a ici du laisser aller.

— Monsieur.

— Clarifions les choses Joseph ! Vous vous mettrez à l’ouvrage dès demain pour établir un règlement des visites, en particulier une sorte de va et vient acceptable des courtisanes, dressez, voulez-vous une sorte de comment dire, mode de fonctionnement de la maison, et pas seulement de la maison, j’aimerais qu’il y ait ordonnance de toutes les matières pour remettre ordre et police en cette demeure et celles que nous dominons, car nous dominons, n’est ce pas Joseph ?

Remettre en état la circulation des personnes et des denrées ici, comme cela devait être du temps des feus présidents François et Henri mes aïeuls et pères. Faites débourser madame mère et que l’on construise une balustrade dans la grande salle à manger et que l’on soit plus sélectif quant à l'accès aux appartements privatifs, n’est ce pas !

Et ces personnes, Joseph, ces personnes dont vous parliez... celles qui seront du prochain Conseil, Joseph, je veux leurs noms leurs promotions leurs grades de sadiques, leurs sécurités, leurs tantièmes tout en lettres d'or, en plein granit, dans la Sainte Chapelle, vous m’en ferez une vidéo, un listing, je veux connaître leurs maladies, les noms de leurs maîtresses et ceux des amants de leur femme, je veux leur état de fortune au centime près et la photo de leur maison, de leur voiture et de leur dernière déclaration d’impôts !  Et pas des trucs bidons, n’est ce pas Joseph, rien d’arrangé de caché de bidonné de bidouillé de cochonné !

— Bidonné, Monsieur ?

— Mais oui, ne faites pas plus surdoué que vous êtes, vous voyez ce que je veux dire, n’est ce pas !

Certainement Monsieur, je vois très bien où Monsieur veut en venir, mais si Monsieur me permet, je voudrais lui dire de se montrer parcimonieux avec ses retrouvailles mémoristiques, on va croire que Monsieur simule. Monsieur devrait plus regarder le journal télévisé et la ferme, Monsieur devrait éviter de ressasser certaines vieilles rengaines, Brassens ou la guerre d’Indochine, Monsieur devrait se concentrer sur les happeur de pognon, les boit sans soif les conseilleurs qui ne sont pas les payeurs, Monsieur devrait fustiger les faux amis, arrêter de déconner Monsieur a connu le succès, peut-être est-ce dangereux d’en chercher un autre ou un suivant ? Monsieur ne doit pas croire les Eliot, les de Guise les de Navarre, Monsieur doit observer ce qui se passe ailleurs , chez les Stuart  qui disent que sans les lingots empilés au seul endroit connu de Monsieur, Monsieur serait oublié morfondu culdebassefossé ! Monsieur doit penser que peut-être Cousin, de Gerpines comme dit la rumeur ne veut que les ors et les argents de Monsieur.

— Monsieur doit s’attentiver auprès de ceux qui disent que Monsieur n’entend que ce qu’il veut entendre, ne se souvient que de ce qui plaît à Monsieur, Monsieur doit montrer clairement que Monsieur ne joue pas avec le feu. Monsieur doit surveiller ses paroles, même s’il s’agit de souillons de servantes de basculs, de courtes cuisses, de Bécassine et autres bécasse, la gent féminine est de nos jours propice à la révolte, Monsieur a bien lu que Madame de l’oncle Linx fait la pluie et le beau temps auprès de la magistrature, Monsieur est un esthète qui aime regarder danser les petites filles, je dis alerte, on peut regarder mais pas toucher. Monsieur doit savoir que si le cheik Ramandan peut se permettre de répudier une vieille de vingt-six ans pour reprendre une jeune de treize, il n’en reste pas moins pieux et respectueux de la loi qui ne l’autorise pas à être l’époux de plus de quatre maritornes. L’époque de Monsieur a changé, la maréchaussée en casquettes pokemon arrête les excessifs de la route, l’on préfère en ces jours les nouilles aux repas pantagruéliques qui sont politiquement incorrects en ces temps où sœur Emmanuelle est sortie de son fauteuil pour dynamiser les loquedus. Elle se la joue d’ailleurs gros, les roquettes volent bas ! Monsieur doit canaliser, sélectionner, voir l’approche la plus favorable, sentir les amis qui sont nuls et ceux qui sont bien, découvrir les haineux et pourchasser les imbéciles !

 

— Que de travail Joseph ! Que de travail en perspective, la mémoire qui se reconstruit ne me claironne pas technicien de surface des écuries d’Augias ! Ne peut-on simplement faire un audit ? Ne peut-on réellement m’en laisser à mes adroites en amour, à celles qui en savent plus d’un tour, femmes d’atours, d’images et de mots de douceurs petits lokoums tendres, aisance de langue et seins palpitants, indécente à en faire mourir ce nouveau Ben oït qui cherche les jeunes chrétiennes ou qui sait, à le faire vivre ?

— Monsieur doit rester réaliste, Monsieur doit savoir que les gens jasent, se demandent pourquoi tant de facilités proposées au Conseil...

— C’est qu’ils ne s’aiment pas Joseph ! Devant la supériorité, disait Goethe, il n'y a de salut que dans l'amour. Si vous n'admirez pas, si vous n'aimez pas l'être en qui s'incarnent des valeurs supérieures, vous ne pourrez maintenir l'estime que vous avez de vous-même qu'en dénigrant tout ce qui se rattache, non seulement à cette valeur, mais à l'idée même qu'il puisse exister des valeurs supérieures. Il en va ainsi. Joseph, pour ce conseil de vendredi, je mettrai mon nouveau costume arrivé ce matin de Savile row bien que l’on dise que la Kublair a quelques difficultés.

— Citer Goethe et se préoccuper de la toile de ses fripes démontre à raison la supériorité de Monsieur.

C’est un mot final pour cet instant, Joseph, je me retire, déjà je le sais, l’une d’entre elles m’attend et cela vaut mieux sinon que la scarlatine, du moins que le rire bellâtre de Lundentreux.

 

 

 

 

Mercredi 21

 

Le Conseil aura donc lieu vendredi en huit et mon diaribouque n’est pas même à jour, j’en étais à la lettre B sans avoir complété les A, dites trente-trois, C comme conseil chambre chambre du conseil antichambre antipape soupape, on va pourtant voter des choses dit-on voter quelle curieuse manière de faire, je décide un point c’est tout et Mère approuve, Mère fait exécuter le bourreau exécute nous sommes tranquilles j’en étais aux cés.

Un lot m’en est venu tout à la fois, Clémence, Clément Marot, Clotilde et Clovis Noël, Colette Puratos et le célèbre Colinot, Connie et Constant et Cori le moussaillon, Cori Nadine, Cousin, Cousteau, Craquette, Crespel...

Et Camille, Camille Sigrand si je puis oser la citer, On ne parle guère de la famille Sigrand, dirigée par Camille Sigrand. Le groupe est pourtant un « grand » de l’industrie portuaire. Le groupe agit comme affréteur, chargeur, propriétaire de navires, exploitant de ferries, de lignes vers l’Afrique et l’Amérique latine, agent, transporteur de voitures et expéditeur. Quasiment une moitié de son chiffre d’affaires provient de la branche affrètement. Il gère une flotte de 9 bateaux dont 5 ferries et 4 cargos de vrac au départ d’Anvers et de Zeebrugge.

Camille adore être nue

Elle apparut un certain jeudi, vers midi et demi. C’est grâce au bœuf bourguignon, bien sûr, que je me souviens du jour et de l’heure.

Elle était grande et portait un manteau d’astrakan beige que sa chevelure blonde fermait d’une écharpe soyeuse. Ses lunettes de soleil interdisaient de saisir son regard et empêchaient même de distinguer les traits de son visage. On aurait dit l’un de ces «loups» de soie noire que les femmes portaient à Venise lorsque plus jeune j’allais au bal masqué ohé ohé, masque de toutes cachant les ridées mieux que Revlon, escamotant les grincheuses, livrant aux coquettes des instants de rencontres, des minutes de plaisirs interdits, de petites jouissances calmes sous couvert d’anonymat  captivant.

J’étais dans un gîte relais mousquetaires en cuisine, quatre cents chevaux Rosa Testa rangés devant la porte, larbin de concours et de circonstance, le directeur de la masure accourut pour lui ôter son manteau comme l’eut fait un Giscard inaugurant une statue de la liberté. Mais il n’y eut pas de discours, que de la  comment dire, rien, un moment de silence total. Du mouton noir bouclé et crêpé de Russie surgirent deux épaules indescriptibles sous un fin tulle écorce d’orange translucide et pas comme on en voit de nos jours en aubergine pourrie, ceinture de cuir à boucle d’or, jodhpur de lastex moulant hanches bassin et cuisses allégoriques. La féminité était entrée de plein dans mon champ de vision et celui de quinze à vingt dîneurs ébahis. Il serait malveillant d’expliquer ici comment elle fut amenée à s’asseoir à ma table, à me parler de sa vie à prendre le café en terrasse, à déguster des alcools fins et rares à l’étage, à s’allonger un moment pour reprendre ses esprits, j’avais perdu les miens ....

 

Je les recouvre, je revois des moments, je visionne des gestes, curieux l’amnésie ?

Se soigne-t-elle par les regards sur les cimaises d’ancêtres, sur les pages d’albums photos ? De Camille, Je n’ai gardé d’elle aucune photo alors que j’ai gardé celle du 1 FEVRIER 1968. Le deuxième photo la plus célèbre du Vietnam : alors que l'offensive du Têt fait rage et que le VietCong semble l'emporter, le Général Nguyen Ngoc Loan, directeur de la police nationale du Sud Vietnam invite des journalistes à une visite guidée de son secteur. Croisant une patrouille qui vient d'arrêter un civil anonyme, soupçonné d'être un chef communiste, Loan exécute le civil d'une balle dans la tête devant le photographe Eddie Adams et le caméraman de NBC Vo Suu qui immortalisent la scène. Le film de l'exécution passera en boucle à la télévision aux US et en Europe et la photo, sera publiée des millions de fois. Ils contribueront à monter l'opinion publique contre la guerre du Vietnam. Loan se réfugiera aux US, évitant un procès pour crimes de guerre grâce à l'entremise de Ronald Reagan. Il y mourra d'un cancer en 1998. Photo: http://www.wellesley.edu/Polisci/wj/Vietimages/vcexec.htm La scène figure même dans un jeu vidéo: http://whitelead.com/jrh/screenshots/saigon.JPG

 

 

 

Sûr que je n’allais pas conserver toutes les photos des courtisanes pour que vous convulsiez, que vous hihahaniez de mes saillies, plein votre tête, en parliez et même les reproduisiez, les lecteurs ne sont-ils pas un peu pervers ?

 

 

 

Huit demain matin avant ce conseil, qu’entends-je Joseph me dire d’à-propos d’agenda de noms de répertoire de mise à jour de la lettre D, dé six faces chiffrées six coups le seul sept coups de l’Arizona, dé, dédé, Dédée, Dédé d’Anvers.

Delphine dauphinou forme apocopée de adelphos le frère, Delphine, fut un moment comme une sœur mais en cette soirée d’été dernier, chaud, faut-il le rappeler, Madame de Staël nous servit l’apéritif au bord de la piscine, à l’ombre d’un gros figuier, parmi les géraniums en fleurs. Delphine troqua l’azur de sa robe contre celui de l’onde chlorée et mêla aux feux du crépuscule les flammes dorées de sa nudité.

J’aurais, me dis-je, pu rencontrer Delphine Seyrig, aurais-je pu lui jouer mes comédies ? ou Delphine Ingres, mais comment dévêtir une femme de peintre déjà nue sur les murs de plusieurs de mes amis, ou Delphine Miranda, mais baise-t-on les pieds les mains enfin tout de l’épouse dévouée d’un général en prison ?

Et puis, il y avait Céline, je ne pouvais tout faire... Céline, qu’est ce que cela, flashe, trombinoscope, lueurs hippiques, elleessedéiques, chandelliques, je vacille me rattrape de guingois entre la table chêne massif et une chaise qui se secoue me secoue m’échappe s’en court je suis à terre, je n’oserais appeler Joseph, que lui dire, j’ai vu le diable, cornu fourchu terrible c’est Line ? Line, je ne me souviens que d’une petite mignonne qui joua pudeur et jambes croisées auprès d’un boucanier... Line, non, le visage est estompé, le brouillard tenace soyeux fibreux lisse diffus vibré

Je me souviens

Vaguement mouvance de souvenirs images imaginées Chez Boris Viande à toute heure, il était peintre, non, en tous cas il gâchait de la gouache et de l’acrylique, il salopait ses tabliers, il en oubliait ses sauces, quelques tables des Messieurs pressés et d’autres furtifs, des habitués du bout de gras et des amoureux amoureux amour amours septième ciel sept cieux et sept mercenaires un bistrot un café un bar tabac Je m’appelle Henri la rengaine à la mode, le contreur de Mitterand, du vin messe curé pensionnat château ah tout de même château brouillard brume voile flou alcools bistrots bistrot café bar tabac Je m’appelle Charly et je m’appelle Lulu. On est sur M6 pour le Hit Machine le samedi en compagnie d’Irène et Jessy.

Le samedi en compagnie d’Irène et de Céline …Je m’appelle encore Charly et je ne sais plus je ne sais pas je ne sais rien on est sur le disque, pour faire la musique. Le mercredi on peut mais on est jeudi, bon sang, nous sommes jeudi et je m’appelle Henri !

Mardi, mercredi et jeudi, donc aujourd'hui, je suis allé à Belle île, je voulais rencontrer celle qui avait écrit : faire les magasins. Non pas pour céder à ma fièvre acheteuse, mais pour déposer des CV. Ce qui nous fait un total de 123 CV distribués en 3 jours ! Pas mal du tout! Ce matin je suis allée faire un tour à Belle Ile en Liège. Le plus gros centre commercial du coin. Je me suis trompé, je m’appelle Henri je suis allé à Belle île, en mer, du côté de Kim Wilde. J’aurais voulu la voir celle-là qui distribuait les chevaux, moi, j’en ai 300 dans la Testa rossa mais je crois que je vais la vendre, le cendrier est rempli et Joseph me dit que ce n’est pas de son ressort.

Tiens c’est un jeudi que la juge A. Jetée des référés du tribunal de Paris a confirmé l'annulation du spectacle que devait donner un dieu à l’Olympia sans se prononcer sur le principe de la liberté d'expression évoquée par le fils de la Bretonne et d’un Camerounais, je crois que j’aurais pas supporté moi, situation sensible non ? Qui me voit en fils de Bécassine ?

Une note est tombée, un post-it, peut-être une trace de mon passé, Jeudi 10 octobre 2002 :

Aujourd'hui je me suis levée vers 11h, j'ai pris mon petit déjeuner, ma douche et, après m'être fait un maquillage léger et avoir enfilé une jupe en jean avec un petit haut noir et marron avec bottines assorties, j'ai sauté dans ma Smart et je suis allée déposer ma candidature pour des petits rôles dans le cinéma ; puis je me suis occupée de répondre à mes e-mails et de préparer mes affaires pour mes spectacles de ce week-end. Demain, départ pour Forbach où je crois qu'il va faire très froid ; je dois penser à prendre ma lingerie en vinyle pour le spectacle, puis mes cuissardes, mes paillettes pour briller de mille feux. Bien sûr, je dois aussi préparer mes affaires de toilettes : string de rechange, nuisette, lait corporel, gel douche à la vanille, rasoir pour avoir les jambes douces pour mes fans lorsqu'ils me caresseront lors de mon show ; c'est vrai que quelquefois, ils ont le temps de toucher !

Patricia Fromage ? rien ne s’arrange, j’ai beau laisser tourner le moteur, j’ai beau avoir la cavalerie à mon service, des mousquetaires au couvent, des mignons dans les antichambres et des jardiniers anglais tressés de myosotis, je m’appelle Henri je m’appelle Henri je me le répète et ça ne sert à rien. Je n’y vois pas plus loin je n’y vois pas mieux je reste naïvement souriant.

Un autre post-it sur le coin du vaisselier d’étains qui parle d’Espagne et de guerre, je l’avais dit que cela tournerait mal avec ceux de Navarre, on ne m’écoute pas ici ! Aujourd'hui, dit mon ragusette, nous savons qu'à partir du jeudi 11 mars à 19h40, les enquêteurs espagnols savaient que l'explosif employé par les terroristes était de la gélatine de type "Goma 2". Nous savons qu’ils savaient que nous savions, de quoi s’en ponce pilater les mains ! Ils le savaient car ils venaient de retrouver dans un sac un engin explosif intact... C’est fou ce que les gens sont distraits, c’est dingue ce qu’on laisse traîner, à la portée des enfants, tiens, je traverse un parc pour rentrer, vous avez vu, avec la statue de Diane qu’à photographiée Alcazar, eh bien, voyant un emballage Quick Bacon, j’ai tout de suite pensé à un attentat ! Un gus qui avait perdu ça ne pouvait être qu’un attentiste. Pas un de l’ETA, c’est bien connu, les Castillans emploient des toros à petites cornes, les Basques sont plutôt suspendus à des méthodes plus anonymes, explosifs dans les bérets, pelote et autres matériaux, pourquoi changeraient-ils d’idée, ces gens-là, quand on a un bon fournisseur, on n’en change pas.

Ces considérations me rapprochent-elles d’Henri ou m’en éloignent-elle ? Quel sera l’ordre du jour du conseil de ce fameux vendredi, Joseph me dira tout samedi. Enfin, parole de Joseph !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vendredi 23

Une semaine avant le conseil vite la lettre E, y trouverai-je mieux qu’ailleurs, il me faut des mais pour me soutenir au conseil on va voter me rappelle Joseph !

Elle était en retard.      
Comme d'habitude.   
Allongé dans son lit étroit, les paupières à demi closes, je l'observais en secret.     
Elle avait des gestes nerveux d'oiseau habile et pressé.        
Elle commençait de se vêtir dans ce désordre qui lui était propre lorsqu'elle devina que je l'observais.   
En deux bonds elle fut au pied du lit.
Mon coeur heurta ses cuisses nues qui me dédiaient un sourire cannibale.  
Elle plantait son regard dans le mien.

" Tu m'aimes ?  
Ce n'était pas une question.   

Mais j'ai répondu oui.

 

Je suis certain qu’elle s’appelait Elisabeth et qu’il était Siam

L. Siam

 

Place libre pour les images

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

Samedi 24

Donc, après l’éuh l’effe Leffe Dinant trappiste fromage santé, je relis une fois encore la lettre que le porteur de DHL a déposé en mes mains propres comme le figurait l’imposition sur l’enveloppe.

Monsieur Henri,

 

 

Je m’appelle Eugène Flahaut, comme mon ancêtre, je suis ingénieur et Français. Mon aïeul, avec son demi-frère Stéphane Mony, construisit la première ligne ferroviaire française: Paris-Le Pecq (près de Saint-Germain-en-Laye), en 1837, puis Paris-Rouen (1840) et Rouen-Le Havre (1842).

Personnellement, je me suis contenté d’un diplôme et de quelques années au service d’un industriel de Nancy. Plus tard, je suis rentré à la police scientifique et je suis devenu par le hasard des choses un collaborateur de la DGSE à moins que cela ne soit du CRN ou du KWIK, toutes ces abréviations ne veulent rien dire et n’ont d’utilité que de pouvoir nommer des fonctionnaires à des postes précédemment inexistants. J’ai arrangé une petite chose pour la fille du président de la république et c’est ainsi que je suis devenu un conseiller « dans l’ombre ». Grâce à cet appui occulte, j’ai obtenu un poste à la Gécamines.

Un peu après, j’ai été conseiller aux affaires africaines durant l’année 83. C’est alors que j’ai été au mieux avec Marius Jacob et André Clown. C’est aussi à ce moment-là que nous avons fait affaire avec vous. En ce souvenir, j’aimerais vous transmettre des documents qui vous seront fort utiles lors de la séance plénière de vendredi prochain.

Votre dévoué Flahaut.

 

 

 

C’est étonnant, je n’avais pas fini de lire cette lettre qu’un certain Alain Zucco, policier de la sûreté de l’état ayant récemment monté une affaire en épingle me fait tenir une courte note par porteur, enveloppe E/V.

 

A Monseigneur Henri,

Le thème du criminel qui a payé sa dette envers la société pour commencer une nouvelle existence en mettant son expérience du mal au profit du bien se retrouve chez Victor Hugo. Faisant la connaissance de Vidocq en 1849 au moment de la rédaction des Misérables, Hugo le dédouble dans les personnages antagonistes de Jean Valjean, ancien bagnard, et du policier Javert. A la générosité du personnage épique de Valjean qui renonce a sa vengeance, s’oppose la malfaisance de l’inspecteur, espion maniaque, enfermé dans une conception étroite et institutionnelle de la justice et de la Loi. Sans être un roman policier, Les Misérables valorisent la structure narrative du roman noir, la poursuite d’un ancien bagnard par un policier. Le cas de Monsieur Henri ayant habité au 349 Impasse Delarue relève d’un genre cynique proche. L’amalgame habituel belgicain risque de vous éclabousser. Le lieutenant Palumbo est toujours à la recherche dudit Henri et de ses femmes disparues. Vous pourriez être dans la tourmente, mais aussi l’éviter, pouvez-vous faire déposer une somme intéressante à mon adresse (au verso) en échange d’informations pertinentes démontrant votre totale innocence en cette affaire.

 

Votre serviteur,

Alain Zucco, retraité en résidence à LaRoche.

 

 

 

A l’instant où je pensais remettre à Sarco, valet de pied s’occupant des poubelles, ces chiffons de papier, un troisième message me parvient par le biais du Minitel.

 

 

Pour le Général Commandant Henri,

De Auguste Dupin

 

Mon Général,

J’ai bien retrouvé le témoin anonyme,

On pouvait espérer de sa part plus de précision. Rien n’est encore éclairci, et il faudra attendre, pour en savoir davantage, qu’un disciple, un témoin oculiste ou un descendant, enhardi se présente.

Je reste votre ordonnance active, tout est prêt pour vous recevoir, la maison d’en face est louée, la lumière sera allumée tous les jours à cinq heures.

Fin de message.

 

 

 

Un psychanalyste ne saurait mieux dire. La lumière sera allumée. Progressé-je, Joseph va-t-il me donner les explications manquantes ? Quel genre de week-end s’annonce ?

 

 

 

Rapport du détective Lestrapade. (parvenu à mon bureau par l’opération du saint esprit et d’une demoiselle de chambre qui fit oh quand je la retournai !)

Après avoir déjoué de nombreuses tentatives d’assassinat, je peux certifier que je n’ai trouvé aucune trace d’un mari quelconque officiel qui aurait été dans la vie de la dénommée Céline Fernand. Un homme, son mari légal mais dont aucune trace ne figure sur les registres d’état-civil de la commune de Stanleyville ( détruits par un incendie tribal ) où il serait né et où il aurait épousé ladite, a quitté la route, il y a moins d'un an le long d'une falaise de la côte entre Eze et Menton, léguant à la jeune femme un mas de belle taille, qu'elle ne semble pas décidée à quitter, dans le village situé à une dizaine de jets de pierre, en contrebas d'un enclos dissuadant les curieux et au bout d’un chemin en garigue qui semble être gardé sinon par un concierge attitré du moins par un garde chasse ressemblant à un garde du corps. Certains pensent que ce Melocake, c’est le nom du garde chasse, un écossais, est son amant, d’autres, dont la caissière du Super U voisin disent qu’au contraire elle a un amant en titre, un médecin, dit-on, d’autres au village dont la femme du garagiste affirment qu’elle se fait culbuter par les deux voire par mon mari quand il va chez elle pour des bricoles, comme il dit, je répare les bougie, je tripote sous le capot, enfin, les hommes ! Depuis la fin de l’hiver en tout cas, je peux dire que la vie affective de la dame Céline semble avoir trouvé un nouveau souffle. Deux fois par semaine en effet, on peut apercevoir une voiture rouge stationnée devant le poulailler jusqu'au lendemain matin.

Ma mission s’arrête ici, la dernière note de frais n’ayant pas été honorée.

Toutefois je peux ajouter que plusieurs témoins pourraient donner des informations capitales, le principal étant sans doute le tenancier d’un bar-tabac à Paris, près du canal de l’Ourcq.

 

 

 

Vais-je monter à Paris ? Vais-je en parler à Joseph ? Quelle conclusion heureuse attends-je de me retrouver ?

 

 

 

Bien que je ne sache pas au juste qui et quoi, il est cependant nécessaire que je conserve mon incognito, je suis donc descendu en baskets souple, jean moulant et tee-shirt rose, j’ai cru comprendre d’une communication avec madame Valoo que le rose était la couleur parisienne, peut-être un point de ralliement.

On ne sait jamais, il va peut-être falloir séduire quelques indigènes, j’ai poussé dans le coffre d’une très anonyme Pijosimca aux ressorts dignes d’un lit français deux casques de chantier blancs (pour la visite des halles), quelques robes en diolène achetées en vitesse hier sur le marché de Maastricht (comme monnaie d’approche pour les autochtones que l’on dit peu farouches), trois revolvers à eau en plastique (pour leur marmaille), un gildwelle à longue lame dans son étui (pour la découpe des cuissots et des cuisseaux, lesquels sont les meilleurs d’après Mérimée ?) une paire de bottes (pour la visite des catacombes), de l’ail et deux citrons (contre les vampires et le scorbut), des chaînes d’acier trempé (pour attacher les porteurs récalcitrants), un coffre de verroterie (de chez Kruidtvat) et des bibles (illustrées imaginativement et abrégées), un petit fût de rhum (Negrita). Je trouverai certainement le reste sur place, un bidet pliant, un canot gonflable, du sérum contre le venin et une boîte de capotes.

 

Au sous-sol, je me suis senti l’âme de Henri Morton Stanley sur le chemin de Portsmouth. Sur la rampe j’ai accéléré pour passer à l’orange, j’ai viré sur les chapeaux de roue dans l’avenue encore sombre à cause du changement d’heures, j’ai vrombi tant que faire se peut des quatre cylindres de Sochaux, pilé au stop du boulevard du souverain pour laisser passer un curieux passant en slip de bain, j’ai franchement survolé le viaduc de béton mou, engagé la surmultipliée, dépassé un livreur en tricycle, poussé dans ses retranchements un facteur d’orgues, talonné un camion de TNT bourré à exploser, autostrade, bétonbahn, flash radar était là, je pompe je pompe je pompe j’entre dans la dixième province récente et encore endormie. Déjeuner frugal d’une tartine de beurre jambon sous feuille diaphane, café de la machine à vapeur, je dégaine comme le gaucher, pistolet de la pompe à essence, glouglouglouglouglouglou, ces vieux chevaux consomment, dis-donc, broum, vroom, crachotis, pétarades, La Louvière, visiter les ascenseurs, incroyable époque, de mon temps il y avait les musées ou les monuments, ça me rappelle irrésistiblement Viviane qui voulait toujours pousser sur le bouton arrêt, un gros bouton rouge, je lui avais dit je viens avec toi, au centre Martini, je te montrerai même mieux, il y a aussi un téléphone dans la petite cabine, incroyable dit-elle bon, on s’égare mais la route est monotone, Borinage, archéologie industrielle, monument à la gloire de Sogetra double face à Hensies, Valenciennes au loin, la Somme défile, laissant loin derrière moi les bêtises, le passé, justement, j’aurais voulu le retrouver, c’est le but de ce voyage, jonction avec la piste de bison futé venant de chez les Chtimis, gauche, droite, rien en vue, Péronne, au loin les tours de Senlis, file, péage ! On me l’avait dit, ils jouent les civilisés mais ne vivent que de rapines et de pots de vin, j’ai ce qu’il faut dans la malle arrière, des couteaux en plastique, une bouteille de Zizicoincoin, cela devrait suffire.

 

A ma droite le fameux château du général Alcazar, aux mille écuries, devant, les tours jumelles de la porte de la chapelle, le joint de culasse explose de joie dans le tunnel.

— Vieux connard ! crie un taximan qui me double tandis que je me range. Ainsi donc, même leur langue est fruste, je lui fais tout de même signe de la main, pas la peine de se fâcher avec les indigènes dès le premier contact. Dans la boîte à gants qui jamais n’en a contenus, je prends le manuel qui devrait répondre à mon questionnement.

Vérifier la carte verte, na transportez pas du vin sans un congé que vous devez obtenir sur place au moment de l’achat, ne stationnez pas devant les ministères, des hôtesses fournissent les prix des garages liste séparée, la priorité de passage est accordée aux ambulances, un document d’importation temporaire est nécessaire pour votre avion, si vous avez un accident...

Ce doit être la bonne rubrique, que faire, un garder son calme, deuxio rechercher un agent de l’autorité, ...

Précisément, en voilà à bord d’un véhicule assez surprenant surmonté d’une petite lampe bleue, ce n’est pas très joli.

— Ah messieurs, je vous salue.

Papiers, carte grise, z-êtes étranger ? les mains sur le toit du véhicule, écartez les jambes...

Je me suis invité dans la ville lumière, il n’est évidemment pas question de détonner, je suis les coutumes locales.

 

 

 

Rien n’a bougé depuis longtemps, ici rien ne bouge jamais, entre la société du gaz et les abattoirs, les immeubles sont restés, seuls les gens ont changé, et encore, pas tous, les habitués de chez Henri travaillent rue de l’Ourcq, rue de Cambrai, rue de Nantes, rue de Montaigu, rue de la digue. Autour de Saint Christophe se rassemblent des populations étranges venues des quatre horizons, on dit ici qu’il y en a de Belleville, que des Bretons se sont installés impasse de Joinville, que Désiré connaît Marseille. Des parfums d’Afrique montent du sol aux linges d’Italie pendus aux fenêtres.

Paris ressemble aux contes de mon enfance, toi la Maria, toi la servante...assis dans ma cage vitrée, j’observe le va et vient devant le bar tabac café brasserie restaurant coiffeur, je regarde impressionné l’enseigne peinte par un ancien décorateur qui faisait les affiches de cinéma du vendredi (les films changeaient le vendredi à dix heures et dans le quartier il y avait le Movy, je me souviens comme si c’était hier du Mariage à l'italienne (Matrimonio all'Italiana) de VittorioDe Sica).

Chez Henri.

Ainsi donc, ici, je trouverais, disent certains, toutes les réponses à mes questions. Sans doute est-ce beaucoup demander, si déjà je pouvais avoir des certitudes quant à mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs, oh oh ! Avec ces indications-là, je n’aurais pas l’air novice, collégien, puceau, vendredi prochain, grand jour du Conseil.

De l’autre côté du trottoir à côté d’une colonne Morris un kiosque étale des couvertures de magazine que ne regarde qu’un adolescent un peu pâle. Traîne le Elle ou Emmanuelle Béart est mi-nue, trempée dans l’eau jusqu’aux fesses, un vieux plan Hatier, le Paris-Turf, des seins marmoréens, des seins virginaux, maternels, érotiques voire historiques, tel celui d’Evelyne Thomas dont la manchette hurle « Elle crie au faux ! ». Le sein, compte tenu du nombre d’expositions dont il bénéficie semble être un objet de culte dans le quartier, peut-être appartient-il, il est vrai, au patrimoine national. Il est celui de Marianne avant d’être celui d’une quelconque dévergondée.

Marianne et la France, Marie de Clèves et Louise de Lorraine, Jeanne d’Arc, des noms de femmes me sautent au visage comme ces poitrines généreusement exposée chez le petit libraire, des formes, généreuses elles aussi, la Maria, elle me trotte, la Maria et puis Fabienne, Fabiola, Fatima, Géraldine, Germaine, Georgette, très généreuse, le cul large, des formes, pas de visages, des noms, pas d’époques, ...

Louise, Louise, vos démons ? Tina, Brooks, ...du café Henri entrent et sortent des dizaines de personnes, cela marche bien ce petit bistrot qui ne paie pas de mine.

Louise, Maria, c’est quoi, c’est qui d’où me viennent des images des mots, Maria toute noire à la Boule rouge, Maria, toi la Maria, toi la servante ...l’air tourne comme le moteur de cette camionnette qui vient me couper le champ de vision, n’est-ce pas étonnant que l’on puisse encore couper une vision à celui qui déjà ne voit rien.

Je crois bien que je l’ai déjà dit, mais ne peut-on, se bisser ? Je me d'mande si c'est la même qui nettoyait à La Boule Rouge, un bistrot huppé de Matadi, on lui disait souvent, regarde Maria, ici c'est pas encore propre et Maria se penchait se penchait se penchait s'épanchait, je l'aimais bien Maria, je lui disais tu dois encore laver ici et là, Maria....

Donc je suis allé à Matadi. C’est loin du canal de l’Ourcq. Ce café serait-il un rendez-vous d’anciens saigneurs, de mercenaires, de colons en panne ? Qu’ai-je à y voir, à y faire ? Y avait-il là une alcôve cachée dans la boiserie où la duchesse de Guise se pelotonnerait, un cabinet où l’on peut tout entendre, voir au besoin sans être vue.  Par Notre-Dame ! c’est bien utile, un cabinet, pour les expériences politiques, pour de magiques opérations.

 

 

La camionnette s’en va en dégazant, c’est pestilentiel ! C’était une livraison pour le marchand de journaux, la dernière gazette du matin dont la manchette est : « Les chiffres ne mentent pas, trois mariages sur quatre terminent en divorce ». Cela m’incite à penser que tous ces Messieurs auraient plus simple à vivre s’ils épousaient directement leur quatrième femme.

 

— Maria. Oui, j’ai bien connu une Maria m’à raconté le marchand de chez Nicolas à qui j’achetais un litron pour écluser en attendant de décider, de décider de décider, ce qui n’est jamais simple !

La trace de Maria de Naglowska se perd au début de la guerre, n’est-ce pas mon pôv messieu, à mon avis, elle n’aura été qu’un de ces météores que nous fréquentons parfois et dont on ne peut mesurer la trajectoire que sur un parcours réduit. Elle était pauvre, et il est évident qu’elle aura succombé finalement à ses difficultés financières; les livres qu’elle préparait et annonçait comme la Messe d’Or ou la Victoire de la vie, le Bien et le Mal et Harmonie Nouvelle, n’ont sans doute jamais paru. A-t-elle pu rester à Paris durant l’occupation ; ou a-t-elle résidé dans une autre ville de France ? Comment savoir, voyez-vous ?

Je ne voyais rien du tout, une première piste sérieuse quant à mon passé, celle de Maria, s’effondrait-elle ? De la guerre j’avais gardé l’impression que, chaque nuit, je périssais dans les flammes d’un château de Touraine. Une image folle surgit d’un bout de Seine et d’une tour similaire à celle de ce château, la tour de Nesle.

Onze heures, je me décide, je m’arrache au cuir de skaï et je vais balancer mon grand corps beau et tout jusqu’à l’entrée du bar, j’y pénètre derrière un habitué qui jette à la ronde un « salut tous Henri, un demi ». Voix off relayée par un tonitruant un demi Maâmm Maria.

Des tables au formica pas trop propre, un bar rafistolé une vieille Faema du temps de Merckx, des chaises bancales, des tabourets, une barre, le zinc classique mais plus loin l’arrière salle meublée de tables couvertes de nappes à carreaux rouge et blanc. Ce café avait un bar d’habitués très occupés, trop pour se laver les mains entre chaque dégustation mais il s’y commerçait visiblement des plats du jour appétissants, le lunch ressuscitant, la cuisine de chez nous, cet établissement offrait des beignets au poisson, du punch planteur, des boudins créoles, du gumbo à l’acadienne au milieu de sa clientèle locale et celle glissant du périphérique par le boulevard Mac Donald, des hommes d’affaires, des directeurs bureaucrates, des voyageurs de commerce en tissus milanais, des plafonneurs sardes, des carreleurs calabrais, des maçons espagnols, de plombiers parisiens, des employés de la Lyonnaise des eaux et ceux de la banque Ben Tapijt, des marchands de charbon et vin auvergnats, un représentant en moutarde de Dijon, des agents d’assurances suisses, de midinettes du coin et de quelques présidents en costumes foncés. La cuisine, chez Henri était tenue par un Hamida fort en gueule et par une Mauricette de l’île Maurice qui vous plantait d’un regard assassin toute tentative de touche à mon et tu verras Montmartre et qui n’arrêtait pas de gazouiller.

Pour midi c’est complet annonça l’affichette à ceux qui se pointèrent trois minutes après le coup de gong. Chez Henri, la salle à manger s’ouvrait sur un coup de gong.

 

 

Le plat du jour, un demi de rouge, la cuvée du patron, un Henri de derrière les fagots, très gouleyant, une île flottante, un express.

Ronronnement de conversations multiples, voix qui s’entrecoupent, sonorités étranges et vocalises assourdies, eh oui hier, j’étais fatiguée ! Et c'est dommage parce que nous avions prévu avec mon chéri d'aller assister à un spectacle de piano de musique romantique et me voilà tellement fatiguée que je n’ai rêvé que d'une bonne douche chaude et de télévision bien au creux de coussins de soie, chez moi dit, une petite voix chaude, probablement la blonde assise au trois quart d’onze heures, direction fenêtre, une habituée sans doute, une dactylo qui lisse sa jupe en se levant, elle salue quelqu’un que je ne vois pas. Elle sort en lançant un au revoir Henri.

Je hoche la tête.

« Malgré son importance, la présence active de gros bonnets industriels et financiers dans les conseils d'administration des principaux groupes de presse ne justifie pas à elle seule la connivence systémique qui se développe de plus en plus entre les cercles médiatiques dominants et les milieux d'affaires ; le gratin du monde économique et financier cherche aussi à rencontrer l'élite des pouvoirs médiatique et politique dans des lieux privés, à l'abri des regards indiscrets. » Bon inintéressant, rien à voir avec moi.

Sur une banquette, un petit couple doux. Il avait l’air d’avoir trop chaud et transpirait abondamment, elle semblait avoir froid ou du moins tout juste. Elle avait bu un jus pêche abricot avec des glaçons, lui une bière pression. Sans doute parlaient-ils de tout et de rien, il lui caressait le dos à travers au moins deux pulls. Ses mains étaient peut-être froides car la fille frissonnait, Maria murmura le garçon, Henri répondit doucereusement la fille en grelottant de plus belle.

Il parla, disant des choses sur lui, comme on aime en dire de soi à la personne que l’on aime, il la prenait sous le bras, déposait sa tête sur son épaule large et solide. Tout à coup, ils se mirent sur pieds, salut la compagnie ânonnèrent-ils, soudainement les voilà pressés, une urgence d’amour sans doute.

En face d’eux absents désormais, un personnage dodelinait du chef, étrange ressemblance, du déjà vu, un Henri de ma famille, un beau-frère de Maria, non, mieux et pire, la mémoire est donc suprêmement sélective, j’avais devant moi attablé calmement le sosie – ou le vrai, Jean-Pierre Marielle peintre de natures, chercheur de la perfection faite fesse. Je fermai un moment les yeux pour me repasser sur l’écran noir la servante de l’hôtel baissant culotte, ah ! ha ! nom de dieu de bordel de merde quel cul mais quel cul.

Comme quoi la Bretagne n’a pas que des galettes et du chouchenne à proposer.

Et de Bretonne avant la bonne Bécassine, j’en ai connu l’une ou l’autre, souvenir vivace mais sans images d’Alexandrine que j’avais surnommée drinne-drinne, en raison de la petite secousse que je recevais chaque fois que je lui parlais. Ce fut elle qui me "prit en mains" à mon arrivée au cours de technologie maritime. Donc j’ai suivi un cours de ce truc là, je ne me souviens de rien, mais, c’est moins étonnant, peu d’élèves se souviennent des cours du secondaire évolué. Mais une fille, oui, elles font tout, maintenant, paraît-il, il y a même des chauffeurs routiers, chauffe Marcelle, que je fasse un pneu ! Ce ne fut pourtant qu’après un temps que je fus invité à passer l'après-midi chez elle, dans son grenier. On s'est éclaté comme des fous à réciter des poèmes et des fables, et à jouer aux chiffres et aux lettres. Puis je suis resté jusqu'à la fin de l'orage qui faisait rage à l'extérieur.

Je n'ai aucun autre souvenir d'elle.

Surtout que ça fait des années qu’elle est dans la chaussure, dit une voix grave à la table voisine (ce ne peut être qu’un code !).

Peux-tu nous parler de ta collection, “De l’huile sur le feu”  dit un levantin un peu gras à une écolo à lunettes. Flash clache drache hache Henri reposa Céline à terre et prit ses deux mains dans les siennes. Un sourire éclatant illuminait son visage.

  Sortons Céline ! lui dit-il avec fougue.

— Je veux rire, m'amuser avec toi ! Je veux écouter les bruits de la ville en ta compagnie et croquer intensément chaque instant de la vie, de la ville. Nous avons tant et tant à rattraper !

Les lèvres un peu entrouvertes, Céline le regardait. Mal remise encore de l'émotion violente, du choc de la surprise, d'effroi et du bonheur intense qu'elle avait éprouvé quand elle avait cru le perdre et qu'elle s'était précipitée à sa poursuite pour le retenir. Elle tressaillait maintenant qu'il était devant elle, baissant les yeux devant ce regard persan qui la figeait.

Iranien eut mieux valu, cette estocade ne marquait qu’un passé ou un avenir sans forme, je tournai la tête en tous sens sans voir de Céline, sauf peut-être la grande brune au décolleté avantageux, un C était brodé sur son sein gauche. Moment de plaisir à regarder cette forme féminine, regard échangé, elle se lève mais son commensal aussi. Au revoir dit-elle en me fixant dans les yeux. Adieu Jean cria une voix depuis le comptoir à coquetèles. Ce C était d’une Cruche, Cruche , l’eau, allô ? Mauvaises nouvelles Madame le marquise, mauvaises ! rien ne marche, morbleu! nous sommes des conspirateurs à l'eau rose. Nous perdons le temps en fadaises politiques; nous courons de porte en porte pour faire signer l'Union.  Par saint Thomas ! Vous n'avez qu'à vous montrer, monsieur le duc; quand ils vous regardent, les huguenots sont de la Ligue.

 

Le discours Dumassien était-il pour moi ?

 

 

(Note liminaire tardive, pour éviter d’être reconnu par un témoin Arlonnais ou Malthusien à la mémoire plus aiguisée que la mienne, il faut rappeler que tous les personnages qui apparaissent dans ce récit sont fictifs, y compris ceux qui occupent un poste officiel, et c'est bien fait pour eux, ah ah ah !)

 

Nicole, de Savigny, qui me revient-là ! Maîtresse d’un Henri, était-ce moi, longues cuisses blanches, épaules raides et dos droit, je ne sais plus le regard, je ne sais plus le coup de reins, elle met au monde un fils. Doutant d'en être le père, Henri ne le légitime pas. Ce nouvel être, Henri dira la mère, il s’appelle Henri, reçoit cependant le titre de comte de Saint-Rémy et trente mille écus. Une somme ! Ce fut, j’en suis certain, un parent de la comtesse de la Motte-Valois, impliquée dans l'affaire du collier de Marie Antoinette. A-t-on raconté cette affaire ? Le procès fut-il impartial, l’affaire du collier, qu’en disent Blake et Philippe Mortimer ? Oui, oui, je prendrai un autre petit café, dis-je à Maria, qui passe enlever le minuscule plateau, la soucoupe, la tasse vide.

— Table huit, un café et table deux aussi.

Je ne puis m’empêcher de tourner un peu la tête, une dame, la quarantaine un peu marquée, sac à main, serviette en cuir, beau, du veau retourné, un cadeau sans doute d’un mari attentionné aux premiers temps. Chef de bureau ? Enseignante ?

Quatre jeunes femmes discutent âpre derrière moi. « Le seul problème, ç'est que pour le moment, on n'a ni obtenu l'égalité ni la liberté. Et de toutes façons, comment peut-on envisager ne serait-ce que l'idée qu'une personne puisse être libre en système capitaliste ? C'est un non-sens. Les femmes peuvent, et doivent, obtenir l'égalité et le semblant de liberté que les hommes croient avoir. C'est indiscutable. Mais gardons à l'esprit que la véritable liberté, dans ce système, ne peut exister. L'un des principes-moteurs du capitalisme est aux antipodes du bonheur des personnes. Car des personnes malheureuses consomment plus que des personnes heureuses. » Allez, c’est l’heure dit la plus âgée des quatre en se levant.

— Voilà M’dame Jacqueline dit la Maria en déposant sous-tasse et tasse dangereusement près du bord de la table, table numéro deux.

Maria s’avance d’un bon pas vers moi, nous ne nous connaissons pas encore, elle parle à Madame Jacqueline, alors les deux enfants sont grands, maintenant, madame Jacqueline ! et sans attendre plus loin la réponse, elle dépose mon café, pivote sur les talons et annonce un pousse pour la deux, offert par la maison ! Je remarque que la dame s’est tournée légèrement vers moi, esquive mon regard, le reprend dans le miroir de la colonne. Elle baisse les yeux, peut-être parce que mon regard est descendu sur ses seins. Parce que les femmes ont une capacité de jouissance infiniment supérieure aux hommes et qu'il faut les tenir en laisse, on leur a inculqué la honte de leur corps, alors, elles baissent les cils, elles closent les genoux.

Suis-je venu ici pour découvrir Maria la servante, simple employée au fixe et au pourboire, syndiquée et couverte par la sécurité sociale, détecter des évaporées qui s’échappent aux bras d’amants pressés, trouver une Jacqueline de l’éducation nationale écrite alors qu’elle aurait pu être dessinée, je m’adosse et des yeux fait le tour de la salle à manger, n’y restent que six convives, trois jeunes cadres supérieurs ayant déposé leurs ordinateurs portables contre le radiateur, Jacqueline, une brune qui devait avoir été blonde comme c’est courant m’avait dit Joseph lorsque j’avais prétendu reconnaître une dame à ses cheveux... Perruques, shampooings colorants, bombes de laque à paillettes et artifices en série, Monsieur ne se rend pas bien compte de tout ce que ces dames nous cachent sans cesse, Monsieur doit bien comprendre qu’elles ne parlent pas toujours notre langue, qu’elles sont habillées souvent comme des hommes, qu’elles cachent leurs jambes et montrent leur derrière, qu’elles arborent des bijoux insensés aux endroits les plus ahurissants, que leurs pantalons en denim ne sont pas taillés pour aller à cheval mais pour épouser la forme de leur sexe, qu’elles se font refaire des nez, des seins, des hanches, elles se liftent se multipiqûousent anti cellulittement, elles boivent d’étranges liquides blanc visqueux en s’exclamant qu’on voit le bien tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, Monsieur ne doit ni sourire ni plaisanter à ce propos, Monsieur se ferait agonir !

Dans la salle une autre dame seule, elle se lève et va au comptoir, de l’autre côté-là où le bar tourne et devient bar tabac coiffeur, elle pose la main sur le comptoir et demande quelque chose à voix basse au barman, j’entends Henri, je vois que l’on me regarde. Je me lève et viens m’asseoir sur un tabouret étroit, à une encablure de la postluncheuse. Serait-ce une peritoinette ?

Joseph m’avait bien mis en garde, Monsieur monte à Paris, Monsieur prendra garde, à l’auberge de Meung, les rencontres étaient ferraillantes, aujourd’hui, des loubards vous escamotent pour moins d’une couronne ! Sitôt en ville, on ne trouve plus aussi facilement d’aimables lingères, les Constance se font rares en ces temps de wasserettes automatiques. Monsieur a peut-être tort de faire ce voyage avant vendredi, monsieur sera sans doute invité à y aller la semaine prochaine.

— Oui, sans doute mais encadré contrôlé visualisé, non non, je vais y aller seul toute la semaine, Joseph.

Jacqueline se lève, ne m’accorde pas même un coup d’œil, tête haute, talons claquants, elle quitte l’établissement sous le « à demain madame Jacqueline » hurlé par Hamida du fond de la cuisine.

 

 

Mercredi

J’ai rêvé un moment, le regard sans doute perdu au fond du miroir, derrière les bouteilles, il y a toujours un miroir... Monsieur Henri boira ?  Le barman, un moustachu qui venait de prendre son service me regardait en souriant et redemanda : Je vous sers ?

Amaretto dis-je sans bien préciser, égaré dans des souvenirs portuaires. J’étais retourné au port. Je l'avais cherchée. J'avais fait tous les bars mal famés. J'ai retrouvé la chambre. Elle était close. J'ai attendu sans espoir. J'ai repris mon errance, dévisagé les filles, lorgné dans des bouges, bu dans des boîtes, assisté à des spectacles douteux et je suis rentré saoul à l'aube.

Il est mi-après midi, Maria balaye, le barman allume une gauloise disque bleue, je me tourne vers ma voisine de tabouret qui dit simplement : Tout va bien M’sieu Henri ?

Ils me connaissent donc tous ? N’y aurait-il que moi à ne pas savoir ce que j’étais venu chercher ici ?

 

La porte s’ouvre, dans mon dos, voilà bien quelque chose qui n’est plus arrivé depuis des lustres, ai-je oublié les consignes de mon parrain ? Un homme entre, s’avance côté bar-tabac, s'assied à l’autre bout du comptoir. Dans le miroir, je distingue une silhouette qui, après avoir observé un moment au travers de la vitre, se glisse dans la pièce et s’assied le long du mur, à gauche sous l’affichette de Ricard, je l’ai vu, je le dévisage, je le connais je ne sais pas qui il est. Il est vêtu d’un blouson un peu élimé. On voit la trame à zéro.

Je n’y suis plus, deux jours entiers à Paname ne m’ont ouvert aucune porte.

Je tressaille à l’interjection.

— Alors, Henri, du boulot ? questionne le barman en versant un petit blanc à l'inconnu.

— Eh non, Henri, répond le dénommé Henri après avoir éclusé aussi sec son dé à coudre. Tu sais, dans ma situation ...

— Ouais, pas évident ...

Sans attendre la commande de son client, le barman lui remplit son verre. Qui est aussitôt vidé.  Verre après verre, l'homme au blouson déglutit une dizaine de blancs. Avais-je dit qu’il portait un blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos. S’appellerait-il aussi Henri ?

 

Voici un autre buveur, je l’ai repéré hier, je quitte un moment ma voisine des yeux, portant mon attention sur celui qui va s’installer devant la fenêtre qui donne sur cour , un chauffeur de taxi qui va fumer sa huitième Gitane maïs espérant que ne tarde pas le client qui s’arrêtera devant sa voiture stationnée sous le porche, pour tromper son attente, il refeuillettera pour la soixantième fois un Playboy de mars l’an dernier, ponctuant sa lecture d’onomatopées aie, ouille oh oh , et j’écoute le barman déposer un muscadet devant l’homme : Voici Henri ! je te fais signe s’il y a quelqu’un... Je savais déjà qu’il s’appelait Henri...j’en perds un peu d’attentions pour ma voisine qui me parle, je lui souris, je ne sais pas ce qu’elle me dit, ...

 

M’aurait-elle accompagné hier ? Je suis content de la chambre où je loge, j’ai demandé à Henri, le garçon qui servait hier soir s’il connaissait un coin tranquille pour dormir, facile avait il répondu : Pour atteindre le dourmidou du gîte, tu dois prendre l'escalier extérieur, sinon tu passes dans le corridor des vaguemestres. Elles essayent toujours de se taper un nouveau lapin, si elles t’ennuient, tu déclares que c’est Henri qui t’a envoyé. Je vais téléphoner pour que ta cambuse soit retenue.

 

Dans ma chambre, je me suis déshabillé et précipité sous la douche, désireux de faire disparaître toute la poussière accumulée d’une longue journée, voiture, rues de Paris, petit moment d’observation, Henri pour l’apéro, Henri pour le repas de midi, Henri pour le pousse café, Henri pour la sortie des bureaux, Henri pour le dîner, Henri pour m’indiquer l’hôtel, oh ! pas loin, derrière le coin, là où il y a la camionnette d’Henri. Henri ? Oui, le plombier... La nausée...

Une serviette autour des hanches, je me suis dirigé vers le mini-bar et je me suis versé une bonne rasade de Haig 20 ans d’âge, sur 2 glaçons  jetés négligemment au fond du verre…

 

 

Une dame avec cabas revenant du Super U entre et sans vergogne m’accoste, je suis une lectrice dit-elle. Ici le dialogue pourrait tourner vinaigre, pour s’en prémunir, nous tenterons la machine à zertie et moi d’en limiter le flot de paroles et de paragraphes, trop de paragraphes causent des perturbations dans le métro que doit se dépêcher de prendre tous les matins le représentant de la Spielberg, Crighton and co pour le remake de Kongo.

Ce n'est pas Henri que vous présentez, dit donc la lectrice, un peu haut, un peu hautaine dirais-je même, c'est votre propre conception d’une histoire sommes toutes sordide, qu’avez-vous fait de Corine, qu’est devenue Céline, un massacre et des assassinats, des religions d’amour qui sèment la haine et en plus de ....

 

L’auteur Xian face à la meute : (et qui d’autre pourrait répondre, Henri est hagard, d’ailleurs, il en laisserait là son carrosse pour descendre à Crimée, sauter dans la rame, remonter gare de l’Est, changer, pas même tant pis, la gare de l’Est, c’est bon, un billet Madame dirait-il au composteur, t’es nase répondrait un jeune homme en casquette inversée, ça cause pas, ça attend les pièces, c’est tout, un ticket pour pour enfin pour l’Est, Metz, Strasbourg, Bâle, Innsbruck, Zagreb, Belgrade, Istamboul...plus loin, encore plus loin...Plus loin c’est la guerre dirait l’autre jeune en blouson noir, les deux mains dans les poches, les santiags souillées aux pieds...)

Bien sûr, je veux dire sans doute, enfin, excusez-moi de demander pardon, d’abord m’asseoir à la place réservée pour les grands invalides, ensuite préciser que l’histoire est un genre essentiellement subjectif. L’auteur n’est pas responsable de tout, en plus on tente de l’égarer souvent vers de pervers chemins de traverse, par exemple hier, Xian Xian xian, le cri habituel de la belle en pamoison, l’auteur se précipite...

Il n’était question que d’édition de mots mis bout à bout annonçant une kyrielle de maux alors que l’émotion grandissait de plus en plus ! Qu’imaginer ? Donc me voilà parti à la recherche de la belle éliminant dans cet Etrimo de quartier la déplaisance, les odeurs de frites dans les couloirs, les inévitables exhibitionnistes tentant le coup à la Sifreddi, (dont même le correcteur orthographique de Windows ignore les syllabes !)

Traverser les ondes au langage Save My Soul, traquer les mauvais élèves du cours de Madame Francwès et ceux qui abusent de leur force pour ponctuer sans cesse.

Où se cache-t-elle, crier Xian et ne point rester, attendre, voir venir, à quel étrange supplice convie-t-elle le pauvre narrateur ? Il ne s'agit pas que mes demoiselles me jouent l'air. Serait-elle ici dit-celui-là en poussant une porte, non pas possible il n’y a que des mangas (le mot japonais assez banal signifie bande dessinée) crus comme les sushis, des écolières sans culotte, des infirmières à grosse seringue, des dragons à pénis exhaussés grâce à des machines que l’on vend à tour de bras. Ce palier ? Non, une carte de visite épinglée couverte de smiley’s, non, elle ne loge pas ici, du bleu la mer, cœur boum boum un appart prozac et un voisin qui cause de construction de blocs de logique de bogues n’arrivé-je pas au grenier, je vais tomber sur des en-manque, des nymphettes prépubères, qui sait un placard un cadavre, une chambre de bonne ou s’échine sur une vieille Remington un écrivaillon génialement incompris empilant des mouchoirs en papier dans la corbeille ad-hoc, jetant en boule par-dessus des dizaines de pages blanches, toujours la page blanche, virginale, jamais il n’a pu se décider à la culbuter, la prendre par l’autre face, qu’elle ne voit rien on peut tout faire, il existe même des gommes, du correctors, et l’on peut s’esquiver sans laisser de traces, mais précisément, précisément pleurerait-il, les gens vont dire qu’il se drogue, ma bonne dame dira l’une à l’autre, je le savais, je l’avais remarqué bien que tranquille savez-vous coi, il restait souvent coi. En fait, dans ce gros bloc d’interférence céleste, n’y aurait-il qu’un seul endroit où vivre ? La belle serait-elle allée se réfugier chez un nageur de notre connaissance ? Chez une demoiselle qui montre son dos, sa jambe sa cuisse sa nuque enfin beaucoup trop peu d’elle ? Auprès d’une autre qui serait ravie de dire du mal de son employeur, à moins qu’elle se planque dans l’étoile ?

 

 

Interloquée ! La dame au cabs, interloquée. Rarement un auteur prend à ce point l’initiative dans le récit. D’habitude le héros, enfin, il est vrai qu’ici le héros n’a pas toute sa tête, n’est-ce pas ?

Je me retourne vers Henri le barman et je lui dis pression, mon vieux, je m’équipe de pichets de bière. M’a donné le tournis, celle-là.

— Bah, laisse dire, on la voit souvent, elle passe, elle essaye de vendre des bricoles, elle surnage dans le monde cruel, elle va bientôt toucher la retraite, sans doute finira-t-elle à Benidorm où à Tenbel.

 

Et puis merde ! Y en a marre ! Je vais faire comme tout le monde, Henri, je suis entré, rengaine tes bières, éclabousse moi d’un Chivas Régal double, triple, file moi une clope, t’es con ou quoi, rien à en foutre de ta nationale, je veux une vraie extension phallique d’homme qui le vaut bien, j’ai accroché la longe de mon destrier à gauche de la porte double battants, mon colt est semi dégainé, t’as pas intérêt à me jouer un tour, alors aboule cette Marlboro !

Tout en sirotant nonchalamment mon verre, regarde Henri, regarde le geste, inspire-toi bon sang, t’en connais combien qui ont ma tenue, mon port élégant, t’as vu mon gilet violet, ma chemise à manchettes, regarde Henri barman, un jour tu seras peut-être client, regarde, je tourne lentement la tête, insensiblement, vers la créature de rêve à ma droite. La jeune femme n’en peut plus de ne voir que moi, de ne remarquer qu’un seul consommateur. Elle se tourne à son tour vers moi. Elle me dévisage lentement puis fixe mes yeux, son regard dans le mien, Folcoche et puis succion d’amygdales en vue. Regarde Henri, écoute barman, elle cause, elle jacte elle s’affirme :

— Ne nous sommes nous pas rencontré déjà ? Comment vous appelle-t-on ?

— Je suis dans les affaires et j’ai furieusement envie de vous.

Grandes musiques, Wagner et tout glissade, Mozart …  La complicité s’installe. On s’était connu, on s’était reconnu, on s’était perdu d’vue, on s’était retrouvé. Et à la fermeture de l’établissement elle va m’accompagner, cette jeune femme qui ne pourra lutter contre l’envie de s’offrir un dernier verre. Une fois passé le seuil de la chambre meublée, un lourd rideau de velours pourpre et or s’abat sur notre aventure qui annonce les amours les plus folles.

 

 

— Reste tranquille Magda, dit Henri le barman, t’affole pas, il cause seulement Monsieur Henri, il parle, c’est tout, quand il aura terminé son vittel-menthe, il rentrera s’allonger, c’est pas un client Magda !

 

 

 

Assis sur un petit banc , j’observe le petit peuple. Ensemble, nous prenons l’air au parc des buttes chaumont. Plus tard, je reviendrai lentement, me gorgeant d’images, par l’avenue Mathurin Moreau, la place du Colonel Fabian, direction Stalingrad, puis, je longerai le quai jusqu’à la place de Bitche. Je vais manger un bout puis j’irai me coucher, demain, je reprendrai la route pour m’en revenir affronter ce fameux conseil, demain à seize heures.

D’où je suis, j’observe des gamins qui jouent près du temple de la Sibylle. Cette prêtresse consacrée au culte d'Apollon, qui lui avait donné le pouvoir de prophétie, rendait ses oracles sous la forme d'énigmes écrites à Marpessos, près de Troie mais plusieurs lieux revendiquent la présence d'une sibylle, j’aurais aimé rencontrer celle d’ici.

 

Je vais rentrer dîner, chez Henri, Hamida et Mauricette ont prévu ce soir un de ces petits menus comme je les aime : petite salade de filets de truite aux pignons de pin arrosée d’une vinaigrette à l’huile de noisette accompagnée d’un château La Jauberterie 1996 un Bergerac de grand choix !  Ensuite un boudin de chapon de Berry aux endives belges purée de lentilles avec château Canuet (Margaux de cru bourgeois) pour terminer, croquettes de fraises au coulis de framboises.

 

Qu’aurai-je appris ici ? Qu’il y a plus d’un Henri.

 

 

A seize heures tapantes, Joseph en uniforme de grand chambellan m’introduisit dans la grande salle du Conseil qui était plus vaste que le public n’en a idée. Une longue table rectangulaire revêtue de feutre billard vert pomme habitait le centre de la pièce. Tout autour des chaises à haut dossier, chacune supportant un personnage important. Le long des murs, des stalles offraient des petits sièges basculants à de nombreux courtisans et membres du conseil de deuxième rang.

Des sous-main de cuir fauve, un crayon, une feuille aux armoiries de la famille complétaient la panoplie de chacun.

 

Lorsque Joseph fit refermer les deux  vantaux, je m’avançai dans le local, suivi de mes deux gardes du corps, l’ensemble de l’assemblée se leva et me salua. D’un geste auguste je les priai de se rasseoir et pendant cet instant je mémorisai les visages, les regards.

 

Brouhaha, départ de conversations, interjections sourdes, petits gestes. Ainsi donc, face à moi, en bout de table, madame Mère, à ses côtés, le siège vide de François Doeuf, je l’ai su tout de suite, il ne pouvait en être qu’ainsi, à la vitesse de l’éclair je revécus les avatars de tante Marie qui bien que très belle finit très mal, le siège suivant était occupé par un personnage falot qui se présenta comme délégué de mon beau-frère, un capitaliste castillan qui ne pensait qu’à investir dans des usines flamandes, ces gens-là disait-il travaillent mieux que les esclaves et on les paye moins.

 

Claude, pâlotte, était assise sur le bord de son siège, comme si elle avait un train à prendre dans la minute, j’ai su plus tard qu’elle était arrivée de Lorraine le soir précédent et que sa santé déclinait, on a toujours été un peu fragile dans la famille. En face de chacun un conseiller pavoisant de la branche des de Guise. La chaise de Louis était occupée par un homme de loi, gestionnaire de biens et de fortunes que je devais déjà avoir rencontré puisqu’il me fit un grand sourire.

 

Mon regard se porta alors sur la droite de Madame Mère pour découvrir hautain et suffisant le président en exercice, Charles, dont j’espérai tout de suite qu’il soit venu avec Elisabeth, son épouse, une très belle femme qui m’avait toujours plu. Et si l’occasion faisait le larron, une réception était-elle prévue pour ce soir, c’était trop tard pour le demander à Joseph.

À côté de lui, découvrant sa poitrine jusqu’au nombril, Margot faisait son petit effet dans cette salle jésuitique.

Elle pelotait un peu le voisin d’Hercule – François qui semblait d’ailleurs s’en féliciter.

 

Dans les stalles, sur la première chaise de la première rangée, je reconnus tout de suite Némo qui, m’avait dit Joseph, avait été ma secrétaire la plus récente, derrière elle, Céline, qui n’avait pas l’air plus étonnée que cela de me voir, je me rendis compte alors que la plupart de ces sièges-là étaient occupés par des femmes que je ne pouvais qu’avoir connues, bien intimement.

 

Par ailleurs, des représentants de familles influentes, les Caponni, les Bettencourt, les Bloch, Cousin en personne raide comme un de ces clous qui, firent sa fortune raconte-t-il à tout le monde.

 

Les personnages proches me saluèrent gentiment et Joseph me présenta rapidement Perry Mason que j’avais bien reconnu, conseiller juridique assisté d’Henri Basnage de Beauval  qui fut fort influent dans l’affaire de Lady de Nantes, un homme très cultivé à qui l’on doit un dictionnaire universel, recueilli et compilé par feu Antoine Furetière.

 

L’un des Henri (chaise de droite) commença à lire un interminable rapport d’activité d’une société patricienne mais dès avant d’en venir à la présentation des comptes, je fus très personnellement mis en cause par un représentant de la famille de Guise me traitant d’homosexuel, ce qui n’était évidemment pas le sujet du jour, oh le jaloux des avantages que j’avais accordés à quelques mignons qui, il est vrai avaient souvent couru à la faillite.

 

Un rapport complet allait être établi, dit-on, pour lundi concernant la gestion de madame Mère – en mon absence et je compris alors que des événements importants s’étaient déroulés, on disait ici clairement que j’avais joué au parrain, ordonné des éliminations, massacré mieux que certains concurrents lors d’une Saint Valentin passée, que j’étais un monstre et qu’en aucun cas on ne devait me laisser reprendre les rennes. Margot fut la plus virulente, je ne sais pas comment j’aurais pu répondre à tout cela, surtout que l’on parla d’un mariage, avec qui ?  de la Pologne où il y aurait des loups, de gens qui meurent de faim et de collecteurs de fonds Unicef qui s’empochent de sacrées sommes.

 

Heureusement, Mason fit d’emblée le vide et se tournant vers le Guise qui se croyait procureur le remit vertement à sa place lui rappelant quelques aventures roses à Blois et quelques adresses d’auberges et de pavillons de chasses de banlieue.

C’est quand on parla de la tour de Nesle que le délégué de Buick voulait faire abattre pour y construire une grande surface avec parking que des images assez crues se firent jour en moi.

 

Malgré le soutien de quelques amis ayant lancé des anathèmes vengeurs, ou des mots gentils à mon égard, en dépit des mots d’un poète roumain, d’un général  en exercice, d’une photographe liégeoise, d’une créatrice de petits miquets, aurai-je le courage d’attendre lundi la publication de ce qui fut décidé, il faut bien le dire sans moi, puisque je quittai la salle en traitant ces gens-là de petits valets de pieds et d’incapables !

 

 

 

 

 

Il n’était pas question d’attendre quoi que ce soit, les visages m’étaient revenus, j’allais incessamment recouvrer ce qui avait fait, ai-je cru comprendre, de moi, un homme assez craint. Comme je le dis à Joseph qui montait dans le carrosse avec moi, si je ne puis me faire aimer, on va apprendre à me craindre !

 

J’ai quitté la salle du Conseil d’un air outré lançant à la cantonade un : « Je reviendrai » assez sonore. Je vis plusieurs dames qui pleuraient, Perry Mason qui jetait des articles de la loi en discussion, j’envoyai Joseph chercher deux gardes supplémentaires et ainsi équipés, nous prîmes la route d’un mien château fort agréable, en bord de Loire où, dis-je à Joseph, je vais me retirer jusqu’à l’automne, rassembler mes gens, reprendre mes affaires sous contrôle, réfléchir aux événements passés dont les mots Tour de Nesle m’avaient laissé entrevoir, il est vrai, quelques turpitudes de jeunesses. Margot m’avait souri, madame Mère aussi, je savais d’ores et déjà que j’avais deux appuis dans les salons parisiens où se font et se défont les auteurs, les ministres, les généraux. J’ai donné ordre à un laquais de prendre la petite Némo et Céline sous sa protection dès la fin officielle du Conseil où tout un chacun allait de toute façon les oublier, les négliger, le sujet principal du jour étant l’élargissement du marché de la pomme de terre bintje que nous cultivons en famille de générations en générations.

La possibilité dès le premier mai de vendre notre spéciale frite jusqu’aux confins de la Lithuanie ou jusqu’au Péloponnèse ouvrait des avenirs ambitieux non négligeables. Mon aventure polonaise malheureuse, je me souviens de tout, tout à coup, je vous raconterai cela un jour prochain, il y a déjà tant et tant à raconter. Vais-je devoir réembaucher Némo ?

 

Enfin, voilà, évitant les tracés de mousquetaires et autres gardes, archers flasheurs, gens d’armes et de peu de sympathie, nous avons traversé bourgades et campagnes rapidement avant que les manifestations paysannes et ouvrières se mettent en branle. Curieuse coutume, curieuses habitudes dont on serait sans doute bien marri de connaître l’origine.

Toute la douceur des pays de Loire est ici concentrée, voici à deux pas des cousins Bretons et des Vendéens qui me soutiendront sans doute le petit castel où je vais me ressourcer. Joseph a tout organisé pour que dès lundi le petit personnel soit en place, nous ne manquerons de rien, le prévoyant chambellan a déjà invité des servantes, des cuisinières et des jardiniers, des hommes entraînés sont disposés pour assurer la sécurité, les terres qui entourent la demeure sont cultivées par des familles à notre dévotion, l’étang Montayer est gardé et l’eau assurée par le petit ruisseau qui le traverse depuis le bois de Brissac, augmenté d’ailleurs des eaux qui nous viennent de l’étang des Moines.

Ici donc, je vais préparer mon grand retour.

 

 

Grand retour, en route !

 

 

 

Je n’ai pas passé la nuit au château, dernier sursaut peut-être de celui qui va se prendre « en mains ».

Je me réveille et je suis seul. Elle ne m'a pas mis à la porte. Elle est simplement partie. Je m'étire. Je suis encore gluant. J'attends son retour. Le temps passe. Elle ne reviendra pas. Je me rhabille, tâte mes vêtements et vérifie que les trente mille écus sont toujours là. Ils ont changé de poche. Elle s'est servie. Elle n'a pris que quelques billets, le prix de son labeur. Une jeune fille honnête.

Il y en a encore ! Comme il y en a qui se souvient de Deneuve, de Sylvie Vartan heureuse avec Tony en Californie, de Mitterand, de Polak, Michou, Jackson, de Caroline faisant ses courses à Paris, de l'attentat fou de Longwy, de Jane Fonda superbaisable en body bleu, voici venu le joli mois de mai. Oui, en mai les souvenirs reviennent aux plus folles comme à celles qui font ce qui leur plaisent, grimaçant, se tordant le cul, voire la bouche, dans des parures superbes sur la Riviera qui se peuple de Ricains. Ah, le Festival de Connes ! Ah, Sophie Marceau ! Ah ! Adjani ! Ah, qui d'autres ? Souvenirs oui trop anciens ceux-là, Jeanne Moreau, oui, évidemment, être et avoir été. Tiens, l'autre-là, Virginie Ledoyen, elle rit, elle ne sait pas ce qui l’attend, elle ne sait pas que c’est épatant de perdre la mémoire, ainsi,

Ainsi,

On ne vieillit pas !

Un jour on se réveille pour voir des poufs en maillot qui les perdent devant des types déguisés en autofocus.

Un jour on sait Victor Hugo et Stendhal, mais aussi la princesse de Clèves et Nothomb, et puis c'est normal, les filles sont les premières de la classe depuis que je suis tout petit.

Le grand retour, cela se prépare sur tous les plans. Je sais. Quelques assurances d’abord, prendre contact avec des spécialistes du genre.

Je pense à Anna que je vais appeler personnellement.

Anna.

Un beau cul de fille dans la petite soie blanche d'un slip à jolie dentelle.

Anna Hallers a été, des années durant une des figures de proue du secteur financier anversois. Elle tenait salons tandis que son mari André Blèsent était, entre autres, président du VEW. Il a dirigé le groupe Van Teneuse qui repose sur deux grands piliers : la banque de Teneuse (absorbée récemment par le holding Acquerrons & van Harem) et la banque Dresse. À côté de cela, Van Teneuse est un leader du marché des courtiers en assurances. Van Teneuse est aux mains des familles Blèsent et Van Antwerpen.

La fortune d’André Blèsent provient de son mariage avec Anna Hallers, fille du propriétaire de l’agence portuaire Hallers and C°. En dix ans, Blèsent a développé Hallers pour en faire un groupe de navigation de 1.000 salariés. Ensuite, il a vendu 75% d’Hallers au groupe allemand Stipes. “Dès ce moment-là, l’argent est devenu un moyen et non plus un but” a-t-il dit par la suite. Tout comme le fameux Cousin, il cherchera à prendre des participations financières stratégiques où, avec un apport financier minimal, il pourra exercer un pouvoir maximal. Cela est apparu clairement lorsque le holding Gavait a été absorbé dans l’ensemble CBK.

Dans les coulisses, Blèsent tient un des grands rôles. Le fondateur de Gavait a passé le flambeau opérationnel à ses enfants. Son fils aîné Christian investit par holding personnel interposé dans de jeunes entreprises. Il se profile aussi en tant que politicien. Son frère Thomas est à la tête de ZHMUK. Il reprend également la tâche de son père au sein de la VULL qui édite un journal quotidien de bonne audience.

Bon, noter : appeler Anna, oui, c’est bien ça, ça conscientise, on se sent la tranquillité de celui qui achète à la FNAC les livres d'ATTAC distribués par Largadère & Fils.

La rencontrer, choisir une petite auberge pas trop loin d’ici, pas au château, c’est une envahisseuse ! La convaincre de m’aider, lui parler de la liberté, « La liberté est le crime qui contient tous les crimes, c’est notre arme absolue. », ça, ça va la séduire, et une petite note « d’autrefois », des quelques beaux jours passés, où était-ce encore, à Marbella, je crois.

 

Le lieutenant Catherine Lemercier s’étira comme un chat et repoussa la couette. Par contraste, la fraîcheur toute relative sur son corps nu hérissa le duvet de ses bras et constella sa poitrine d’une chair de poule peu compatible avec la douceur des vingt-deux degrés ambiants.

Elle rétablit son équilibre thermique en se frictionnant vigoureusement les seins et consulta son radio-réveil.

Dix heures cinquante-cinq.

Elle avait réellement fait une super grasse matinée ! Elle ne rappelait pas s’être offert une sieste pareille depuis des lustres. Un véritable camouflet au pauvre monde besogneux. Pour des vacances, c’étaient des vacances.

Elle s’extirpa de son lit mais décida de ne pas se rhabiller, de déambuler nue dans son appartement et de tuer le temps en faisant semblant de ranger jusqu’à ce que la faim se manifeste. Mozart assassiné.

Le téléphone portable.

Seul Palumbo connaissait ce numéro-là.

Bonjour dit-il, alors on bronze ?

Je ne suis là pour personne dit Catherine.

D’accord lieutenant, mais comme votre repaire est à deux doigts du nid d’aigle de notre client, cela me ferait plaisir que vous y jetiez un coup d’œil, simplement en passant, comme ça pour voir quoi, rien d’autre…

 

 

 

Un incertaine s’imaginait le grand, voire le très grand retour, il faudra se contenter de bribes et décors durant quelques semaines, la mise en place des pions humains est plus délicate qu’il ne paraît. Jean-Pierre sait faire du bon café, mais ce n’est pas suffisant.

Hier, le soleil était un peu de la partie, j’ai demandé à Joseph que l’on installe quelques draps dans le champ qui jouxte les maïs transinternationaux, une variété que nous exportons aux États et que mon ami Caponni écoule dans les magasins de la French connexion.

J’ai passé une excellente après-midi, au bord de la petite rivière qui traverse notre propriété, ma propriété me rappelle Joseph qui précise : « Monsieur est aussi marquis de Caracas ». Déjeuner sur l’herbe très Renoir, Joseph, paniers pique-nique, jeunes femmes nues se dorant au soleil.

Une Marinette s’approche pour tâter un sandwich cornichon, 'Aï love you !'... lui crié-je !... c'est du Shakespeare répond-elle, la belle avait des lettres, je lui ai enseigné quelques nouvelles périphrases, lui démontrant que la langue est riche et habile pour qui sait entendre.

 

 

Renversé sur le dos, les bras enserrant les reins cavaliers de Marcelle, il la goûte, sa langue dessine la spirale autour de l’ombilic, repasse dans le pli des noces, le creux de l’aine et quantité d’autres replis...

Elle se cramponne à lui pour jouir... soumise, intimidée par cette ferveur...

 

— T’es meilleure que le pinard, meilleure que tout, j’ai jamais vu ça dit-il, lui qui a le plus souvent déjà vu ça, le Commandant Parmentier est de ceux que je dois convaincre, il faut qu’il soit de mon côté. Nous avons vécu quelques aventures, il y eut aussi plusieurs voyages de croisière, dont la curieuse entreprise du Thijsville reconditionné et celle de l’Olympic Wave avec la belle Jackie.

Quai 14 on tourne « Départ pour Kamatchka », un nouveau James Bond, c’est l’histoire d’une jeune professeur d’archéologie et d’histoire de vingt-quatre ans. Une scène torride sera filmée dans une autre cité portuaire aux ruelles étroites puis le navire fera escale aux Canaries.

 

Le film est produit par Valérie Pèches animatrice de réality show télé et son oncle. Ce dernier est un grand ami de D’Avignon. Nous nous connaissons bien aussi, Alexandre et moi, ai-je dit que je m’appelle Alexandre, Henri n’est qu’un surnom, que j’aurais dit-on usurpé en allant en Pologne.

La bignole du petit restaurant nouvellement installé dans le virage à qui je racontais un peu le scénario me disait hier soir : oh oui, Monseigneur devrait faire venir cette dame de la télévision, nous aussi, dans la région on aimerait montrer nos animaux et ce serait l’occasion de créer des dialogues, peut-être en faire une bande dessinée. J’ai coupé court, l’idée est déjà venue à d’autres, il faudrait travailler, les femmes veulent-elles me faire travailler ? N’ont-elle pas lu le petit mot de Némo, en date de hier ?

 

Je me demande si elle a parlé à Céline, je pense à Némo, bien sûr, la petite Némo qui tapait les résumés d’aventures, les notes de frais et tous autres travaux comptables de la librairie où j’étais devenu le Barry Soccer, le Wonderboy, un moment de rap, de rabe un boni dans une vie tracée, rigide fermée… Némo, c’est quelqu’un de bien, Céline aussi, il faut le reconnaître et rendre à Césarine ce qui lui est dû.

Vais-je l’aimer ? L’ai-je aimée ? Amour toujours parcours détour …

 

L'amour est certes une émotion extraordinaire qui, selon les poètes, guiderait le monde vers un âge d'or nouveau. C'est oublier que l'amour suscite dès sa naissance tant d'autres émotions qu'il est autant fauteur de guerres sanglantes que de romans courtois.

 

La violence des hommes et leur amour a souvent le même but, en définitive : le sexe féminin.

La voie au sexe de la femme est une sorte d'accès mental à un pouvoir, seul pouvoir possible pour tant d'hommes au physique plus fort, à l'âme moins prude, plus rude.

 

Il faudrait que je recouvre toutes mes facultés et aussi que je sache exactement quel événement a causé mon état psychique actuel. Je n’ai rien dit mais j’ai découvert dans des malles empoussiérées, au septième étage, de nombreuses bandes dessinées, des journaux et des livres et plusieurs cahiers. Les journaux et les cahiers m’intéressent fort.

 

Seul, assis près du temple de Zeus, je prends un cahier toilé assez épais que j’ai caché ici sous une marche de marbre rose un peu descellée. Le cahier est en assez bon état, il doit contenir des écrits assez récents sommes toutes.

En effet, l’ouvrant au hasard, je lis :

Première semaine de mai 1989, mardi.

Jeanjean sort, lentement et sans mettre le moteur en route, la R5 Alpine de Bruno du garage. Cette voiture est une petite bombe sur roues, parfaitement au point. Jeanjean va la piloter, Jeanjean sait tout faire, il a même fait disparaître le grand danois hier au soir, pour l'envoyer faire un tour au Moyen Âge. Jeanjean a bricolé cette voiture en cachette de son oncle et de sa tante, grâce à des éléments retrouvés dans les affaires remisées d’Albert Paulien, récemment disparu, il a transformé la voiture mais évidemment, seul lui et moi le savons. Les commandes particulières sont dissimulées dans les interrupteurs et autres boutons habituels d’une full options transformée par le concepteur d’autos, comme le soutient la publicité.

Jeanjean aurait bien expédié le maître du chien aussi, mais il n'a pas osé, à cause du problème que pose le paradoxe de l’hyperbole sensible. Cette nuit, tout sera résolu. A 11h50, le grand voyage est prévu. La voiture est poussée devant la maison de Véronique et Bruno. Comme prévu, à cette heure-là, la lumière s'agite de la salle de bains à la chambre. Véronique va se coucher. Jeanjean a patienté un petit quart d’heure puis il ouvre la porte du véhicule.

Je m’assieds à côté de lui, nous patientons un moment puis Jeanjean démarre silencieusement, arrivé à l’entrée du petit bosquet de l’avenue des Arts, Jeanjean tourne dans le sentier et se gare là où seuls passent de rares piétons, le jour.

Encore cinq minutes, puis il appuie sur le petit switch, l’aiguille du tachymètre monte doucement jusqu’à vingt, puis trente, on ne voit rien dehors, c’est comme s’il pleuvait fort, ou plutôt c’est comme un crachin, Jeanjean transpire puis il n'y tient plus.

La portière s'ouvre dans un grincement. Jeanjean risque une tête à l’extérieur, et il respire profondément l'air de 1959 si semblable à celui de 1989, presque une déception.

Nous quittons la voiture, nous sommes sur une allée gravière, rien ne semble avoir vraiment changé en trente ans.

 

La page suivante est souillée, peut-être une tache de thé que quelqu’un aurait faite en écrivant ou en lisant, relisant ces pages.

 

 

Je continuerai ma lecture plus tard, j’entends des pas sur le gravier du sentier qui vient des écuries vers le petit temple de Zeus. Je me dissimule dans un buisson d’hortensias. Un prêtre passe, un prêtre, ici ? Il se dirige directement vers la petite porte latérale qu’il ouvre avec une clé accrochée à un trousseau suspendu à sa ceinture de soutane, une soutane rouge cardinalice ? Ici ? Chez moi ? Suis-je au courant ? Un prêtre entre dans le temple de Zeus, est-ce raisonnable ?

 

Doit-on vivre de raison ?

 

 

Je poursuis mon enquête et j’interroge calmement, de-ci delà, des femmes surtout, elles parlent plus facilement, se posent en martyres ou en héroïnes, elles ont quelque chose à dire, à revendiquer, elles veulent s’exprimer, elles imaginent que leur voix compte  sur la ligne du destin.

Rencontrer des inconnues vous place dans une situation assez inconfortable surtout quand Joseph qui s’occupe de tout n’a rien à en connaître. Les recoupements, les appels téléphoniques, le nouveau système électronique tout cela confine à l’art, et décider l’autre à venir se livrer n’est pas plus simple que de se décider à aller l’écouter. On passe du sourire niais à l’écoute de la déblatération abominable, aux pitreries pitoyables.

Cette autre, peut-être a-t-elle menti, n’a-t-elle rien à dire, peut-être pas. Arrivé au rendez-vous, s’éteint brutalement la lumière imaginaire et la barrière physique reprend ses droits, même lorsque, plaisamment, c’est une barrière particulièrement magnétique...

Je rencontrai à Angers, à deux pas du Concorde, une Martine qui avait été secrétaire d’un mien ennemi.

 

Celle-ci avait un peu peur, mais je suis arrivé à la mettre à l'aise tout en essayant de ne pas laisser ma raison s’abîmer dans la paire d'yeux félins qui se jouent de moi, je le remarque bien. Cette fois, je ne m’attendais pas à un tel ravissement. Le sourire ne quitte pas l’adorable minois de mon inconnue. Je me sens gauche. Elle me laissa pénétrer dans son logis, elle disait « mon studio ».

Je l’ai débarrassée de son grand manteau noir et de son écharpe, je lui ai pris les mains puis je l’ai serrée dans mes bras, je joue je module je nodule je parle bas doucement lentement ma voix est rassurante, sensible, émotionnée. Je lui dis des mots sans importance comme s’ils détaillaient mon âme, je la lâche, elle s’avance dans un  intérieur très fille. Des photos de chanteurs et chanteuses au hit parade étaient punaisées au mur.

Des poupées chiffonnées voire qui perdaient leur molleton étaient arrangées avec soin sur son canapé-lit sur le côté, comme une sorte de loggia où elle tient bureau et elle me dit d’une voix profonde « C'est ici que ça se passe, que j'écris, rêve, aime virtuellement ».

 

C’est un appel, je ne résiste pas, je la reprends contre moi, l’entoure de mes bras chauds et solides, je l’embrasse dans le cou, ses lèvres s'égarent sur les miennes, sans insister. Quel baiser de feu, respectueux de l'autre, profond, simple, sans fioriture. Par–dessus son épaule, je regarde la chambre, grand lit, placards, je remarque l’oreiller solitaire.

Nous nous détachons, elle m’offrit un verre d’eau minérale bonne pour la ligne, le teint et l’épaisseur des cuisses, il n’y avait en fait rien d’autres à boire sinon un peu de lait concentré qu’elle nuageait dans son thé le matin et le soir.

Je la laissai parler et elle me raconta tout, que je ne pus entièrement comprendre. Il y eut beaucoup de moments tendres ce jour-là. Elle me parla de son amour pour le cinéma, les comiques de l’époque Bourvil de Funès, les comédies musicales américaines. Jaime tout cela et j’aime la vie, c’est à cause de cet amour que j’ai accepté de vous rencontrer, des personnes vous ont fait du mal, n’est ce pas, je n’aime pas le malheur, j’aime les gens qui aiment vivre, mes neveux et nièces, mes copines, les réunions de famille, les chanteurs pour le plaisir, le fun, Bécaud, Brel, Brassens, Ferré et puis Claude François, Aznavour, Fugain, Goldman, Le Forestier, Souchon , Voulzy … et la poésie, la lecture, les bouquins, les romans, et les biographies, l’amitié, les papotages, les radotages, les vieux meubles en bois que j’aimerais posséder, le vin rouge de bordeaux, les vases de Baccarat, les beaux verres, les belles tables, les bougies parfumées, les lumières tamisées. J’adore ma petite terrasse jardinée, oui, celle-là de deux mètres carrés entre le mur de la salle de bains et celui de la kitchenette, les bouquets de tulipes. C’est formidable de cuisiner pour les gens que j’aime. J’aime, je les aime, je les veux tendres, et des preuves de tendresse. J’affectionne les amoureux, je collectionne les dessous sexy, les câlins sous la couette… sur la couette… à côté de la couette... les câlins n’importe où. J’aime la vie et les couleurs, je raffole du blanc, du bleu, du jaune, du rouge et du noir. Je suis entichée de monopoly de scrabble, de tarots,. J’en pince pour une plage déserte, même en hiver au bout du monde, et dans les eaux plus clémentes, nager toute nue, bronzer sans rien.

Elle me laissa entendre aussi qu’elle aimait le petting, ce qui est, m’expliqua Joseph le soir même un pratique courante venue des états de l’ouest où la jeunesse circule beaucoup en grosses voitures, consistant en caresses sexuelles sur l'ensemble du corps, mais excluant le coït. Plus soft dit-il est le necking, pas besoin de grands dessins pour devenir clerc. Mais il m’annonça aussi dune nouvelle moins agréable, Bloch a racheté LE FIGARO, il a pris le contrôle à 80% de la Socpresse, deuxième groupe de presse français, ce qui ne laisse pas à Monsieur d’alternative, il faudra bien investir dans le premier si Monsieur veut aller réellement de l’avant.

 

 

Elle me raconta beaucoup de choses qui quelques fois me firent réfléchir. Elle aussi parla d’un grand drame, elle soutint que tout de suite après ce fut l’occiement national total de tout un tas de salopes, les aristos à la lanterne, les salopes à la boucherie !

 

 

Elle, il faut bien avouer qu’elle me fit un peu de charme et que j’aime ça.

Nous nous sommes revus plusieurs fois par la suite sans que cela porte à conséquences.

 

En rentrant, je passai dans quelques campagnes de betteraviers et m’informant auprès des betteravières reçu partout la même réponse : oui, oui, ces terres sont celles du Marquis de Caracas.

 

 

Jeudi

Je poursuis mon exploration et je pose calmement mes questions, de-ci delà, aux femmes surtout, elles parlent plus aisément, se pensent persécutées ou protagonistes, elles ont quelque chose à dire, à briguer, elles veulent se manifester, elles imaginent que leur  sexe influe la ligne de vie.

Pourtant, ce matin, c’est un homme que j’ai rencontré d’abord.

 

Celui-là me raconta ... Je persiste et je signe ! J’ai vu, tout petit, la misère, mais je ne sais pas par quel mystère j’ai trop vite compris. Je venais d’avoir dix ans, c’était un matin après le p’tit déj'. Mon père a dit, comme il le faisait souvent avant de partir au boulot sur son vieux vélo, “Bon, allez ! J’vais au chagrin !” J’ai pris le chemin de l’école et j’ai vu un type en costard, cigare au bec, passer dans une voiture rouge, une Lamborghini. J’ai trouvé ça, comment dire… disproportionné, indécent. Le gars a garé sa belle bagnole, je suis passé à côté et quelques instants plus tard je suis revenu sur mes pas. J’ai réussi à forcer la portière, fauché cinquante francs, deux paquets de clopes et un stylo-mine qui traînaient dans la voiture et j’ai fait brossé les cours. C’est ce jour-là que je me suis mis en marge comme on dit. Voilà, c’est ce fond qui est inaltérable. Mais je ne pète pas plus haut que mon cul, j’ai aussi mes contradictions et je me soumets bien plus souvent que je ne me révolte. Je paie mes tickets de transport en commun, je ne mets pas un coup de boule dans la tronche du premier flic venu. Je suis donc insoumis et soumis.

Tu parles Charles ! M'est idée qu’il avait une foutue tête de syllabus de Freud donnant l'impression d'un cocu content, fier d'être enculé par la joie de vivre moderne médiatique et tellement peu en mesure d'accepter ceux qui pensent pas comme le chef de la meute voudrait qu’on pense ! Sifflet, salut au drapeau ! Les bons à gauches, les repentis à droite, les salopiaux au trou, la misère mon cul, ce petit baron de la chansonnette a le droit d'être heureux et de s’en satisfaire, de croire en l’ultime récompense, mais pourquoi emmerder les autres avec les paradis artificiels ? C'est ça le problème des gens, incapable d'accepter ceux qui ne pensent pas comme eux, des faux réfractaires, des voleurs à la tire juste bon à faire l’école buissonnière sous couvert de la Sécu.

Puis je rencontrai celle-là qui me parla de Marie de Clèves mais je la fis taire, de celle-là, je savais tout.

Et puis une autre me raconta une histoire extravagante :

 

Marie est très belle et comme le lui dit son compagnon, une fameuse beauté de deux mille ans.

C’est une manière à lui de parler comme cela. Il exagère toujours les choses. Il dit à propos d’un fait divers :

-         Il y avait deux millions d’Egyptiens.

-         C’est un hippie, pas vraiment. Il a dû être hippie quand c’était la mode. Il est doux, barbu, mal habillé. Il fait des petits boulots qui lui permettent de manger et de faire plus ou moins décemment vivre sa compagne.

-         Du fait des fichiers de police, des impôts, des tracasseries administratives, ils n’ont pas décidé de se marier, enfin, de se marier en l’inscrivant sur un papier devant les édiles. Le mariage dit-il n’est pas un document, le mariage c’est le sentiment le plus beau d’un adulte vers un autre adulte, c’est avoir envie de vivre ensemble sans penser que cela s’arrêtera. C’est mettre en commun les ressources de ses bras mais surtout de son cœur. C’est aimer quelqu’un pour lui et seulement pour lui et pour le couple qui se crée. C’est devenir un seul devant le bien et le mal, dans le malheur et parfois le bonheur.

-         Le mariage n’est pas un nom que l’on donne, un nom que l’on prend, ce n’est pas non plus prendre femelle pour l’engrosser. La filiation et l’enfantement ne sont pas les issues ou les buts du mariage. C’est une histoire d’homme et de femme, le mariage Les enfants, c’est naturels, c’est parce que dans cette histoire de femme et d’homme, il est difficile de ne pas se serrer l’un contre l’autre, il est difficile dans l’adversité de ne pas chercher refuge dans le corps de sa compagne, dans la force de son compagnon, il est difficile de ne pas caresser la beauté, de ne pas toucher le corps dans des moments de grand bonheur.

-         Le mariage, pense Marie, c’est lui et moi, pour toujours.

-         Qu’importe les âmes bien pensantes et les religions qui veulent que l’on sacralise, lui et moi, moi et lui.

-         Le souci de Marie est ailleurs que dans l’amour de son homme.

-         Hier, le gynécologue a été formel. Elle peut procréer, enfanter, concevoir. Pas comme cette autre patiente qui attendait comme elle dans le salon, qui venait voir le professeur pour parler des nouvelles méthodes. Hors les chemins artificiels, le corps de cette femme ne pouvait donner la vie. La femme avait longuement regardé Marie, parlé à Marie et puis après avec le Professeur. La beauté de Marie n’est pas une orchidée stérile comme celle de cette femme-là. Le gynécologue a été gentil, bien sûr, très psychologique, enfin quoi se dit-elle, cela veut-il dire que je n’aurai pas d’enfants donc que je ne peux lui donner l’assurance que sa propre vie perdure.

-         Je n’ai pas moi, pense Marie ce tracas-là, ma vie est ma vie, mais lui, je le sais, souhaite que sa vie continue à l’infini, l’infini vrai, celui des mathématiciens qui vous montrent l’absurde et vous disent qu’il existe.

-         Pour Marie donc le propos est de ne pas savoir comment dire à son compagnon, je n’ai rien, c’est toi qui est en cause.

-         Le professeur Gabriel de l’Université reçut longuement sa patiente, lui explique les mécanismes du corps humain, lui fit des démonstrations éloquentes.

-         Rendez-vous fut fixé à la semaine prochaine.

-         Quand Marie sortit de son cabinet, le professeur Gabriel admira sa silhouette. Une bien belle fille pensait-il, douce et lumineuse. Lorsqu’elle avait été nue, pour l’examen, la première fois, au-delà de l’homme de l’art apparut l’homme, seulement l’homme. Des filles et des femmes, dans son métier, il en avait tant vues. Mais celle-là, elle avait un je ne sais quoi, elle était différente. Longues jambes minces, cuisses arrondies d’un galbe étonnamment parfait, des hanches de grâce, deux seins petits, hauts placés, très beaux. Et le visage. Un visage qui…

-         Oui, je vous écoute dit-il à la patiente suivante. Et de se forcer de revenir à son travail de médecin.

-         La semaine suivante, le fils du Comte de Saint-Esprit, époux de cette dame triste de ne pouvoir enfanter vint au cabinet. Il y rencontra Marie et l’on s’accorda sur les modalités.

-         Fin février, on parla des conditions de l’intervention, du meilleur moment qui se situait entre la fin et la mi-mars.

-         Le planning de chacun fut mis en place et il y eut incontestablement réussite.

-         Les journalistes furent informés régulièrement et c’est vers la fin décembre que le résultat fut connu. Bien entendu, on avait suivi de tous les moyens scientifiques acquis le lent processus de la création.

-          

-          

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-         Communiqué par la police.

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-         Disparue de l’hôpital civil où elle était sous la surveillance d’une équipe de chercheurs, la dénommée Marie Vierge, domiciliée présentement rue de l’Etable 4 à Bayt Lahm. La dénommée Marie Vierge, âgée de vingt-cinq ans, bouche fine, pas de signes particuliers connus s’exprime aisément en notre langue et paraissait jouir de ses facultés mentales.

-         Elle a quitté l’hôpital vêtue d’une longue robe bleu clair, elle ne semble pas avoir emporté d’autres effets si ce n’est une couverture bleue en laine angora dans laquelle se trouve un enfant auquel elle venait de donner le jour. Cet enfant, par contrat bien établi est la propriété des Vicomte et Vicomtesse de Saint-Esprit. Le prénom de l’enfant avait déjà été choisi :

-         JESUS.

-         Toute personne pouvant fournir des informations au sujet de la mère porteuse et de l’enfant volé doivent s’adresser au poste de police le plus proche.

-          

-          

-          

-         Flash prio/police center.

-         Re notre information concernant la dénommée Marie Vierge.

-         Autorisation utiliser la contrainte par la force pour récupérer l’enfant Jésus, celui-ci doit être épargné pour être remis au Professeur Lepère de l’Université, pour une expérience prévue (subsides déjà accordés) qui doit durer une bonne trentaine d’années et qui portera le nom de code CROIX.Le gouvernement tient beaucoup à réaliser cette expérience qui permettrait à notre pays de faire faire à l’industrie de la production de cellules à tendance immortelle un pas décisif sur les pays concurrents et  absorberait selon le calcul actuel de 12.025,3 à 14.524,78 emplois.

 

 

 

 

 

7 mai

Je poursuis mon exploration et je pose calmement mes questions, de-ci delà, aux dames surtout, elles parlent plus aisément, se pensent torturées ou vedettes, elles ont quelque chose à dire, à comploter, elles veulent se manifester, elles imaginent que leur sexe influence avenir et futur, elles oublient facilement que sans les fioritures masculines, les choses restent en l’état. Certaines viennent fleureter à deux pas de mes fenêtres, tandis que leurs baladins se gaussent de ma salle à manger.

 

Rentré de mon jogging quotidien et matinal, (d’autres vont à la piscine, certains restent au lit) je fouinai dans la grande bibliothèque, à l’étage, héritage cumulé de plusieurs générations de grands hommes, nous avons eu selon les tableaux qui pendent ici des abbés, des généraux, des maréchaux d’empire, des notaires, des hauts fonctionnaires, espérant dénicher des informations sur moi-même et quelques vérités de toutes choses... Je ne trouvais que des banalités.

Pas de traces d’histoires dans l’Histoire sinon dans celle des reines de France dans le lit desquelles j’aurais été, mais diable suis-je allé partout ? Pas de mystères dans les dictionnaires, on n'y trouve rien en phrases et rien en phase du sens caché des mots. Peut-être dans des partitions, des livrets du lyrique, de la poésie... clef des vérités de l’âme selon certains, du cœur selon d’autres auteurs ! Là non plus... Je consultai Joseph qui me conseilla la bécane Youlite paquard mais là, même Internet ne savait rien !

 

Bien que Joseph avait l’air soucieux en me disant que l'Espagne se prépare à lancer son Invincible Armada contre l'Angleterre d'Élisabeth, ma cousine, et qu’ici la lutte entre catholiques et hérétiques atteint son paroxysme, il est question de croix et de breloques, de foulards fichus et autres chapeaux avec ou sans plumes; Henri de Guise von Kubilair a négocié et échoué à procurer un aéroport sur la Manche à son allié irlandais. Ma situation semble incertaine, notamment à la bourse de Bruxelles, où les prédicateurs montés sur les marches excitent la population contre moi, soi-disant tyran de l’emploi, esclavagiste, fouteur de situation économique critique. Alors, fais-je de la finance, des affaires, de la politique comme on fait du solfège ? Comment sais-je que le résultat final de l'activité politique répond rarement à l'intention primitive de l'acteur.

 

Je me souviens... ils m’ont vraiment demandé de me souvenir, alors, doucement, je me souviens... J’ai interrogé, enquêté, causé, parlé, jacté, discutaillé, je me souviens ...

Je me souviens que j'avais absolument envie d'avoir 16 ans pour aller voir les films enfants non admis et je me souviens que le premier fut Arsène Lupin, savoureux Robert Lamoureux complimentant Liselotte Pulver dans le château du Kaiser Guillaume, savoureux et la question est restée sans réponse, pourquoi diable les enfants ne pouvaient-il regarder les exploits patriotiques du bel Arsène ? 

 

Puis je rencontrai à nouveau celle-là qui voulait m’étourdir de Marie de Clèves mais je la fis taire, de celle-là, je savais tout.

Et puis une autre me raconta une histoire extravagante :

La lune dans l’eau. Tel était le titre du livre avec lequel elle s’était endormie. Par l’as de carreau des volets, le jour le soleil la vie resplendissante entraient, voleurs de sommeil dans la chambre ou Martine reposait, la tête noyée dans ses cheveux de blés et de lins sauvages. Le soleil tournant un peu alluma pendant quelques minutes une aisselle douce à touffe blonde.

Tiens ? C’est l’envers d’hier, pensa-t-elle.

 

Le soir précédent, au passage des mécréants dans le département de l’Isère, sur les chapeaux de roues et plein de mauvaises intentions, elle s’était avisée qu’elle était dans la pénombre et qu’ici, dans la montagne, sans neige car c’était l’été, le soir amenait une obscurité claire dont elle ne savait rien dans sa grand’ville.

Là-bas, il y avait sans cesse les Klaxons, les tramways, les hommes pressés et les mémères – bonnes et compréhensives, qui savent que Renaud n’est pas un voyou, que Sacha est bien malheureux et que c’est la faute à Rika si la saucisse de Strasbourg fait grossir et que le capricorne entre demain en sagittaire – menant faire pipi sur le trottoir un chien qui leur ressemble.

Elle avait lâché son livre à couverture glacée, violemment colorée et illustrée d’une de ces nanas comme il n’y en a que sur les livres des bibliothèques de gares et de supermarchés, à l’exclusion de toute rencontre au bureau de tous les jours – sauf Huguette qui est toute pareille avec son rouge à lèvres, son fard à sourcils et ses incroyables cheveux à la brosse, ils aiment ça les garçons, des cheveux comme ça où les mains n’ont aucun plaisir à traîner ?

Un coup de vent, pas vraiment le simoun, descendit du glacier là-haut sur la montagne si près si loin et la pinça en slip et soutien-gorge devant la fenêtre.

Allez, zou ! on ferme le vantail, brr le chaud, ici c’est froid, pensa-t-elle en regardant le soleil qui illuminait une gravure sur le mur d’en face.

Et elle se mit à songer quelques secondes que c’eût été mieux d’aller avec Huguette au camping des flots bleus, sur la côte, là où toutes les publicités disent qu’il n’y a jamais que le soleil chaud chaud.

 

Comme elle avait la peau moite, elle frissonna. Elle ferma la fenêtre mais pas tout à fait, l’air c’est bon pour le teint, et elle partit examiner un peu de rougeur qui s’était mise sur un bras. Elle frissonna à nouveau et courut se cacher sous le drap.

 

Les gangsters avaient décidé d’attaquer une banque et Radio Monte-Carlo disait que la journée de demain ce serait couci-couça. Ce qui l’étonnait dans ce qu’elle lisait c’était que la grande femme qui accompagnait…

 

 

Elle s’éveilla en sursaut, un bruit insolite, une odeur de café aussi et puis elle se rappela qu’elle avait tout mélangé, l’auto-stop, les gangsters de « La lune dans l’eau » quel drôle de titre pour un roman policier et le soir qui arrive sur la montagne où il n’y a pas de neige car c’est l’été, Gilles avait dit tout ça. Gilles, c’était le gentil monsieur qui avait bien voulu l’héberger cette nuit-là car sans sou … sans sous Madame Monsieur, sans sous on n’est rien.

 

Elle trouve à la patère une vieille veste de pyjama et s’en vêtit.

Dans la pièce cuisine salle à manger salon living et tout ce qu’on veut, atelier de plomberie même, au vu de tuyaux bizarres et d’une clé à molette, Gilles avait fait du café et il y avait du pain frais sur la table. Elle comprit que son cœur ce matin-là était un peu à lui. Après avoir dit bonjour comment allez-vous, il a dit :

Il y a du beurre, si vous voulez, et des couteaux dans la cuisine. Je pars au village faire quelques achats. Je ne savais hier encore que j’aurais une invitée. Je nous rapporte de quoi varier ces quignons et les carottes qui sont sur l'évier. Ne vous envolez pas le ventre vide, belle oiseau.

Il referma sur lui la porte de bois et elle entendit le bruit d’un Solex peut-être même d’une machine japonaise, le progrès est partout.

 

Le moteur ronronna du côté des grands pins, sauta le ruisseau, se perdit dans un creux, reprit sur une demi-colline mourut enfin après un virage masqué.

Elle s’étira, peigna ses cheveux à grands coups de mains, fi grimper un short le long de jambes très belles et sortit. Au bout de la terrasse, elle se mit dos aux pierres, chaudes du soleil déjà. Si elles étaient chaudes, le vrai soleil n’était pas encore tout à fait vrai. Il montait dans les ciel sans s’arrêter comme si quelqu’un le tirait vers là-haut mais on avait dû oublier d’allumer son feu.

A moins que ce ne soit le vent ? La pointe de ses seins s’érigea et il se fit de petits grumeaux tout autour de l’aréole. C’est une sensation qu’elle aimait bien, avoir froid aux bouts ; c’est chouette ça, on se sent vivre. Dans la cuisine, elle avait pris un couteau bien trop grand pour couper le pain. La montagne sous la lumière du matin qui bientôt serait midi prenait des reliefs et changeait de forme à chaque instant. Sur l’horizon, de grands nuages blancs étaient des montagnes. De grandes montagnes étaient des nuages.

Le bout de cette terrasse, là, un peu à l’abri, était un endroit rêvé pour un bain de soleil total. A la mer, même Huguette n’ose pas se mettre toute nue. Pourtant maintenant, dans les magazines, on ne voit que des dames aux seins nus sur les plages et il paraît que les gendarmes n’embêtent plus personne pas plus à Pamplonne qu’ailleurs, mais il faut oser. Ici, c’est extra.

 

Et elle fut nue en un instant.

 

Avant de s’étendre sur la veste disposée en coussin, elle se regarda, se trouva blanche et citadine.

Un peu de hâle sur les bras, un peu sur les jambes et un peu sur le haut de la poitrine que les décolletés de promenades avaient permis. Elle se livra au plaisir d’être parfaitement nue et vraiment nue.

Personne pour regarder si qui ou quoi que ce soit arrive, un petit coulis de vent, un bon soleil et toutes les pensées qui courent et le livre dont on ne tourne plus les pages. Elle se demanda à quoi pensent les autres filles lorsqu’elles sont nues ?

 

Elle ne connaissait qu’Huguette, et puis la vieille qui avait au moins trente-cinq ans, l’an dernier sur la plage. Huguette aussi, c’était à la plage, on avait la même cabine de bains. On se déshabillait ensemble et depuis quelques années, on comparait nos poitrines, on les touchait. Parfois même, on les embrassait, pour les réchauffer, parce que le petit bout était dur mais alors, on avait de plus en plus de frissons et le petit bout restait dur. Il y a deux ans, j’avais voulu savoir si vraiment une femme c’était comme moi et j’avais lancé mes mains pleines de doigts tout au bas d’Huguette. Elle avait fait l’horrifiée et l’indignée et elle n’a même pas ri quand je lui ai dit que je m’appelais Jules. Elle avait voulu crier et elle me mordait. Moi, j’étais déchaînée, je l’ai giflée à tour de bras. Je n’y voyais plus clair puis elle s’est mises à pleurer et s’est laissée faire.

J’étais chavirée par la douceur de sa peau, là au centre de son corps. Une peau encore tout mouillée du bain que nous avions pris, je l’appelais chérie et amour et elle ronronnait.

Mais en se levant, elle a dit, la sale garce :

— Je vais le dire à mon père.

 

Je l’ai coupée en tranches.

 

La vieille de l’autre fois, c’est sur la plage que je l’avais rencontrée, elle marchait lentement, insouciante, le long d’une bande de sable désert. Elle n’était ni laide, ni belle, simplement, elle était nue. Probablement mieux ainsi qu’habillée. Sa nudité la sauvait qui n’avait aucune classe sociale et aucun signe extérieur de plus ou de moins. Elle ramassait de temps en temps des coquillages et son derrière haut levé se reflétait dans l’eau stagnante d’une petite mare. On aurait dit la lune dans l’eau. Je me suis approchée et nous avons parlé. Elle était belle en souriant, en parlant des poissons et des objets que l’on découvrait le long de la mer. Elle était laide quand mes mains couraient sur sa poitrine et pinçaient les petits bouts rouges.

 

J’ai perdu mon Opinel dans le sable.

 

Voilà Gilles, mes petits bouts sont durs. Il manque un couteau à la cuisine.

 

 

 

8 mai

Je me souviens...c’est le jour du souvenir disent certains, ils m’ont vraiment demandé de me souvenir, alors, doucement, je me souviens... J’ai interrogé, enquêté, causé, parlé, jacté, discutaillé, je me souviens.

Je me rappelle que je ne me souvenais de rien. Aurais-je eu affaire aux effaceurs de mémoire ? Le négationnisme a été généré, dès 1946, à l'extrême droite, par Bardèche, à l'ultra-gauche par Rassinier... La Guerre Sociale, un groupe d'ultra-gauche ayant rejoint le combat négationniste de Robert Faurisson dès 1980, refaisait parler d'elle à Lyon. L'un de ses anciens militants avait obtenu, dans de curieuses conditions, un poste d'ingénieur au CNRS... Le procès Barbie permit de découvrir la trace de quelques effaceurs de mémoire.

 

Je me souviens de mon oncle Fernand qui allait voir tous les samedis le film de la semaine, une arrière salle du café du village, chez Raymonde, le projectionniste arrivait avec son matériel, il y avait les entractes bobines et les chûût, je me souviens des séances du Movy et celles du Corso, en ville, deux programmes « permanents » par semaine, et des filles dénudées dans l’ombre du deuxième balcon. Je me souviens d’y être allé pour la première fois un huit mai, oui mais...

Mais qu’est-ce à dire, ces gens qui pensent que je ne me souviens de rien, je me souviens très bien de celle que l’on avait surnommée la Pucelle, pourchassant les Goddons sortant de leurs bastides, s'enfuyant en abandonnant leurs vivres et leur artillerie puis criant à la joyeuse entrée dans les rues d’Orléans et des orgies qui s’en suivirent, une première Jeanne à mon palmarès, descendue en flamme, j’ai noté le coup sur mon calepin à couverture noire comme les aviateurs du Yorktown peignaient les zéros descendus à Midway.

Je peux raconter mes souvenirs du Mississippi que nous commençâmes à remonter pour découvrir des squaws Choctaws et Séminoles en un temps où les doubles scalps de l’aristocratie n’étaient pas encore venus les pervertir.

C’est un huit mai, qui le sait, que Madame Dunant donna naissance à Henri, le fondateur de la croix rouge et c’est un jour calendrier identique que Madame Contendin accoucha d’un Fernandel à la mâchoire chevaline.

Je peux parler, enfin, si l’on m’en donne l’autorisation au ministère, de Bond qui dégrafa le haut de son costume noir, déboutonna la veste qu’il porte toujours sous ses tenues de combat, en sortit à regrets les 8 flasques de whisky qui lui restaient pour les remettre à Caplan. Une scène impossible, un écossais qui donne sa raison de vivre ! Et pourtant, je l’ai vécue, j’étais avec eux chez Blofeld. Oh ! J’en ai connu des faux blonds et des bruns bouclés, des néo socio et des socio saucisso, depuis le 8 mai 45, date importante et fausse, tous les Rémois vous le diront, qui s’est installée en de nombreuses places avenues rues dans le monde occidental, ailleurs, je ne sais, sans aller jusqu’aux Sarrasins, je sais le danger de parler du loup, on fait tout aujourd’hui pour taire l'origine ethnique, il n’y aurait en ce bas monde qu’une sorte d’individus, les uns et les autres auxquels on  crie : vous êtes d’ici, d’ailleurs, il n’y a plus de chez vous, partout c’est l’Europe oui mais moi, j’ai encore quelques craintes qu'en criant au loup, il franchisse le Rhin, les Ardennes, enfin bon, les frontières naturelles. Et si dorénavant on crie à tout va dans l'Europe des 25, méfions-nous quand même des Loups qui ne sont pas forcément à nos portes. Parfois, les loups sont dans Paris, charmant Elvire. Comme je le disais encore à James.

— Désolé, interrompit Bond d’un air soulagé. Oui mais, nous sommes arrivés. Vous finirez votre histoire demain matin. Rendez-vous à 7 heures, ici même devant l’hôtel.

Tandis que je m’éloignais, Bond et Caplan, qui ont réservés chacun une chambre au 18ème étage, passent prendre leur clé à la réception et se dirigent vers l’ascenseur.

— No passaran les injurie un aficionado

— Multo bene  s’exclame un tifosi.

— Meubles jaunes Ikea dit un suédois qui avait appris le français avec Bernadotte.

En panne déclare en rouge sur fond blanc le petit panneau avec une main tendue qui ressemble à celle des marcheurs de Touche pas à mon pet.

Tandis que je m’éloigne en longeant le Rare Vos et l’ancien Cinérama ruiné, je jette un regard sur des enfants jouant aux billes dans le caniveau. Une lettre de Valériane entre les mains, une lettre qui parle de HongKong. Et alors n'écoutant plus, ne regardant plus, j'imagine le regard de Valériane presque oublié. Presque mais pas tout à fait...

Je me souviens, je voudrais fermer les yeux, mais c’est imprudent dans ce quartier de la ville.

Ai-je l’air ... un air ... un passant s’arrête, demande s’il peut m’aider, ai-je envie de pleurer, de lui jeter que je suis venu pour la cérémonie, que je n’ai pas trouvé la place où il fallait déposer la gerbe. Gerber sur le soldat inconnu, n’était ce pas ce que Joseph m’avait demandé de faire aujourd’hui.

— N’oubliez pas, Monsieur d’assister à l’une ou l’autre cérémonie, il en va de l’avenir, Monsieur et soyez prudent, une vraie mère poule avec son poussin ! Fort bien dit mais ...oui mais ...

La mémoire des lieux n’est pas aussi évidente que celle des idées, des relations de voyages, Joseph et les autres ne peuvent me demander l’ incognoscible.

Mais je me rappelle fort bien de Ma chérie et de la scène du hammam, surprenante et étonnamment longue avec Marie-Christine Barrault dans le plus simple appareil. Pour le reste, va-t’on échouer comme le seigneur du château de Kafka sans cesse dérobé aux yeux de l’Arpenteur, comme la femme de chambre de madame Petitbus, comme mon oncle d’Amérique parti un jour avec la malle des Indes et dont la famille attend sans impatience le retour.

 

 

 

 

9 mai

Malgré l'interdiction que je lui en ai faite, Henri de Guise est entré dans les groupes laitiers, sucriers et il est devenu actionnaire de Nestlé aujourd’hui. On le cote à la bourse de Paris lundi prochain. Vu les circonstances ville pinniennes, je renonce à exiger son départ, mais je prends également des intérêts dans des maisons concurrentes, je poste pareillement mes gens de Sécurisas et de la garde populaire avancée pour éviter les troubles syndicaux, je place quelques directeurs et hommes à tout faire, que m’a conseillé Joseph, en des points stratégiques.

A l’initiative de Joseph, s’est constituée ici une petite cour de bretteurs dévoués plutôt que de courtisans amateurs de plaisirs. Cette cour donnera naissance à une nouvelle noblesse qui prendra une partie de l'influence perdue par les grandes familles en révolte.

Parmi eux, il me faut citer celui qui me semble être le plus dévoué des amis, un Brésilien danseur de capoera nommé Chicon (prononcer Tchiconne).

 

A l’instant, Dumassienne à ne plus savoir glisser un camélia entre ses seins, la duchesse de Guise, seule et lentement se traîne... de couloirs en corridors, de souterrains en colombiers.

Oh! s'il pouvait m'aimer assez peu pour ne pas venir...Jusqu’à trois heures cinq, les gardes laisseront passer, j’ai su que des ligueurs se retrouveront… Encore une demi-heure d'angoisses et de tourments... médite-t-elle en consultant la Marseillaise qui sait tout des heures de la nuit. Depuis quatre heures que je suis enfermée dans cette chambre contiguë à la croisée des passages secrets, je n'ai fait qu'écouter si je n'entendais point le bruit de ses pas. J'ai voulu prier;...prier!... Écoutant en se rapprochant de la porte, (c’est presque hugolien ce n’est encore que rewriting fulminant, négrier, dumassien !) Ah! mon Dieu!  Non...non...ce n'est pas encore lui... 

Elle va à la tapisserie qui ne cache aucune croisée, un mur moëllonné... que n’y a-t-il une ouverture, que n’ai-je flambeaux et bougies et le voir, par quelque signe l'avertir du danger. La grille huit se ferme à l’heure habituelle, nous ne nous embraserons pas, il est sauvé pour cette nuit du moins... Quelque obstacle l'aura arrêté‚ loin de moi, pense la duchesse en reprenant le chemin la menant à sa chambre froide.

 

Certain ont tenté de me projeter Sisi, seins en avant, si si. Je n'ai rien d'italien à courir à mano, quand mano viendra, mains en avant et toutes ces choses. Les mains aux seins, elle demandent, je fais, ces gestes-là, je n'ai pas oublié...

 

10 mai

Je me souviens... ils m’ont vraiment demandé de me souvenir, alors, doucement, je me souviens... J’ai interrogé, enquêté, causé, parlé, jacté, discutaillé, je me souviens ...

Je me souviens d'Audrey Hepburn dans "My fair lady", et puis de celle des Vacances romaines en Vespa.

Je me souviens de Tarzan et de John Wayne au Victory, j’avais des billets de faveur parce que je connaissais la caissière et puis j’étais galant avec l’ouvreuse principale. J’ai bousculé des Brigitte Bardot et Romy Schneider, Claudia Cardinale et Mireille Darc et puis la nouvelle vague des Delon Brialy Belmondo Blain Terzieff.

Je me souviens de celle qui chantait moi je fais que des bêtises quand t'es pas là et qui mangeait tout mon chocolat.

Je me souviens      Un arbre de boue jaillit. L’obus est tombé devant l’adjudant-chef Joseph Alfort qui a eu le temps de se coucher de tout son long. Le silence. Nom de Dieu, il y a eu trois tirs, pense-t-il, je suis mal mis, il faut que je bouge. On entend un sifflement formidable puis une explosion qui vous pulvérise les tympans. La grande guerre s'enlise dans des tranchées boueuses qui courent le long de l'Yser. Dans les campagnes, les Uhlans à cheval traquent quelques paysans rétifs. Les officiers disent que les Américains vont venir nous aider. Nivelle échoue lors de son offensive sur le Chemin des Dames et la Meuse reste sous le feu permanent. Il ne fait pas bon vivre en Ardennes, ces temps-ci.

 

       La déclaration Balfour prévoit la création en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif. En Ethiopie, on achève le chemin de fer d’Addis-Abeba et, cependant que la Grèce entre en guerre, le général Pétain remplace le général Nivelle au haut commandement. En août la bataille de Verdun est relancée., les Anglais attaquent Cambrai et la révolution russe éclate, en Ukraine d’où nous recevons des lettres, sporadiquement, d’un lointain cousin parti là-bas au début du siècle, cultiver du blé, on se demande à quelle sauce on sera mangé : Soviétique ou Allemande ? Ce sera bolchevique : l’armistice germano-russe est signé au moment où les Italiens sont défaits à Caporetto. Bagdad et Jérusalem sont prises par les troupes anglaises.

 

 

       Jocelyn Alfort, le frère de Joseph, est garde forestier pour la compagnie des chemins de fer de l'Est qui possède un quart des terres, ici, l’autre quart appartient aux de Lafontaine et aux de Montpellier, Isabelle, sa femme, est couturière et bonne à tout faire chez les Marcellin qui tiennent en métairie la grande ferme de briques rouges, bâtie entre le bois du dessous et le chemin de la Brochette. Nous sommes en pays de Meuse, entre schistes et Semoy, à cheval sur trois pays : la Belgique, le Luxembourg et la France. Notre famille habite de part et d’autre des frontières, aux Hautes Rivières, à Gedinne, à Monthermé, à Sugny, à Virton, à Montmédy, à Chiny, à Dudelange, à Frésange. Nous avons de la chance que mon père ait un emploi très officiel, tous les non-qualifiés ou les chômeurs de la région ont été embarqués par les Allemands vers des camps de travail au-delà du Rhin.

 

 

       Ca y est, les Américains et le Brésil déclarent la guerre à l’Allemagne cependant que les Portoricains reçoivent la nationalité américaine.

 

       Le tissus du temps devient élastique, depuis combien d’heures, de jours, de mois se traîne-t-on dans la boue, la moitié de mes camarades ont disparu, deux soldats rampent frénétiquement pour éviter les balles d’une mitrailleuse qui arrose tout depuis le haut du village qui est, je crois, complètement détruit, tout ce qui bougeait s’est figé, a pissé le sang, s’est envolé en éclats, le jour du jugement dernier, c’est aujourd’hui, et le dieu du ciel en est resté écoeuré, il ne s’intéresse même plus à eux, mais où était-il lui et l’ennemi, qui est l’ennemi ? L’obus de mortier est haut dans le ciel et explose à deux centimètres du crâne de Joseph, une rafale d’éclats l’atteint en pleine poitrine, ses cris se mêlent à ceux de villageois en train de brûler, puis un tonnerre invisible, un boucan de fin du monde, l’artillerie pilonne de nouveau, elle couvre la retraite, tombant du ciel des vagues de bombes réduisent la terre et la végétation en un bel humus compacté avec des os et du sang. Seulement courir et crier, hurler et courir.

 

       Les Allemands sont arrivés en août et n’ont pas quitté la région. Combien de mois d’enfer déjà ? La Champagne disparaît sous les obus. Il paraît que Joffre les a arrêtés sur la Marne. C’est où, la Marne ?

 

       Foch a été nommé généralissime.

 

 

       — Halte au feu, mon lieutenant ! Halte au feu !

 

       Le rigolo court en haut de la tranchée, il va se faire abattre, pense Simon de Montpellier. Le silence. Même les oiseaux sont morts, ils sont tous morts sauf Adelin qui court là haut et les trois amis de Gilbert. Un coup de feu claque, Adelin s’écroule et meurt, le tireur allemand ne savait pas encore qu’il avait perdu la guerre.

 

       A Rethondes, dans l’Oise, on vient de signer dans un wagon de chemin de fer l’armistice suspendant les opérations militaires.

 

 

 En 1937, Antoine de Saint-Exupéry signe une série de reportages sur la guerre civile en Espagne. Il écrit dans ses carnets :

« Les hommes ne se respectent plus les uns les autres. Huissiers sans âme, ils dispersent aux vents un mobilier, sans savoir qu’ils anéantissent un royaume... On fusille ici comme on déboise. En Espagne, il y a des foules en mouvement mais l’individu, cet univers, du fond de son puits de mine appelle en vain au secours.»

 

       Le jour de mes vingt-trois ans, on ne mangera pas le gâteau prévu, le roi Léopold a fait signifier l’alerte maximum depuis hier soir à minuit moins le quart et les Allemands ont parachuté des unités d’assaut sur les forts de Liège, ils ont pénétré en territoire belge. Nous sommes le 10 mai 1940. C’est mieux qu’un coup de tonnerre, c’est une fusée d’éclairage qui explose au-dessus du fort. Le lieutenant Hans Steinbrecher du commando Koch commande, comme à la manoeuvre, des planeurs DFS230. Alors que la fête de Vouziers battait son plein, hier soir, le major hollandais Sas lié d’amitié au Colonel allemand Oster, adjoint de l’amiral Canaris, avertissait ses supérieurs de mouvements importants de la Wermacht et d’une possibilité à 95 % d’attaque de la Hollande en matinée. Dès dix heures du soir, hier, les permissionnaires hollandais étaient rappelés à leur poste et sur la route vers les Ardennes, des soldats belges sont interpellés par des gendarmes et renvoyés vers Namur, Liège, la Meuse, le canal Albert.

 

Au canal, les hommes m’attendent, il y le clairon, Carbonelle, et mon ordonnance, Kintzelé et les sergents Devos, Marchant, Bonjean et Adamo, j’ai 4 fusils-mitrailleurs et une quarantaine de vieux Lebel, un pistolet et le colt du sergent chef Garson qui n’est pas encore revenu de permission. Il est minuit, je m’endors dans la tranchée. Je pense à Pilou.

 

       Vers deux heures trente :         
— Mon lieutenant, il y a alerte !

 

C’est mon ordonnance qui frappe au carreau, d’un bond, hors du lit, encore une alerte ! Il faisait si bon au lit, mais il ne faut pas traîner. Je me précipite sur le téléphone, j’appelle RK7 et le sergent Vermidek, à Eupen, me confirme :

       — Oui, c’est l’arrivée imminente de troupes allemandes, elles se massent devant la frontière, fini la belle vie ici, mon lieutenant, je crois qu’ils arrivent ! Et en plus, je n’ai plus de rosbif pour préparer la tambouille. (La grande affaire de Vermidek dans son poste de garde depuis six mois est la préparation d’un excellent déjeuner, surveillance destruction d’accord mais légumes, boeuf et pommes de terre s’il vous plaît !)

 

Se souvenir est donc inutile. Pour disparu qu’il soit, on ne peut changer le passé.

11 mai

Est-il alors utile d’avoir le souvenir de la traversée de Paris d’un Gabin qui n’était pas clachfaçad mais peinteur n’est ce pas et d’un trouillon de Bourville (bourg du Calvados ou de la Manche), et du marché noir et de la rue des radis et de la nuit de Noël à Etterbeek où avec Charlie nous avons transporté – toute la nuit – un sapin de plus de deux mètres tout au long des rues, toute la nuit, pour finir par le monter dans la chambre de bonne où je logeais, plus tard, nous avons mangé les bougies.

 

Je roule volontiers à vélo, si j’ai l’occasion de m’inscrire sur des listes électorales, je voterai écolo comme tout bon universitaire, j’ai été universitaire, j’en suis certain, même si je ne me souviens que d’avoir été stagiaire et chômeur.

 

J’ai l’image floue d’un adolescent amoureux de Corinne, une petite de la cité qui a mon âge, j’ai voulu savoir si elle ne s’en allait pas avec mon meilleur ami !

 

Je me souviens d’une Carine qui me disait : t’as une tête de cochon et puis qui se couchait tard à se laisser réveiller par les rayons du soleil. Viens petit soleil disait-elle et je lui montrais l’ardeur de mon rayon, une femme ça se couche partout, sur le papier aussi.

Il y a des phrases qui traversent mon univers balzacien, dumassien, martien ?

Oui;...mais un secret terrible; un de ces secrets qui tuent.  Ah! Entends-je une voix me dire, fais en sorte que ta physionomie ne le trahisse pas, que tes yeux ne le dévoilent jamais, tu es jeune Henri, conserve la gaieté‚ et l'insouciance de ton âge. S'il arrive que nous nous rencontrions, passe sans me connaître, sans m'apercevoir; si tu avais encore dans l'avenir quelque chose à m'apprendre, ne l'exprime point par des paroles, ne le confie pas au papier. Après quoi, quoi faire, on ne sait plus très bien, certaines disent Hou ouh le moralisateur n’ose dire où il met les mains, la bouche, le dard. Est-ce vrai ? Hier encore, Isa me le rappelait, ces dames ont envahi la littérature érotique avec frénésie, elles produisent à flux tendu, elles, bien plus que toi qui ne sais où donner de la tête entre l’hôpital, la politique, la famille, les ex et les lectrices, les mignons et Margot dont il faudra bien finir par parler, n’est ce pas, et les bonnes œuvres, tu fais petit gamin de la patrouille des castors en parlant décemment de-ci delà de tes femmes, Henri ! Maintenant, on les retourne comme des crêpes, des crèmes fouettées, on les assaisonne, elles deviennent garde chiourme en Iraq et elles croient se réinventer Gretchen.

 

J’ai parlé à Henri Kiss se souvenant d’un moment canadien, dans un coin sombre, il avise un minois. Curieux minois. Une pute qui se cache. Il s’approche. Elle se rencogne un peu plus. Curieuse souris qui fuit le client.

Je suis tout près d'elle, raconte-t-il. Elle est minuscule. Je lui prends les épaules. Elle me toise. Je la pousse vers l'étage. Elle est belle. Elle monte devant moi et, comme tout vulgaire micheton, ma main s'envole vers son cul. Un réflexe. Je parviens à me contrôler. Je me bloque à mi-geste. Je ne veux pas passer pour ce que je suis. Je la regarde onduler. Nous n'avons pas échangé un mot. Elle me conduit au sacrifice. Elle va au sacrifice, j’aime ça sans rien dire, je suis de leur monde, celui des faux-culs qui ont gagné la bataille médiatique.

Peut-être est-ce une « nouvelle » femme, elle étudie socio et va passer son doctorat, elle n'hésite pas à prononcer tous les mots que le Larousse conservait pour les étudiants de nuit, pédoenculé, et sodomie, juter et branler, enfin, c’est le contraire mais c’est pareil, celle-là racontera-t-elle aussi son attirance pour un homme qui aime les vestons Pierre Cardin et les grosses américaines. (NDLR, ceci n’est pas une faute d’orthographe, l’auteur pense ici à l’automobile et non à l’obésité cellulitique classique), qui porte des caleçons blancs, trop larges, avec un élastique légèrement détendu et dont l'activité prioritaire est la baise, la vodka, et la parlote gauchiste. (NDLR, ceci ne vise nullement nos amis maoïstes écrasés sur une place célèbre ou le philosophe roumain qui lança de sa baignoire quotidienne et matinale le fameux Eurêka). La permanence de l'homme dans son triomphe viril et doux n’a pu être évacué par les féministes droidelomistes.

Grâce à George Captain Walter America Bush Jr., demain, on va se réveiller dans un monde plus sûr, où notre liberté sera préservée. Et ça, ça n'a pas de prix !

Dites-moi le contraire !

Je me souviens de Herriot, 50 ans de règne municipal, 2 guerres, une carrière politique nationale : rien ne pouvait arrêter Édouard Herriot (1872-1957), militant radical (centre-gauche), dont les plus anciens se souviennent de la diction, de la moustache et de la pipe de cet orateur bougon et habile qui avait le sens du raccourci (« La politique, c'est comme l'andouillette : ça doit sentir un peu la merde mais pas trop »). Rendons grâce à Herriot, qui eut le bon goût de faire appel, pour quelques grandes réalisations, à un architecte de talent : Tony Garnier.

Je me souviens d’un Juju qui était plutôt balèse devenu restaurateur sur le Viroin et d’une Juju qui indiscrètement s’informait et à qui l’auteur avait répondu :

Il y a un Tu m'as fait le plaisir d'un coucou en me demandant le pourquoi d'un Xian...  Je ne me souviens pas de t'avoir répondu, je ne me souviens jamais de rien, c'est comme cela qu'on sait qu'on n'oublie pas.  J'ai découvert les soldats en 1975, un bail disais-je, ils étaient gratuits et poussiéreux comme la Chine d'alors qui ne se réveillait pas encore...   Quand es-tu passée par là ?   Mais ça n'a rien à voir avec le pseudo qui me court les bottes depuis encore plus longtemps et m'a posé dans certains cercles, restreints (?) comme sage.   Sage, c'est bien comme cela que je me vois, le sage est celui qui regarde le pêcheur du matin relancer son hameçon et qui déjeune à midi chez François d'un homard plus certain.   Arrêter un bloc... on ne peut pas, c'est une pierre qui roule, pas toujours dans le même sens ...  Mais on ne peut pas arrêter le mouvement, tu t'imagines, il gèlerait puis il se briserait  plus rien   On ne peut pas être plus rien.

 

On écrit sur des pierres, sur les murs des cavernes avec du charbon de bois, imagine, belle époque, le règne de l’expression écrite commençait par des petits miquets galopant derrière des bisons. On ne disait que oomph et pfououou mais on s’exprimait déjà et ça n’allait plus s’arrêter, à cause des souvenirs, à cause du futur qui n’est pas demain mais qui a déjà commencé, même déjà passé.

La balance s’est équilibrée entre les orateurs et les écrivains puis la dernière guerre a démontré que les pigeons étaient aussi fusillés que les hommes, alors on a inventé la radio, le poste dans lequel on cause, la victoire de la parole sur l’écrit ?  Il était écrit « La guerre de Troyes n’aura pas lieu » et la radio beuglait le contraire, discours incendiaires et guerre suivante, une nouvelle fois la dernière. La radio, Ortf et Radio Vatican, la voix de l’Amérique et la BBC je me souviens, Ici Londres, les Français parlent aux Français, Dac et Blanche n’auraient osé inventer ça ! ensuite il y a eu la télévision, l'abrutissement général, et enfin vint, Internet, le retour de l'écrit que ça aurait pu être, que ça sera peut-être un jour, tu vois je suis un optimiste, la vie est dure, la vie est cruelle, la vie est injustice même, tant qu’il y a de la vie, il y a cependant de l’espoir, et des politiciennes qui peuvent vous aider, des Magda, des Laurette... Rosine et Marie Antoinette (qui a assez mal fini, il faut oser le dire, même en des temps politiquement corrects) mais pour l'instant ce n'est que le début, la génération d'aujourd'hui, elle n'a pas encore appris, elle nage encore dans la poésie gnan gnan, il y en a des tas de pages sur Internet, je t’aime d’amour et de haine enculé d’ta mère, un jour certains auront tout écrit, d’autres auront tout lu alors, l’âge d’or reviendra, on repeindra les murs des grottes pour le plaisir, sans y voir de miracle.

J’ai donc des souvenirs sociaux, des souvenirs d’amours et puis des souvenirs de haine ... éternelle la haine, faudrait bien qu'on en parle un jour, que l'on se penche sur cette curieuse manifestation d'amour, toi le révolté, toi la Louise, comment ça t'est venu toi, la haine? Tu te souviens des premières manifestations, Céline, l'adolescence, l'enfance, dis-moi, écris-moi. Reviens, veux-tu.

 

12mai.

Les syndiqués de la GGT réagissent ce 12 mai, en dressant des barricades dans la plupart des quartiers de Paris, et jusqu'aux alentours du Louvre. Plus loin, les non-marchands, en tête, les kinés qui se sont massés le long des grilles de la préfecture.

 

L’un d’entre eux ressemble au grand André, l’André Zalinsky qui voulait nous faire étudier le rock ‘n roll invention étrange d’un type chantant l’horloge parlante ouanne aux cloques tout eau cloque et ainsi de suite, la ronde du temps, plus tard j’ai gratté la guitare avec Freddy du même nom, j’ai accompagné Brel et Bécaud, j’ai tenu la lumière pour la chèvre d’Ivanhoé et j’ai souillé Gaby au champagne écossais.

Rien n’existe et tout existe, le hasard n’est qu’un concours de circonstances voulues et cependant nous aurions pu ne pas exister, ne pas rencontrer André, vous et moi. Et s’en souvenir. Comme de K. et de M. qui ne souhaitent pas voir apparaître leurs noms associés, encore que je doute, pour K. qui s’appelle Raphaël et qui s’occupe de la tête des gens, l’aurait peut-être dû s’occuper de la mienne, mais il habite entre le Matto Grosso et le Rio Piranhas qui ne sont pas des destinations Virgin.

Je me souviens des Beach boys, de Donovan et des Beatles. Je me souviens de l'atèle en plâtre autour de ma jambe sports d’hiver, et des signatures qui l’ornaient.

1903 -- Mort du peintre français Paul Gauguin, né en 1848. 1902 -- Eruption de la Montagne Pelée (Martinique): 30.000 morts. 1921 -- La peine capitale est supprimée en Suède. 1916 -- Le corps expéditionnaire australien-neo-zélandais débarque en France. Quelle journée !

Et on dit que je ne me souviens de rien ?

 

Le facteur est passé, belle invention que le portage du courrier de tout un chacun, j’ai félicité Joseph de nous permettre d’accéder tout de même aux étonnants progrès que je constate. Bien que...

Malgré que déjà des chagrins ont fait voter des lois et se sont trouvé des défenseurs promographiques, le courriel donc comme les sifflants messages murmurés n’ont plus désormais garantie de confidentialité, Big Brother s’est arrogé le droit de vous lire, vous écouter, vous contraindre... une fois de plus tous ensemble un grand vivat, bêêêêêêe^.

Un moment de calme dans une vie trépidante, je suis assis dans la grande bergère d’Emmanuelle, ça me va bien, j’ai fait comme elle, je me suis déshabillé, je crois que je pourrais poser ainsi mais trêves de discours, voyons donc ce fatras de colis et enveloppes rien de standardisé, des prioritaires, des imprimés, une alléchante proposition pour m’agrandir le pénis, moultes fichiers attachés qui ne contiennent pas de virus contaminants, applause ils viennent tous sous vocables étrangers, qui sont-ils pour me croire loufdingue ? Cauchon a eu beau brûler une femme en braies et en place publique, je n’en suis pas converti pour autant, boutons le Goddam dehors ! La langue française est royale ! Que foutre baragouins d’autour et alentours ! Compagnons de Jéhu ! boscos, bachi-bouzouks, ectoplasmes, fabliers, iambiques, gamopétales labiées, obits, rabans, vérolés, xanthines nucléotiques !  !...d’où sortent ces fraudeurs d’engliches, les flamchiches, les genevois traînards qui s’entichent de Zürich, zébus d’académie, à dieu va petit mousse comme le vent te pousse, qu’écrivis-je là-haut, des pages et des pages de grand siècle, l’habitat entre le parc de Brissac et les caves à vin de Champigny, pour rien, il semblerait.

Il semblerait, c’est ce que dit Chicon !

 

Il se dirait que je ne sois qu’un rien du tout, carabistouilleur bouilleur de cru arrière petit fils de Rackham le rouge, vais-je me prendre la tête, à la lanterne ? hip hop pivot sur la gauche, stabilité mobile, on ne va tout de même pas prétendre m’apprendre à retomber sur mes pieds ! L’univers de Newton, je connais, c’est pour ma pomme, j’ai compris en même temps que Lord Greystoke.

Un avis de tempête dans le golfe de Gascogne, une nouvelle cocotte minute rouge avec adjoncteur activé gratuite en cas d’achat de deux bouteilles de mécacola, le programme des socialistes pour les élections européennes, le camion d’outillages et bancs de jardin sur la place du village à l’arrêt du bibliobus lundi prochain, l’horaire des temps d’ouverture de la nouvelle salle paroissiale, un bon à échanger lors de votre prochain et imminent passage chez Matelas 2000, tiens... une imaginative (Madame K, rien à voir avec le Raphaël brésilien , bien que...) je vous livre in texto :

Le voilà. Il est là. Enfin pas vraiment. Juste ses mots, laissés, accessibles à tous. Je rêve que ses mots ne s'adressent qu'à moi. Mais je sais que non. Laissez-moi rêver ! Je le trouve charmant, j'aime le lire. Il ne m'attire que parce qu'il est inaccessible. Et alors ? Ses mots sont empreints de tant de force. Il m'émeut. J'ai envie de le prendre dans mes bras. Mais je sais que j'ai plus besoin de cette étreinte que lui. Je ne souhaite pas le rencontrer pour ne pas briser mon rêve. Juste caresser, effleurer ses mots, du bout des doigts. Je l'imagine grâce aux écrits qu'il éparpille derrière lui, comme le petit poucet, me montre-t-il le chemin ? Souvent, je me pose la même question. Me voit-il lui aussi ? Est-ce que je le touche autant que lui m'affecte ?

 

J’ai bien entendu eu cette folle envie de lui répondre intimement, Joseph, grand chambellan de longue expérience me cita des cas malheureux, des Lavallières, des cavalières, des pièges lascifs et des fondrières...Monsieur se doit de répondre, Monsieur doit faire un avis, une publicité, une annonce, une notification, une dame du peuple écrit à Monsieur, il est bon que le peuple d’en bas sache que Monsieur s’en préoccupe, s’en occupe, s’y intéresse, prend la chose à cœur... Monsieur devrait dire...

 

Le toucher est un de ces mots de la langue aussi difficile à manier que le bâton, que le manche à balais de l’avion, de la sorcière. Comment aurait-elle pu le toucher, ils sont à mille lieues, chausser des bottes ? Cela ne se fait plus, aujourd’hui on géphonise, on tégévore les kilomètres... Ils sont donc de ceux-là que le temps ne touche pas. Elle imagine le possible, il intente procès au réel démontrant la duplicité des mots transformant les idées dès leur naissance. La distance n’existe plus.

Elle a vu, chatte bondissante capturant l’idée jaillissante, déjà elle a cloué aux yeux de tous sa vision des choses, de l’événement, comment ne pas être touché, à la fin de l’envoi, toc toc, palper adhérer être contre elle pour mieux voir, mieux sentir ah ! oui encore une tromperie, sentir, en caressant ? n’est ce pas touchant ? la toucher, une touchette, palper, on en arrive à s’ausculter...

Il a repris les mots, les a une fois de plus jeté en pâture, l’image est cruelle. Empereur de l’inaccessible étoile enfermé dans sa tour d’ivoire, se laisserait-il accoster, coincé, touche-à-tout va-t-il céder, la sape est efficace, tu es beau, tu es intelligent, le fromage est tentant, tu mémeuh dit-elle, regarde comme bat mon cœur, et la gredine d’ouvrir large son corsage.

 

Racine, radical, concentration, terminaison, il aime les mots, peut-il voir les traces, les obliques, les couleurs, peut-il comprendre la caricature, le dressé, le levé, le lavis, projeter réduire calquer domaine des déesses ? Les mondes virtuels se touchent-ils  ? Esquisse image reproduction croquis gouaches et académies...

Ah ?

Les académies, ...peut-être serait-il ému ?

Bouffre, se faire des idées nouvelles à propos de jouvencelles, alors que c’est Céline que j’attendais – vainement,... un document !  suite de l’inventaire sans raton laveur, des prospectus des dossiers des pièces des manuscrits, deux procès automatiques diaboliques, des pièces jointes et des photographies de paparazzi, on t’as vu, crie une mégère en brandissant ce qui pourrait être ma photo mais ce qu’on y voit est largement découvert, le postère de Britney, ce qui est choquant, normalement on ne montre d’elle que son nombril, du moins dans les revues de musique, nombres d’invitations à consulter un astrologue, à venir voir les nioues tînes ou les biggueustes tits inne ze weurld fortement dénudées.

Que de lecture ce matin ! Je renverse la pile, pas de céliniouze... Chicon se serait-il trompé, prétendant l’avoir secrètement rencontrée, favorable à ma fuite de ce castel qui n’est que champagne cigarettes whisky et p’tites pépées surtout miroir aux alouettes, je ne suis ni mouton ni lagopède, ce n’est pas le fermier José Philippe qui va me faire changer d’idée, je n’ai peur ni de Néro Wolf ni de Sherlock Holmès, ne suis-je d’ailleurs pas les deux conjugués, voire plus si affinités.

 

Devant chez Paul, le restaurateur sympathique du coin, ou plutôt de la place, une vieille 403 pourrie ...

 

Toujours une ardeur d’avance

13mai

Le 13 mai, l'agitation ne retombe pas, je suis convaincu que les Kubilair vont tout organiser pour me faire limoger de mon poste et que l’on parle contre mon titre pourtant mérité de marquis de Caracas, une noblesse d’église qui en vaut d’autres. Je ne rentrerai pas à Paris, marchons à Chartres, évitons souplement les ligueurs, les socialistes, les nazis, les juifs et les Sarrasins, les gangsters et les bandits, Robin des bois et tous autres coupeur de bourses et de jarrets. Joseph me parle de co-signer une note avec Lady de Lunion Saint Gilloise, une Milady introduite par de Guise prête à confirmer les entretiens secrets de Nemours dont je n’ai aucun souvenir, enfin sauf la nuit alors que tous les chats étaient gris et que couleur muraille je me suis glissé dans la couche de l’Anglaise, la couche, la bouche, au petit matin, la douche.

Chicon s’impatiente, me dit qu’il faut que je me rappelle tous les instants, qu’il serait dommage d’être embastillé, masquedeferrisé, transformé en mendiant définitif après avoir côtoyé des Ben Tapijt, des Cousins, et me dit-il plus sèchement, découvert le secret de l’aiguille creuse et n’en avoir pas fait profiter les vrais amis.

Je voulais lui répondre qu’on partage ses amis, pas ses milliards mais le ding dong du courrier est venu me sauver la mise, peut-être Chicon que je ne connais pas encore bien est-il aussi susceptible que certaines artistes de saint Anselme.

Un petit mot de Dominique qui me confie un message pour une dame d’œuvres d’Etampes où je passerai. Dominique !

 

Je me souviens de Dominique nique Nique, une nonne folle de messes, se suicidant après avoir connu un féerique succès mondial, à quoi mène la foi ? Chansong, je me souviens de Juliette qui avait encore son nez, Pétula appelant Roméo qui s’enfuyait sur son chariot.

Je me souviens du scandale d’Edith Piaf épousant le pâtre grec Théo Sarapo, vingt ans son cadet et qu'elle posait fièrement à ses côtés devant les caméras de la télévision qui commençait à fleurir de café en maisons bien pensantes. "A quoi ça sert l'amour". Et je le chantais à Eliane mélangeant les genres avec « Sans toi ma mie » et en bleu jeans et blousons de cuir   

Ce qui est avantageux avec le « portable », c’est qu’il est transportable, en cas de besoin, on peut même le tenir sur ses genoux, aux toilettes. Nouvelles alarmantes de mes actions cotées rue du mur de l’autre côté de l’Atlantique et courtes mais bonnes nouvelles de Tex, il veille sur Domino, une petite au caractère trempé (je commence à les collectionner !) tandis que Merveille prend garde à la santé de Francis.

Le chef de la police anglaise accuse Internet d'être la source de tous les maux de la société et réclame une épuration vigoureuse du cyber-espace.

 

 

Me voilà allongée sur la plage. Une lumière soudaine me fait sortir de ma torpeur. Une silhouette se dessine, mais trop floue pour que je puisse la distinguer. La lumière se fait force, m'empêche de voir.        -Suis-je morte ?        -Mais non, tu ne l'es pas !        -Ah !        Cette voix, je la connais.        (.)       Mon père.        -Pff ! Si je ne suis pas morte, alors qu'est-ce que tu fais là ? dis-je en me dressant sur les coudes. Mes yeux commencent à s'habituer à la luminosité.        Il vient s'asseoir à coté de moi, me regarde et sourit.        -Je suis toujours là, non ? Alors, comme ça, tu t'es laissé surprendre ?        -Bah, oui ! Tu sais ce que c'est ! Quand on est face à quelqu'un, on peut communiquer. Face au néant, que veux-tu faire ?

14

Et si l’on pouvait aussi parler face au néant qui n’est que tout, me dis-je à la lecture de ce courriel matinal, philosophique, d’une lectrice qui, pourtant, a la tête près de bonnet. Puis-je en parler, de mon père, serait-ce lui, plutôt que moi que je cherche en ce cheminement sans faim (enfin, encore quelques jours, d’après Chicon, qui sait tout ce que Joseph ne dit pas). Je devrais me mettre à parler haut et fort, et ferme, et juste, mais je me demande pourquoi je penserais à mon père, allongé sur la plage, je veux dire, moi, la regardant elle, allongée sur la plage... ainsi va donc le monde et les courants , on ne se rapproche que très hasardeusement, le sable souvent est mouvant, émouvant, surtout si la belle est allongée, que donc lui dire, comment imaginer la scène, elle de tout son long, dirait-on aplatie, lui au-dessus, comment, dans le soleil, derrière lui comme une auréole, les deux jambes écartées, un pied à gauche de la hanche droite de la gisante, l’autre de l’autre côté, dominant, comment faire autrement ?

Une attitude martiale choquera les féministes, un soupçon de geste vers un maillot relâché (elle était vêtue d’un joli confetti soutenu par deux bretelles tressées vert pomme) heurtera les puritains, tendre la main pour l’aider à se relever gymniquement serait moderne et de bon ton, mais les demoiselles aujourd’hui veulent tout faire elles-mêmes, pourquoi donc imaginai-je un fourvoiement, bon sang mais c’est bien sûr, Palumbo derrière un palmier nous observe à la longue-vue et au départ, la situation était faussée, d’entrée de jeu, elle avait précisé : Il vient s'asseoir à coté de moi, me regarde et sourit.

Retour arrière rapide, elle est nivelée ras coquillages et varechs, j’arrive silencieusement, par derrière, qu’est ce que cette méduse lointaine qui proche se sirène, deux, elle en a deux, deux jambes de ballet, tout un arrière-train galbé, bombé, creux et formes, monticules jaune canari, (ai-je dit qu’elle portait élégamment un string) elle aurait pu être nue ne pas m’entendre venir, mais encore une fois, les censeurs seraient grimpés sur leurs grands chevaux, auraient labouré l’estran.

— Suis-je morte me dit-elle ? 

Peut-on répondre, décemment, à cette question ? Et que se passerait-il si la réponse s’affirmait, terrible, mortelle : Oui.

Céline est-elle morte ?

 

15

 

Dans son cabinet d’astrologue, Ruggieri, appuyé sur son coude, un livre d'astrologie ouvert devant lui mesure des figures avec un compas; une lampe est posée sur une table, à droite, elle éclaire la scène où pourrait apparaître la grande Patricia.

C’est Catherine qui entre ! Elle est masquée d’un loup noir et très peu vêtue. Elle s’approche de lui, elle est derrière lui, elle le touche du buste tandis que le mage dit :

— Oui!...cette conjuration me paraît plus puissante que les autres.

— Oh, chéri, murmure Catherine, découvre-moi encore.

 

 

Je m’use, pense à cet instant un Henri inquiet. Je muse je cours les filles je cours les villes de ville en ville j’allonge la sauce je ne découvre rien mes mignons se battent pour moi en place pas encore des Vosges, Cousin et les autres font du fric sur mon dos, les Américains me volent mes inventions, les Ousbékistes squattent mes maisons de campagne, il reste moins de trente pages avant de finir et certains croient même que je retourne les pages, qu’ils sont jusqu’à dans mon lit certains soirs, tout le monde se trompe, ai-je voulu tromper tout le monde ?

Un cor sonne ! Retour de chasse de mes SAS, deux sarrasins, trois protestants, un juif errant, les bois se vident et les dieux chassent les marchands du temple, une irascible écrit : lol mais je suis blonde donc pardonnée ; elle ne m’en voue pas moins aux gémonies, le monde entier est un cactus.

Chicon me raconte quelques histoires de chevaliers et de dames de cour, Joseph fait passer le plumeau, je découvre un peu le monde au travers du glouglou, un système magnifique qui vous ouvre des horizons insoupçonnés sur un petit écran plat, je peux lire : Des profondeurs de la rivière s’élevaient un tumulte, un mugissement, un fracas de rapides. C’était un tel crescendo, Yema eut l’impression que la rivière lui ouvrait son giron, l’invitait à y pénétrer, à se purifier aux secrets qui montaient avec la mélodie du chant. Au risque de se défaire le dos, elle arracha une touffe d’herbe et, y ayant ajouté la riche senteur du savon noir, elle entreprit de se laver de la tête aux pieds, avec le contenu du chaudron, qu’elle puisait au creux de ses mains. À l’unisson des eaux, elle psalmodia les paroles d’un chant, mot par mot, avec délice, et se rappela la façon dont sa grand-mère s’était frottée, avait chassé la poussière, quand s’éternisaient les jours mauvais de la malaria et qu’il avait fallu à Habiba Mouskuda s’en débarrasser. Méthodique, Yema passa la touffe d’herbe sur tout son corps, et ses bras suivaient en cadence le chant dont elle accompagnait celui de la rivière. À travers les nuages noirs, une lune argentée avait percé, jetant sa lumière sur cette peau d’ébène, cependant qu’une chouette répondait à l’appel d’un sorcier. C’était bon signe.

Et je me dis que celui qui a écrit cela ne peut être profondément méchant, je lui donnerai l’adresse d’une savonnerie à Marseille, des conseils tirés de la pharmacopée de ma propre mère-grand, une méthode pour extraire encore un peu plus d’un vulgaire chaudron de cuivre. Le monde évolue et les idées changent me ressasse Chicon, il se dit mon ami, ai-je des amis ? Il me dit : Mon ami !

16

Je reprends mon voyage glougloutant : Carole Muroni (2nde 6) : Ma première seconde, pas mal de copains assez rigolos, mais pas de véritables potes, c'est le début de la déchéance, une année plutôt chiante.

Puis une fille assez mignonne se fit remarquer en cours par ses origines italiennes, les autres n’arrêtaient pas de la chambrer. On a causé, il s'est avéré qu'elle était super gentille et pas conne du tout, super sensible en plus.

Sans trop se fréquenter en cours, elle me faisait tous les soirs un petit coucou à travers la vitre du bus et on a sympathisé.

Puis elle a disparu de la circulation et on s'est revus fin 89, elle bossait à Z, je passais par-là et je l'ai reconnue, 5 ans après. Il s'avère qu'elle est toujours avec le même mec depuis la 2nde. Je passe de temps en temps la voir encore maintenant.

Je cherche à comprendre, fin 89, on coupait tant de têtes, n’est ce pas que celle là devait sans doute à ses convictions et à ses jambes et à son entregent d’être toujours là et toujours avec le même mec, qu’est ce donc ce mec-là ?  Quel éclat avait, a-t-il que d’autres n’ont pas, non pas ...non mais, que lis-je, du même : Céline (été 85) : C'était à l'époque où j'étais encore vaguement copain avec Ric. Or, à la fête du 14 juillet sur la place de l'église, y'avait un manège. Bon. Et en revenant de chez Fabien Rutyna, où on avait bu un coup, moi, j'étais plein et je me suis aperçu que c'était Fifi, une ancienne amie de mes parents, qui tenait le manège (je l'avais vue les années précédentes à la foire).

Et là, mes yeux tombent sur sa fille. Woaw ! Du coup, je fonce, je lui dis bonjour et je me présente comme l'affreux môme qui l'enfermait et la séquestrait dans sa chambre, quand elle était petite, en l'appelant "Crâne de piaf" ! Y'a son frère aussi.

Le soir, on va tous sur la colline voir le feu (Céline, son frère, Ric et moi) et là, y'a Séverine avec son mec. Je demande à Céline si elle pourrait pas faire semblant d'être mon attitrée pour la soirée, histoire de faire chier Mess. Mais elle refuse la scène du baiser.

On a continué à se fréquenter quelques semaines, j'allais voir toute la famille en mob alors qu'ils animaient une foire à Sens. C'était à l'époque où j'étais à Horizons.

Aux dernières nouvelles, Céline a un gosse placé à l'assistance sociale et ça va pas fort.

Céline, salaud !

— Joseph, celui-là, faut me le retrouver et elle, et son gosse de fourbi, Joseph vous y mettrez quinze ou vingt hommes, des enquêteurs de première, des sévisseurs, des experts qui ont les moyens de les faire parler, des conques qui prendront Palumbo en otage, marre de le voir à mes basques et de n’en rien retirer comme information concrète.

— Joseph !

Dès maintenant nous actionnons, fini de se gargariser, fini de se prélasser, les délices de la boue, terminés ! basta aux croûtes ! Exit l’errance zousque zoù ! Je ne sais pas encore pourquoi l’on m’en a voulu ou m’en veut-on encore, je ne sais où est la Céline qui est mon Eve, je ne sais comment j’ai fâché Margot et pourquoi quelques familles veulent ma peau, aurais-je manqué de respect à Caroline Durocher ?

Catherine prit Ruggieri à part :

Vous aurez une petite fille qu’on appellera Ève mais l’important n’est pas cette musique-là mais de savoir qu’autour du soleil de la royauté se meuvent des astres brillants et funestes; ce sont ceux-là qu'avec votre aide, je compte conjurer.

Tandis que Henri soliloquait, jouant au bilboquet : Je suis tout de même l’administrateur général de plusieurs compagnies importantes que me recensent Joseph et Chicon, le président de la SA Hexagone, ce qui n’est pas rien. On me dit de sang bleu, d’Orléans et d’Anjou, de Caracas et de la Terre de feu, j’ai monté mon coup à Jarnac et retravaillé Moncontour, j’ai été, cela me revient directeur général chez Skoda et chez Polski quand Agnelli n’en voulait plus, je suis marié alors pourquoi me fait-on le portrait d’un homosexuel ? A cause de mon élégance ? Doit-on se conduire en soudard pour être respecté ?

Je suis marié à Louise.

Intelligent cultivé sans complexe voyageur et président, je me découvre des aventures et devant le pape, je trouve des mignons et une épouse, Joseph et Chicon qui est un bretteur de première force, Cyrano en eut été mouché, tout comme Scaramouche.

Je suis marié à Louise.

J’ai été félicité par l’Académie, les gens de robe et ceux du couvent des oiseaux. On me trouve fin politique mais cela ne m’intéresse pas, j’aurais semble-t-il signé la paix de Monsieur, pour que les financiers et les économistes qui savent tout et gouvernent dans la pénombre me la fiche. Demain je serai à Tours, après demain à Nérac.

 

 

18

 

Desceusses me traitent de vieux sale con ou de sale vieux con, ils ont oublié leur miroir et leur âge, ils ont peur de mon regard, perçant, hargneux s’il le faut, inquisiteur pour retrouver ma propre trace dans ma propre maison ! J’entends que d’autres clercs d’âmes claires n’aiment pas ma manière de raconter ma vie, la trouve vulgaire. Tronches de cabinets, y en a des à qui j’ai envoyé un tiré à compte d’auteur qui l’ont bazardé sans le lire à la bouquinerie du coin pour encore s’en faire cinq écus. Vivent deux fois sur mon compte !

Je suis marié à Louise !

Mais je suppose que ça vous emmerde si je raconte ce que j’imagine encore, la vérité sans doute une grognasse qu’on a poussé dans mes plumes, comment ne pas tenter de l’engrosser pour qu’elle se recueille au gynécée, c’est vrai ça, le Joseph, l’allait me laisser y pénétrer, pénétrer tout un harem dis donc, s’est ravisé le bougre. Et vous ?

Vous, ça vous intéresse la manière dont je suis, mes petites allégresses, mes éjaculations, le tour de taille de celle qui ce soir est dans l’alcôve, bande de feignasses, vous lisiez pendant que je baisais, écrivez donc, maintenant pendant que je rempile. Le bonheur c’est chacun qui décide comment qu’il faut qu’il soit. Je ne vous ai rien demandé, alors, m’emmerdez pas ! Je vous raconte, c’est tout. Votre morale, je me la tape, d’après Joseph, faire le moraliste ça m’a rien valu que des emmerdes avec des qui connaissent des celles qui peuvent en placer une au dernier conseil provincial.  Faudrait qu’je mômise tandis que Céline agonise peut-être ou alors elle s’extasie, elle percute, elle orgasme et je vais déclarer la guerre à ceux que ça fait rigoler.

Je suis marié à Louise.

Catherine de Médicis, c’est la mère, celle de Clèves est duchesse de Guise, les forts en thèmes vont même s’y perdre, et Henri de lorraine, duc de Guise n’est pas Henri Troyes.

Votre majesté vient tard avait dit le marabout à Cathy, la rue de Grenelle est dangereuse, les Soviets, la Dgse,  ... Chacun sait que Cathy ne venait pas du Louvre mais de l’hôtel de Soissons qui communique avec la retraite de ce pope par ce passage secret dans lequel Henri, fantôme nocturne familier lui-aussi hantait l’âme des pucelles. Cathy voulait seulement se faire tirer les cartes, chatouiller la gorge et savoir l’avenir, toutes les femmes aiment cela.

 

Vous pensez n’importe quoi, moi je vous dis que je n'en ai rien à foutre. Je ne vous ai jamais causé que je n'aimais pas être heureux ou que j'voulais crever... Au contraire ! Allah et les autres soient loués ! Bien trop content d'être de retour pour vous emmerder que de vouloir crever. Votre problème, je le vois bien, c'est clair. C'est limpide comme vos droidelomistes...C'est que vous êtes incapables d'accepter que ma langue, mon style, décrive votre réalité et c'est pour ça que vous avez voulu que je me traînaille d’un pianiste de Varsovie à une cinglée de Lorraine, qu'elle est en bois, ma langue, qu’elle vous crache votre quotidien merdique en pleine troche, ça vous boulise, détraque, choupiotte, vous devenez sans espoir : la langue d’Henri, vous le savez d’instinct, elle vous raconte la vérité du temps qui passe et vous n’osez y croire, tout ça s’est passé, tout ça s’est donc passé, cela vous arrangeait bien mes petites pertes blanches, hein  ?

 

 

19

Ça y est, vous déprimez, riez bonne gens, je vous fous en rogne, ça désarçonne, regarde dans ton lit bourgeois, quand tu boulonnes, j’y suis avec ta femme, et celles que je ne visite pas le savent, maintenant on ne peut plus rien pour elles, elles sont moches !

Je suis l’époux de Louise.

Les poux, bijoux, cailloux, ça se tient, je l’ai baisée sous X et les reporters de Voilà et de Gala étaient là, j’ai marchandé les clichés, j’ai même gardé le plus beau, je ne vous le montrerai pas et j’ai couru derrière la sténo Némo, avec ses besicles, je l’ai culbutée, cul par-dessus tête pour récupérer le négatif qu’elle allait aller vendre au marché noir entre deux posters de Zidane et une photo de Catherine Zêta Jones défoncée en gros plan.

 

Allez, réagissez nasillards, escoufflaires, pulmoneux, crachoteux, vous êtes face à la machine du bonheur, on vous engueule, vous exitez, vous deletez, comment, je ne suis pas le roi, comment il ne rampe pas à mes pieds de reine de l’Atlandide, hop ! corbeille !

Ça rebute l’Henri qui se souvient ?

Vous aviez cru quoi, un anar de salon, un trombinard à lunettes, un freluquet d’appart, un politicien écoloégalitairement gauchiste, un loquedu de la Paix verte, un marchand d’été qui sera plus caniculaire comme ça je vous soutire encore un peu d’impôts pour ma maison de campagne avec airco, crachez votre haine incorrecte, cessez de danser au son des cours d’Arlon et d’Aix en Provence, foutez le doigt dans l’œil d’un borgne avant qu’il vous ferme les vôtres, la haine ?

 

20

Mais non, bande de Romains, ‘s sont fous ces Romains, c’est pas moi la haine, ce sont ces gens-là, ces gens-là ! Ordures salopiaux pourris teutons on ne connaît que ça, enculeurs d’incarcérés (ça fait mode) quoi de neuf depuis Lascaux ? et même d’avant, a-t-on examiné l’adéhenne de Lucy, la violée d’il y a quelques millions d’années, une ancêtre, mais on viole tout maintenant, ce qui tombe sous la main, on se dépêche avant que les religieux n’occultent tout....

Vous voulez la joie de vivre, vous vous accrochez au moindre espoir, pas même capables de soulever un voile ! Relax max, la machine bonheur est devant toi, personne te bourre le mou, t’es sur ta chaise, il n’y a même pas le son, Henri c’est un ringard !

Ouais, il fait comme toi, il se branche sur la toile, la bouée, le sauvetage, l’électron libre est arrivé, mesquinerie de joie de vivre, un camion passe dans la rue, une pute est assassinée dans le parc, un politicien pique le portefeuille à un citoyen, tout est normal bonnes gens, tout va bien, la garde veille mais au rond-point.

Je suis l’homme de Louise.

Est-ce à dire que Louise est ma femme ?

Je serais son prince charmant.

Paf ! Je n’oserais me faire tirer le portrait à défaut d’autre chose, les peintres de nos jours n’ont plus ces rêves de jouvencelles, ils vous démontent secs, vous cassent les roubignoles en cinq sets.

Le culte du souvenir, mon cul ! Je me souviens, Mesdames Messieurs de ce qui m’a plu, et je peux dire qu’il a beaucoup plu, surtout cet hiver. On n’a rien à en cirer de la pluie, des tristes sires, des altesses, de Cass Elliot ex "Mama's and Papa's" crevée de swing et bringue à Londres à la fête des trente et un ans de Mick Jagger. Elle avait 33 ans. "The good times are coming" était le titre de l'un de ces derniers disques, ça vous remonte le moral ça ?

Je me souviens en tous cas de la petite couillonne qui m’a bien eu ( je raconterai une autre fois pourquoi et comment, bande de voyeurs malsains !) qui a passé la nuit avec moi au lieu-dit 'La Petite Vacherie' 228 Avenue du 8 Mai 1945 Poitiers Vienne France 86000. Comment c’est-il possible se demande la concierge du 349, un si brave homme, et donc, il l’aurait, ils auraient, ils l’ont fait, à Vienne, ne sont-ce pas des terroristes, on ne sait jamais, je regardais en écran arrière rapetissé les niouzes, j’ai vu un enfant mourir dans un bidonville irakien, le satellite a tout de suite diffusé l’image, il était temps on allait, mon mari et moi changer d’idée sur la force ou la faiblesse américaine, à cause des pléhoffes.

Louise.

Elle s’appelle Louise. Comme d’autres sont Madame de Cosse Ou Marie.

 

La Mole, en expirant, a avoué que les figures de cire à la ressemblance du roi, que l'on a trouvées sur l'autel, percées d'un poignard à la place du coeur, avaient été fournies par vous et peut-être les mêmes juges qui l'ont condamné trouveraient-ils sous les cendres chaudes encore de son bûcher, assez de feu pour allumer celui de Ruggieri. Ne l'oubliez pas... Restez moi fidèle et, tant que le ciel laissera à Catherine de Médicis existence et pouvoir, ne craignez rien. Aidez-la donc à conserver l'un et l'autre, pérorait à cet instant Catherine devant Rugierri.

— Soyez rassurée, Madame la réunion des Ligueurs pour les timbres vacances et les marches parrainées est prévue, cela se passera ici et personne ne soupçonne votre haut patronage.

— Et vous avez compris aussi que l'écho de leurs paroles devait retentir dans mon cabinet, et non dans celui du roi ?

 

Vietnam Liban Somalie ouais mais black-out sur le Tsaidam, le Sinkiang, et ceux de... oh ! et puis, c’est loin tous  tout ça je tousse quinte floche carrousel bébé ai-je un bébé ?

Elle s’appelle Louise.

L’ai-je rencontrée

Louise de Lorraine.

Une sidérurgiste sans doute, employée des mines ou alors danseuse folklorique ?

21

 

 

Copine de la So qui écrivait : Je vais avoir 23 ans le 23 du mois prochain. Le gâteau est-il prévu, je n'en sais rien. Je m'en fous. Je me souviens...le passé, disparu...? Non, je ne crois pas. Figé dans nos mémoires, quelque part. Quand je cherche bien, je peux presque le toucher, mon passé. Mais t'as raison, ...rien y changer. Quoique...  Bisou, lieutenant.  Je vous garderai une part de gâteau, cas échéant....

Mémoire blocage disque dur bocage village Lorraine Louise Sophie Louise Louise

Je vous l’ai fait savoir, vous ne l’oublierez pas, Louise est mon épouse et Sophie aura vingt-trois ans au prochain vingt-trois.

 

Je citerai donc Montaigne :

"Il n'est guère fin de tailler son obligation à la raison d'un autre estre que le sien "

 

 

Ps. Après ça, si je n’ai pas une tranche de gâteau, c’est à désespérer de l’âme humaine.

 

 

Le feuilletoniste est confronté à des problèmes pratiques assez simples et cependant très différents de ceux qui utilisent généralement le langage écrit pour communiquer. Le feuilletoniste se doit d’être présent quotidiennement, il jette son texte dans l’arène, le plus souvent sans l’avoir lu, jamais relu. L’écriture jaillit au fur et à mesure que l’histoire s’ébauche. Quelques fois ainsi des personnages auraient dû mourir, d’autres sont à peine nés, des mots s’embrouillent, des idées se percutent douloureusement.

 

GEORGES, rappelons-nous est le domestique de Saint-Mégrin, Catherine est la mère, Ruggiéri la caresse sous sa chemise en lui contant qu’il est autant à l’écoute des bruits de cour que de ceux du zodiaque.On disserte en alcôve du caractère franc du Béarnais, du caractère irrésolu du duc d'Anjou. On parle encore de Jo et de Maugiron, Antraguet est-il aux barbaresques ?

Catherine s’affole des mains du mage, elle murmure :

Plus instruit, moins frivole surtout que Joyeuse et d'Épernon, Henri de Guise a pris sur l'esprit de Henri un ascendant qui m'effraye...Il en ferait un roi !

 

 

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La filiation est parfois pénible, se souvenir oui, mais de quoi ?.

La princesse Fausta et moi Henri, Chevalier de Pardaillan, commençons de longues aventures rageusement décrites par Michel Zevaco. Je ne vois pas ce que je pourrais dire de plus sans trahir quelques secrets d’alcôve surtout que l’on soupçonna un instant Fausta d’être une sorte de nazi Wonder Woman

Que je me vexe et me fâche en comprenant que je n’ai fait que contresigner des ordres principalement inspirés par Catherine n’est que naturel, normal, pourquoi ne serais-je pas normal ?  U n jouet ne serais-je qu’un jouet ?

Peu après Chicon, mon ex-ami et le comte Bussy d'Amboise ont, dit-on, ferraillé pour Margot, cela a été télévisé par Alexandre Dumas dont la probité ne peut être mise en doute. Et quand le brave Bussy décède inopinément alors qu’il avançait ses petites affaires chez Diane de Meridor, dame de Monsoreau, tout a été redit. Ce fut également raconté par cet Alexandre Dumas – qui, il faut bien le dire avait une plume plus alerte que mon auteur, c’était un autre temps, que ferait-il aujourd’hui face à la dextérité clavière xianesque qui prétend que l’on a que le bien que l’on se fait avec les doigts, alors, pourquoi s’en priver ?

On a dit aussi que Chicon aurait combattu aux côtés de Henry IV dans l’affaire des Quarante-Cinq. (Aurait rapporté le toujours prolixe Dumas)

On me retrouve ensuite près de Spolete, fort mêlé à l’affaire familiale des Vitelli, Monteleone, Paul Féval en a raconté l’essence tandis que Dumas, encore lui s’est très bien arrangé pour avoir la primeur des récits de mes amis Athos, Porthos et Aramis. Je garde secrète ma nuit avec Milady et le Cardinal de Richelieu. En Italie, j’ai constaté les dégâts occasionnés par le retour d’Andrea Vitelli (Bel Demonio), chef de la conspiration des frères de Mercy.

On me reproche du manque de caractère puis trop de caractères, on ne sait pas ce que l’on veut, moi, je sais.

 

BUSSY-LECLERC, procureur; LA CHAPELLE-MARTEAU, maître des comptes; CRUCE DU HALDE RUGGIERI les noms sonnent.

Et le duc de Guise ? Henri Henri TROYES... Trois, Catherine a dit : il faut qu'on puisse dire un jour :  Henri III araignée sous Catherine tarentule mygale Spiderwoman... Jeanne d’Albret va préparer quelques sorts dont elle connaît recette.

Le jeune Saint-Mégrin est amoureux de la duchesse de Guise. Celle-ci en retour l’aime aussi sans se l’avouer, elle est esclave de sa réputation. Il ne faut qu'une occasion, une rencontre, un tête-à-tête, pour que l'intrigue se noue; mais des deux, le sot l’y laisse ! Il la repousse quand elle se donne, il s’échappe, s’évanouit, recule quand elle s’avance, elle dit : je t’invite au Quick, il raconte que trop de graisses nuisent au bœuf, il ne veut pas être seul avec elle, même pas en public, il ne veut plus, sa voilette se soulève-t-elle que son émoi se traduit en boursouflure dans son haut de chausse. Toute la cour le sait. On dit pourtant qu’ils se verront.

 

 

 

Comment ne pas me souvenir, tout me remonte au cœur en ces temps d’élections européennes municipales et élyséennes à venir dans un proche devenir. J’étais donc cet Henri, moteur d’un système copernicien où tous les courtisans tournent autour de l'astre royal, le président directeur général, le chef de parti éparpillant ses faveurs à ses loyaux féaux, distribuant à foison les promotions carotte qui font avancer les ânes tirant mon carrosse, candidats à des postes administratifs, politiques ou militaires, chercheurs d’emplois pour faux universitaires ou nobles de petite extraction (la " noblesse seconde " chère à J.-M. Constant et L. Bourquin), à qui la naissance ne réservait pas normalement de hautes responsabilités et à des vassaux lèche-bottes, lèche-culs.

      Vous donnez beaucoup trop, promettez plus, tenez moins répétait Joseph.

 

23

 

 

Donc, je suis né natif en 51, cela fixe un âge. À Fontainebleau, commune proche parisienne célèbre grâce aux Pieds nickelés à l’un desquels, il paraît, je ressemble. (Ribouldingue ou Filochard ?). Troisième de bonne famille ajoute-t-on dans le magazine Point de vue Images du Monde. Fils préféré de sa mère, il fut très couvé pendant sa jeunesse lis-je dans une biographie publiée par l’encyclopédia britannica, mais l’on sait ce qu’il faut penser des mangeurs de mouton à la menthe.

Duc d’Orléans et puis d’Anjou, directeur chez John Deere et chez Remy Panier,  confondu un moment avec Dès, chanteur pour homes, Chicon me rappelle que je suis un pourri gâté à qui on pardonnait toutes le bévues et pour en avoir fait, il semble que je les ai empilées ... Cela n’aurait pas empêché quelques beaux diplômes, peaux de chagrin si nécessaires pour ce fameux emploi que je n’ai jamais dû trouver, que je n’ai jamais cherché. Charles qui est mon aîné et bien en place m’a nommé lieutenant général. A seize ans tout de même, je ne cultive pas la scolarité de l’échec si prisée de nos jours.

Il semble que la préférence maternelle dont j’ai hérité irritait fort mon frère Charles, un jaloux ! dont cependant j’ai accepté le poste d’intendant général, boulot de quartier-maître harassant mais fort utile en ce qu’il donne une vision correcte et précise des états de finances.

Je me souviens de mieux en mieux, en particulier d’Elisabeth que l’on aurait voulu me voir épouser.

Nos langues fourmilières passaient d'un endroit à l'autre, comme on déguste un Cornetto Gelati ...

 

24

— Ainsi donc disserte Ruggieri, vous avez fait entrer Catherine de Clèves par la petite porte dérobée sans souci de savoir ce qu’il adviendrait si elle rencontrait de Guise ! Madame, n’êtes vous pas un peu légère ? ajouta le mage à la première dame de France.

— Et c'est justement de cet amour et de cette jalousie dont j'ai besoin... de Guise irait trop loin, si nous ne l'arrêtons pas. Donnons-lui de l'occupation...D'ailleurs, vous connaissez ma maxime :

             Il faut tout tenter et faire,

             Pour son ennemi défaire.

Ainsi donc, parlait-on dans une des chambres de ce palais tandis que dans une autre un conseiller de premier ordre donnait des leçons d’histoire à Henri, le documenatnt sur ces hommes qui utopiaient d’Europe. Il faut savoir disait le conseilleur qu’Henri Spaak, peut être considéré avant Hitler comme le père fondateur de la construction européenne, il aurait choisi un autre parti que cette racaille karcherisable socialiste qu’il aurait été mieux considéré.  Pendant la guerre qui occupa fortement les Teutons et Albion, il fut membre du gouvernement belge en exil à Londres, au sein duquel il plaida pour une alliance de l'Europe occidentale. Il initia l’union douanière dite Bénélux qui préfigurait, à une échelle réduite, la Communauté européenne en devenir, il fut le premier président de l'Assemblée générale des Nations Unies, puis ministre et chef du gouvernement belge . Plus tard, il occupa les fonctions de secrétaire général de l'Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et ensuite fut encore ministre des Affaires étrangères.On le retiendra comme ami de Winston Churchill, Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi, des hommes politiques idéalistes désireux de construire et préserver l'Europe.

 

Tout cela était fort instructif, je préférai cependant retourner à l’Elisabeth du moment quoique l’idée de relation maritale ...

J’ai mal supporté le choc et cela ma coupé la respiration, elle avait dit « Non » aussitôt les papouilles terminées. Je savais pourtant que comme moi, le oui était dans son cœur. En fait, ce n’avait été qu’un rêve bicéphale, et maintenant pour la dernière fois, j’allais passer des bras d’Elisabeth à ceux de Morphée, du songe à une réalité crue qui fait peur.  
Pas de nuit, plus de nuit, Elisabeth venait de sonner le réveil.

— Ne fais pas cette tête-là ! raisonna Elisabeth avec un sourire gêné.

— Excuse-moi, mais je pense qu'il y a de quoi ...

— Tu sais bien que ça ne serait pas possible.

— Sauf si nous le voulons tous les deux, Elisabeth !

J’ai allumé une cigarette et soufflé longuement, en ronds successifs, la fumée vers le ciel, comme un loup silencieux. La métaphore est osée mais après avoir cité Dumas ... !

— Tu n'as pas l'air de vouloir, en tout cas, poursuivis-je d'une voix grave et triste.

— Je ne sais pas, Henri, je ne sais vraiment pas.

Je n’avais pas trop envie de me marier et elle n’avait pas la volonté d’entendre parler de catholicisme dans son royaume d’Angleterre. De plus, je venais d’apprendre par Sébastien que le XV de France venait d’être écrasé par les Springbocks.

 

25

 

J’ai compris alors ce que ma mémoire cherchait à occulter depuis ces temps et ces temps, j’ai senti cette faiblesse physique et morale me prendre à bras le corps pour m’induire en erreur et me conduire sur les chemins horribles de cette sanglante journée de revendications absolues et inhumaines.

Dans ma tête malade, le film de la Saint Barthélemy s’est affiché sur grand écran.

 

Alors doncque...

J’ai fait nommer Caussens aux côtés de son ennemi juré, l’amiral Coligny et j’ai participé à son..., comment dire, sereinement, son éviction dans la nuit du 24 au 25. Bien entendu, je nie formellement ma participation à tous ces massacres mais Palumbo est sans cesse à renifler.

Oh ! Je ne vais jouer ni la fille de l’air ni trouver l’alibige, le Palumbo, je vais l’écraser dans sa 403. Rien m'enivre comme les forts désastres, je vais rebondir comme certains l’imaginent.

Ou autrement !

 

 

 

26 mais en réalité 28, que dis-je 29.

M’ont foutu un sacré coup sur la tronche !

 

 

Catherine de Clèves dort, endormie par cette liqueur que l’on tire des fèves arabes en y ajoutant quelques gouttes de narcotiques. La grande Catherine elle, conspire comme on respire.

 

 

Je relance la pinéale photosensible, les solutions ne vont pas tarder. Le complot existait, il a toujours existé, les hommes noirs m’entourent. Pourquoi me torturerais-je les méninges, on ne va pas m’en vouloir de cette piétaille écrabouillée, ces hurluberlus marchant là où roulent les automobiles, ces maillons faibles invoquant un dieu concurrent, ces ambulants de la prêche jutant leur ketchup sur les murs de la cité.

Pourquoi des murs demandait la poétesse, simplos ! Pour les graphiter du mercurochrome des clébards, des poussifs, des payepaslimpos.

Qu’avons-nous à faire des remarques et réactions à un mouvement d’humeur, ne peut-on se satisfaire de quelques incroyants rapatriés chez leur bon dieu. On me croyait mou, c’était oublier mon service chez les paras, d’ailleurs tout cela a remis les idées des autres en place et bientôt les miennes, on se cherche mes faveurs, on revient à un clientélisme socialiste sage, à quelques fratries utilitaires, on souhaite des promo, des nominations, des postes, des titres ! Qu’avons-nous, - et on observe que je retrouve ma gaîté, mon ambition, le nous populairement princier des altesses en poste en Belgique, sur le rocher monégasque voire au Danemark qui courtise l’australopithèque, (mais en ce royaume tout est pourri, c’est connu !) à faire des gueux qui fouillent les poubelles pour y trouver la trace obscure du polluant néfaste ? Il me plaît constater que l’on retrouve les bonnes habitudes, pas de boîtes à tartines sur les plages knokkéennes, ce n’est pas pour rien que je retrouve moi-même l’intimité des proches à ma botte, le goût du secret et l’exercice du pouvoir, l’argent, la puissance, la Ferrari. Cousin du président de la République Raymond Poincaré, mon cousin Henri était mathématicien et physicien français dont on a dit qu'il était le dernier savant universel susceptible de connaître la totalité des mathématiques de son temps.

 

Il fut le premier à constater le comportement chaotique de certaines fonctions et à proposer une manière de visualiser ce comportement. Il aurait pu m’aider.

 

Retrouver mes origines nécessitait bien sûr des procédés prosopographiques, pourquoi n’en pas user ? Il a fallu relever des jupes, chatouiller les ducs de Joyeuse et d'Epernon, emporter l'adhésion du lecteur, notamment en forçant son refus de s'interroger sur ma sexualité, pour ne voir dans les accusations portées à l'encontre de celle-ci que la traduction d'une conception religieuse permanente du pouvoir pour qui tout suspect de connivence avec les hérétiques est forcément déviant. J’ai baisé des lesbiennes et cela dérange. J’ai failli renverser Brigard, boutiquier.

 

30

Aïda brune vivait dans la semoule et le hareng, servait peut-être de la Smirnoff et des Pilsen entre les plaisanteries crasses et les mains baladeuses. Elle était appréciée de cette clientèle qui ne voyait ici que trop de blondes. C'est ensuite que j'ai observé le curieux manège de certains officiers portant des insignes de haut grade. Je suis un peu déçu du cadre de vie de celle que je m’étais choisie comme maîtresse, bien qu’elle ne le sache pas encore, pour la durée de mon séjour à Cracovie. J’ai toujours eu beaucoup de difficultés à « être célibataire » durant les « missions » que j’ai exécuté pour Catherine.

J’ai pensé à Céline, à la princesse de Clèves, aussi. Je les aime bien.

Je les aime toutes.

 

 

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Pendant les six premiers mois de l'année 73, la France aurait connu une guerre de religion, une foire d’empoigne autour de La Rochelle, genre francofolies pour demeurés. Ce serait là que « des pouvoirs occultes » auraient décidé de m’éloigner et de m’envoyer comme président directeur de l’usine Renaud en Pologne. Je me demande si je peux raconter ça ?

 

 

Les lecteurs du Monde et ceux du Figaro demandent des nouvelles économiques et financières, ceux de L’Humanité disent qu’ils n’est rien passé, sans doute est-ce vrai, sans doute, ont-ils raison.

Et puis, on peut toujours parler du temps, le temps est indéfini et se pencher sur le temps c’est déjà raconter quelque chose puisque le temps n’est rien, il est près de nous tout le temps, éternité du temps et même du temps qu’il fait, on peut en faire un bêtisier pour Noël, il change tout le temps au point que certain pensent qu’il se réchauffe et que d’autres disent que le soleil perd des milliards de particules chaque année et que donc le temps se refroidit, quel temps !

Enfin, dans le temps donc, on mangeait son pain blanc et puis son pain dur, on travaillait tout le temps et d’autres décidaient pour vous, on m’envoya en Pologne qui était l’étranger aujourd’hui devenu quasi moi-même, encore une histoire dans le temps, j’ai donc quitté La Rochelle où j’avais mes quartiers et des amies jumelles à Rochefort qui avaient de belles jambes.

Sigismond-Auguste, s’était décidé à décéder et l’organisation des hommes noirs dont l’évêque de Valence faisait partie a convaincu ma mère que le chemin de mon avenir temporel passait par les plaines Vistuliennes. J’ai accepté sans que personne sache le petit marché que j’ai passé avec Charles concernant un solide d’actions hexagonales, des flats downs et des sitcoms au porteur que je rangeai dans ma cassette à côté des mille et une lettres d’amour que j’ai conservées, une par amante nocturne. Et surtout, une petite miniature de Marie de Clèves que même des olibrius comme l’ami K aurait embrassée. Ah Marie, Marie, entre les tours de Bruges et Gand, dans les fossés le long des canaux, au cinéma Métropole, dans un recoin de la rue Quellin, sur la plage du Prado et bien sûr dans les champs les prés enfin, sylvestres et citadins étaient ses goûts, pommes ses fesses et juteux son abricot.

 

 

1

Les voyages forment la jeunesse et je me suis donc attardé un peu le long de la Meuse et vers les pentes rhénanes avant de m’en aller en Kozaline, en Katovice, à Dantzig dont on sait quel malheur, quels malheurs, mon garçon, disait la tante bretonne  de Maurice.

Il faut dire à l’honneur des Polonais qu’ils me reçurent fastueusement à Cracovie où l’on se souviendra longtemps du barbecue géant, des desserts chantilly et du colin-maillard que nous jouâmes dans les jardins du château. Beaucoup de petites demoiselles qui en étaient à leur premier bal découvrir des jeux de mains à la française qu’elles ne soupçonnaient pas, on est plutôt prude au pays de Jean-Paul.

Je n’ai pas fait que des bêtises, il paraît même que j’ai pu arranger des détails techniques qui tracassait Yvan, un irascible voisin et rejeté dans l’ombre carpathe un archiduc autrichien à petite moustache étroite.

En culbutant les Polonaises au rythme de Chopin, je pensais tout de même à ma princesse de Condé, Marie... Jaques, t’en souviens-tu encore ?

Zonder liefde warme liefde
Waait de wind de stomme wind
Zonder liefde warme liefde
Weent de zee de grijze zee
Zonder liefde warme liefde
Lijdt het licht het donk're licht
En schuurt het zand over mijn land
Mijn platte land mijn Vlaanderland ...

 

6 juin, a-t-on débarqué ?

  Est-on réellement le 7 ? Des jours ont passé dont on ne sait au juste s’ils étaient fériés, quels saints peut-on encore honorer ?

Faut être moderne, Monsieur, m’a dit Joseph. Ce matin, je modernite à fond, café lyophilisé microndé, aspartame, nuage de poudre allégée. J’avale doucement. C’est bon, pateux, chaud, rassurant.

 « Vous êtes capables de foutre en l’air une relation stable et enrichissante juste pour une partie de jambe en l’air… », je réfléchis à ce que disait Louisee un soir.

C’est chiant de réfléchir.

Elle est pas mal Louise, en y pensant, mais si je dois réfléchir, où je me colle moi ?

 

 

Elle est jolie. Je crois que je l’aime vraiment.

Je pense à Arthur, page de madame la duchesse de Guise et à ce mage de Ruggieri, la cour de madame mère me manque-t-elle ?

On dit que ce mage est en commerce avec Satan... a-t-il comme on l’a dit prédit l’avenir de Nogaret de la Valette, baron d'Epernon ? Sait-il que l’amitié des grands surtout des princes et des reines, est inconstante ! Elle est belle, la princesse Christine !  Heureux sera celui qui la possèdera ! Et la destinée d’ Anne d'Arques, vicomte de Joyeuse, en sait-il les lignes, les chemins, le point final ?

Savoie Lorraine et Clèves, maisons d’avenir ?

Les fastueuses cérémonies passées, je m’ennuie un peu ici. Il est vrai que je n’ai pas grand chose à faire, je dois partager le pouvoir avec des directeurs locaux qui exercent quasiment seuls l’exécutif et le législatif. Ils discutent en latin qui est la langue véhiculaire « à l’abri de la corruption communiste ».

Je me console de mon inactivité intellectuelle en pensant à Marie et puis aussi à Louise, fatalement, elle qui est la dernière à m’avoir dit « m’aimes-tu ? » en français, ici les phrases sont trébuchantes, les gestes plus directs, encore que Louise, et Marie, je les ai arrondies.

 

8 juin.

Va t’en savoir si je retrouve ma mémoire, mon chemin, ma vie, .... et si j’allais à la rencontre de Henri Godts, tu crois ?

Livres anciens et modernes
Cartographie ancienne : atlas et globes
Dessins et estampes anciens ou modernes, Imagerie populaire
Autographes & Manuscrits
Livres en belles reliures, bonnes provenances et condition
Tous les domaines du savoir

 

Louise serait née en trente-quatre, elle aurait voyagé sous le passeport de Tania Mintjens, on dit que cette industrielle est un agent de renseignement français, elle serait aussi le sosie d’une actrice américaine.

Mais alors, c’est quoi cette inscription : Henri Godts Centrale verwarming Fabricage Groothandel Handel ?

 

 

10

Trente-quatre fut une année averseuse, ce fut celle de l’affaire Stavisky, c’est aussi celle qui vit sortir le livre d’Agatha Christie : Le crime de l’Orient Express, Jean Bommart publie « Le poisson chinois ». Et le 21 octobre voit la sortie du premier journal de Mickey. C’est l’année de naissance de Wilson qui deviendra commissaire police et de Brigitte Bardot le 28 septembre. Au cinéma, sur l’écran noir des salles de centres villes on projette « l’Atlante » de Vigo. Je me demande si c’est moi Henri qui joue devant le Tout-Paris au Jimmy's Bar. Django Reinhardt, lui-même, m’ a engagé alors comme accompagnateur. Attends, je me souviens, je suis né à Cayenne, chef-lieu de la Guyane française, le 18 juillet. Mon père, Clovis, d'origine espagnole, et ma mère, Antonine Paterne, fille d'une indienne caraïbe, sont tous deux natifs de la Guadeloupe, on m’appelle simplet, non, Henri, Henri Gabriel, on me dit que j’ai une sœur et un frère. Ben oui, je le sais bien. Mais Cayenne ? cela ne doit pas être juste, à qui demander ?

À Saint-Paul, aide de camp du duc de Guise, à Saint-Megrin ? Et le petit Brigard ?... Bussy Leclerc ?

11

Baudouin de Roosdael épouse Wanda Rozinska, polonaise, fille du comte Rozinski actionnaire de nombreuses aciéries de Silésie tué dans un accident d'avion en 25; Nathalie Devrenis épouse l'ex-amant de sa mère, le prince russe Devrenis qui a 70ans.

 

L’adjonction de la couleur, dans les Autochromes de Jacques-Henri Lartigues propose une augmentation du degré de similitude représentation-référent.

 

Tu cumules les deux infos et tu deviens le roi des médias me dit Joseph moins déférent qu’à l’habitude.

 

 

 

 

 

 

14.

Rien de rien à foutre, c’est donc très justement que je me suis un peu revêtu, bobiché, gâtiné, pourquoi me serais-je refusé chasses, yachts, perdrix biches et castels, excursion au lac Balaton, parcours musicaux et concours élisabéthains. Je suis dans les wagons vides d’un train en marche, surpeuplé, hindou sans doute, zen. Ce château de Wawel me sort par tous les pores, je fous le camp !

De tout ce qui précède, il découle que sous Henri IV l’outre-mer en tant que tel n’apparaît pas ... et la mer ? Henri Mer ? ça le fait Henri Mer, Mère Henri , sont-ce des Monfreid ou des Quéfellec ? Vous les connaissez, vous, ces gusses-là ? Justes bon a être transportés en chaise à porteurs, comme Joyeuse, sans doute !

 

16

Tiens, on me rapporte un drôle micmac avec une théorie de mon ami Poincarré qui pourtant n’est pas rond. C’est le jacquard qui rapporte cela. Il dit que voilà une chose extraordinaire que nous apporte le XXe siècle, un des plus beaux théorèmes du XXe siècle. Je n’ai jamais rencontré un étudiant qui ait entendu parler de ce fameux théorème d’Henri Poincarré, qui démontre que même le déterminisme implique l’imprévisibilité. Voilà quelque chose de formidable, une idée toute simple d’Henri Poincarré, un vieux problème ! Voilà la Terre, voilà le Soleil; que va faire la Terre ? Elle va tourner autour du Soleil. Et avec des calculs pas tellement compliqués, en connaissant la position de la Terre aujourd’hui, je peux vous dire sa position demain, après demain et jusqu’à la fin des temps. Henri Poincarré se pose la question : « Oui, mais que se passe-t-il si, en plus de la Terre et du Soleil, je tiens compte de la Lune ? Cela me fait trois déterminismes au lieu d’un. » Et qu’est-ce qu’il constate ? Qu’il n’y a pas de solution au problème. Non parce qu’on est incapable de la trouver, mais parce qu’on ne la trouvera jamais ! Il a démontré qu’il n’y avait pas de solution et qu’il est définitivement impossible de savoir où sera la Terre simplement en tenant compte de la Lune dans 100 ou 200 millions d’années. Autrement dit, voilà un concept nouveau au XXe siècle : le déterminisme n’implique pas la prévisibilité et, par conséquent, j’ai bien le droit de parler de liberté. Voila un apport humain. J’ai le droit de parler de liberté, et les scientifiques me disent qu’effectivement ce n’est pas contraire à la lucidité, ni même à la vision d’un monde théoriquement déterminé.

 

Après ça, j’ai bu un long drink, tu penses ! Le pire, on ne sait jamais combien d’air à son nom !

 

 

 

18 juin

J’envoie cette carte postale restée célèbre, à ma mère, une vue de la campagne polonaise où court un loup poursuivi par une petite fille habillée de rouge : J’ai deux amours, mon pays et Vous. Un dix-huit juin, l’appel de la forêt ne pouvait mieux tomber, c’est un jour resté dans les annales. Ce dix-huit est un perpétuel commencement et c’est connu, le plus difficile est le commencement, décider de commencer ; à défaut de départ, tout reste dans l’ombre. Se lancer dans l’aventure, s’embarquer sur le Sirius, amorcer la pompe à mots, même intérimaire, il faut commencer, dégager le fil, culbuter Ariane, lui faire avouer que le Minotaure est un fantasme, traquer l’histoire, ouvrir commerce avec le lecteur, voir se tétaniser les tétons de la lectrice, parents, passés, ancêtres, souvenirs, vieuseries, antiquités ne sont rien sans un commencement, une origine. Que serait le néant sans naissance ?

Quelle folle journée, de l’aube de Troyes où je m’exerce sur le parcours santé indispensable complément des aires engazonnées et arborées ainsi que l'aire de jeux qui composent le parc Henri Terré à l’heure de pointe à l’entrée de Londres d’où ce message doit partir pour les amis emboués dans le Brabant Wallon, entre Belle Alliance et Hougoumont.

C’est trop tard pour les frites chez Eugène, c’est fermé chez la Montalant, je passerai la montagne cette nuit. Non e puer canter uno chato de Prouvènço. !

Dins lis amour de sa jouvènço, Valois d’Anjou, cosai d’Oïl heh dji n’ va nin non pu t’jaser autremin qu’m’mâm m’a esbigné, qu’est ce qu’eye raconte nu cette djône feièe-là qu’est boune à qui’t fie rin d’ôt que fé des p’tits miquets, do belche dis-t-elle, qu’est-ce à veure, ça, châle on cause nin ainsi donc, mais no povons y es fier d’y es wallon c’est nin po ça qu’on n’apprécie nin les poétisations do Jacques.

Mes amis ne me laissez pas

Ce soir je repars au combat

Maudite Mathilde puisque te v'là

 

Je vais passer quelques jours à Venise.

 

 

19

Il faut dix minutes pour traverser la lagune et atteindre la plus laide et la plus connue des cent seize îles qui forment Venise. Au Lido, al mare, on respire le fric, le fric imbécile, celui des vrais faux riches et celui des faux vrais riches. Mais elle avait envie de se baigner et à Venise, on ne peut se baigner qu’au Lido. Après l’avoir cinglée toute nue de ma grosse queue, j’ai dit à ma mie, Cara mia, l’Italie c’est ça, Cara mia, prenons une fois de plus le petit bateau et allons-y.

Je pourrais ainsi raconter mille feuilles à Venise, où certains, les regards pleins de désir, ont rencontré la mort, mais l’étroite vingtaine de pages restant à ce récit empêche de s’égarer. Les érudits se disent, cet Henri ! simplet, il gagne les Alpes traversant Ferrare, Mantoue et Milan.

Il est facile de croire tout savoir, rien ne me plaît comme de surprendre, déjouer les prévisions, parcourir avec Carryl Chessmann le fameux couloir, rompre le pain avec des demi-dieux, coucher dans le lit des femmes fidèles, vais-je m’attarder sur la terre de mes ancêtres, avons-nous été rois de Rome ?

Don Camillio et Peponne, César et Antoine, tu quoque filli mi,...je guerroie et je baise, et quand Joseph ne me loue pas, quand Chicon ne me vante pas, je me mire dans l’eau des yeux de la sœur de José-Maria qui fut aussi la maîtresse de Pierre, je pelote avidement la petite Song qui me raconte les secrets de Sun Ya Tsen, je fuis Venise au bras de Bianca Capello, je ne mangerai pas le gâteau.

 

 

 

21

Ma vie est une aventure, mon aventure est un roman, mon roman est dans l’histoire, Turin, l’autoroute, le tunnel, je déboule sur la façade ouest des grandes Alpes : Chambéry entrée triomphale !  Je m’installe à l’hôtel de ville qui est près de la place du huit mai 45, cela me semble de bon augure.

L’hôtelier a d’abord cru que j’étais un ami d’Henri Cohen, le copain de Darwin, puis il m’a confondu avec Henri Anrys qui aurait été l’amant d’une jeune fille à la Vallouise aux Écrins. Une conne. Il a fallu que je lui répète que j’étais Henri Troyes, non je n’ai pas réservé mais je prends tout et si vous n’êtes pas content vous êtes rasé.

Le téléphone arabe fonctionne bien et j’ai des nouvelles de l’astrologue auquel croit la reine mère.

J’ai bien envie de me précipiter chez lui, que lui dire, que je l’aime, pas lui, elle, et que je ne sais comment lui dire ? Qu’elle m’affole et qu’elle est tant soi peu monstresse d’ignorer mon amour.

 

A l’instant, Saint Mégrin pose la même question à ce Ruggieri, sur France trois, on dit qu’il va remplacer Ménie Grégoire définitivement.

— Un seul mot... M'aime-t-elle ?... Vous vous taisez, malédiction !... Oh! Faites ...faites qu'elle m'aime !  On dit que votre art a des ressources inconnues et certaines, des breuvages, des philtres ! Engagez-vous à me faire aimer d'elle ! Ventre saint-gris !  Elle me fuit, elle copule d’immeuble en immeuble ! Sauf avec moi ! Jamais je ne suis parvenu à me trouver seul avec elle.

Le gourou alors montre le fameux miroir aux alouettes à Saint Mégrin en lui posant la question à mille francs : Quelle est la personne que tu désires y voir ?

La magie est complète, moi-même, je crois voir l’imbécile Alexandre apercevant la duchesse de Guise endormie. Croit-il qu’il pourrait y poser les mains ? Il s’extase, il manque s’évanouir comme une demoiselle, c’est elle c’est elle Ah ! elle est là... mais tout ceci disparaît, c'est un rêve, une illusion... Le mage veut gagner plus, comme un footballeur international, il insiste : « Tu l’as donc vue, elle est donc là, endormie disais-tu, bon sang ne peut mentir, donne-moi encore un peu d’or, rends-moi riche et je t’assure qu’en son sommeil, je vais te conduire. Mieux, la transporter ».

 

Question transport, j’aurais bien eu besoin d’un véhicule pour aller les surprendre.

Tandis que cet Alexandre que l’on dit veuf déjà s’imagine au pied de son lit, la regardant froidement dormir, puis tentant de s’immiscer dans sa couche, espère que la gueuse lui dise : « Moi aussi, je vous aimais, et je vous le cachais... — Pourquoi donc ?...Il me semble pourtant qu'il y a bien du bonheur à le dire !... », j’aurai une petite passade savoyarde pour me consoler de la disparition de Marie, morte en couches, pourquoi ai-je pensé à Maria Callas encourageant ses étudiants à suivre leur propre chemin, sans feux d'artifice, sans effet gratuit, en écoutant leurs sentiments, quels qu'ils soient. Et déjà mon frère François d’Alençon et notre cousin Henri de Navarre sont à la frontière française qui n’est qu’à quelques lieues. Tout de suite, ils veulent que je fasse une déclaration. M’inspirant alors d’un courageux politicien au menton triple et mou qui demandait aux gens de se taire, je déclarerai dans le micro de France Inter "le retour de mes sujets dans leur obéissance".

Et toc !

 

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Oh! Redis-le donc encore!...redis-le, car il y a bien du bonheur à l'entendre !...

La fille dans la baignoire répondit qu’elle avait un motif à le cacher

Ah!... ce n'était pas vous que je devais aimer. Aurais-je dit que je vous aimais ?...Malheureuse que je suis !...mon amour s'est réveillé avant ma raison.

 

Le paysage politique se découpe en trois pôles. Ceux qui sont surnommés "les politiques", issus surtout d’échappés universitaires de milieux petit bourgeois et ouvriers ou ex-ouvriers où se sont répandu des soi-disant mouvements humanistes, soutenant la thèse d'un pouvoir centralisé et puissant.

Le deuxième pôle est représenté par la grande finance qui est opposée à cet absolutisme d’état s’il n’est pas à son unique profit et qui défend la thèse du pouvoir partagé entre the King, souvent Kong, les ceusses qui roulent en BMW et les fonctionnaires européens. Ses partisans sont surnommés les "malcontents perpétuels". Parmi eux il y a Henri de Condé, Henri de Montmorency et Henri de Navarre et autres Simonette.  Enfin sont représentés ceux qui, reprenant d'anciennes thèses, reconnaissent la prééminence des états généraux, un parlement actif et de l’écoute de la voix populaire sincère. Ils sont divisés en une multitude de partis les plus idiots les uns que les autres, des défenseurs des canards de barbarie, des rassembleurs sous bannières noires et chemises brunes, des amis du Puy du Fou, quelques évadés de goulags lointains, des imams défroqués, un collectifs de péripatéticiennes qui veulent faire ce qu’elles veulent de leur corps et des mangeurs de tarte àl d’jotte.

 

 

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Quittant Chambéry malgré bison futé qui annonçait des bouchons, je vais à Paris où logent ma mère, ma sœur et une bonne amie  dont je tiens l’adresse secrète, près du Marais. Arrivé, j’annonce à ma mère mon intention d'épouser Louise de Lorraine.

On fit donc une grande fête pour mon intronisation aux chevaliers de taste-vin et une autre pour mon mariage qui eut lieu deux jours plus tard, plus intimement. C’est un mariage sans amour, mon coeur est resté auprès d’une insaisissable Céline qui devait, mais je ne le sais pas encore, jouer un rôle dans le futur. C’est vrai qu’il y a des choses qui restent étonnantes, tout le monde n’est pas allé en Chine avec Marco ou au Yucatan avec Maximillien, tout le monde n’a pas connu les geôles de Bassorah où celles des Beaumettes qui sont moins lointaines pourtant, tout le monde n’a pas calculé intégralement la dernière éclipse qui sauva Tintin des mains de l’Inca ou versé dans le dalaïsme lama qui crache quand on le frappe, mais tout le monde a un futur dont il en sait autant que les savants et leurs ordinateurs : rien.

 

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J’ai donc épousé Louise pour qu’elle me fasse un petit qui sera pharmacien comme son papa ne l’était pas, qui alignera les zéros pour en faire des tunnels pour Charlot, des auréoles de saint charterisant, des aréoles de filles que l’on dessine sur le dessous du manteau, des balances de Roberval, des nullivalences diplômées, des fils neutres pour courant bioélectrique, des pseudonymes précédés d’un a privatif, des bibus, des gnognotes, des foutaises, des zéros absolus qu’on ne sait même pas ce que c’est, le contraire de zefiro.

Mais les choses de la vie sont souvent perturbées, ce n’est pas l’ami Piccoli qui dirait le contraire après cinq tonneaux  mal partis dans une campagne tranquille. Il y a la crise, religieuse, économique, industrielle, Big brother et les sans-papier que c’en est malheureux dans une société où il en faut absolument pour s’essuyer le cul.

 

 

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Il faut donc que je m’habitue un peu à situer mes conseilleurs, mes familiers, ceux qui vont décider de la vie et de celle d’une bande de mandaïs qui achètent nos actions et travaillent dans nos usines. L’emploi leur jette-t-on à la figure, il n’y a que cela de vrai ! Il y a quelques temps on fêtait encore le souvenir et la gloire de certains, même qu’il y en a qui ont publié des photos des travailleurs actifs de l’usine A. (je garde l’endroit secret, sinon, on risque de devoir délocaliser) Arbeit macht frei. Y que ça de vrai continue-t-on à seriner.

 

 

 

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Beaucoup autour de moi sont italiens, une grande famille, un parrain et des neveux, pêle-mêle D’Avignon et Cousin, Birague, Gondi de Retz, Adjacet, Zamet, Sardini et Strozzi. Mon bon Joseph de Nevers et mon ami Chicon, le chancelier Cheverny, et Matignon ainsi que les Villeroy, Brûlart, Pinart et Fizes de Sauve complètent l'entourage enfin, presque, puisqu’il y a aussi toutes les filles, les Maria, les servantes, les duchesses, les maîtresses d’école, j’ai encore pensé à Céline, à la princesse de Clèves que j’avais renversé, il y a eu des filles et des filles, il y en avait des marrantes, un corsage très serré avec les seins très découverts et comme une petite queue de lapin en peluche plantée au-dessus du sillon de leurs deux fesses. Je les aime bien, les filles.

Je les aime toutes. Marquises, vos yeux d’amour mourir me font et toutes les autres manières.

Surtout les sales manières.

Des sales manières à faire dans tous les recoins de la grande maison où j’habite désormais le plus souvent. La maison ! La maison du Roy. Lieu de l'instant, comme de la durée, de l'enracinement dans le construit comme de l'agi et du senti, la maison donne à voir d'emblée, à l'instar du langage, des langues et des messages, à la fois ce que les sociétés humaines ont en commun, et les innombrables manières qu'ont les individus et les groupes de se distinguer, de se hiérarchiser, d'exprimer leur identité comme, souvent, leurs modes de pensée les plus cachés. Pas d’illusion, je n’aurais jamais pensé comme cela si on ne me l’avait soufflé, les grandes péripatétiques sont en marche, elle seront précieuses et ridicule et je leur préférerai Josiane, vulgus, très belle, avec des cheveux blonds mi longs, des yeux verts, et des lèvres très sensuelles. Elle a un superbe bronzage intégral en des temps où s’enfariner est preuve de noblesse, intelligente, spirituelle, optimiste, indépendante d´esprit et pleine d´énergie, mieux encore , Josiane est plus féminine que jamais, elle est nymphomane et cochonne au lit. Elle aime le sexe et ne se retient pas pour exprimer ses besoins. Elle est toujours prête à jouir de toutes les manières.

 

 

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Beaucoup de gens m’en veulent, ils disent que c’est ma mère qui fait tout, qu’un homme ne doit pas porter de bijoux, on me reproche de me déguiser en femme quelques fois (c’est vrai que cela m’amuse et qu’avec Margot on fait des jam’s infernales !) Quant aux parfums que j’utilise, qui pourrait me les reprocher, même la grande Zoa m’a dit « Tu le vaux bien ! » attaques faciles de la part de détracteurs à court d’arguments et qui aimeraient me voir ailleurs.

A Saint-Tropez peut-être dont on dit qu’il s’agit d’un village de pécheurs, mon ami Matisse y a peint pendant l'été, avec Signac et Cross.

 

Évidemment, je comprends bien que certains Sarrasins ont été dépités, voire décapités lors de la grande party de la saint Barthélémy, mais, on sait bien qu’il y a toujours des empêcheurs de s’amuser en rond, des fêtes pareilles, je vous dis qu’on n’en verra plus beaucoup, même en Irlande ou Saint Patrick est du bon côté, il ne sera pas facile de trouver autant de figurants. Je vous raconterai cela un jour, une vraie super production comme seul Cecil B. de Mille savait les organiser.

 

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Pour éviter que les gens se mettent martel en tête et commencent à réclamer n’importe quoi, créer des syndicats de pelés et galeux, j’ai demandé au cousin Henri de rester auprès de moi, comme c’est un chaud lapin, je lui refile mes ex, je lui prête un peu ma sœur, il peut aller la nuit à la tour de Nesle, j’ai fait installer un home cinéma dans sa chambre avec écran géant et deux cents disques de Brigitte Lahaye qui se reconvertit fort bien comme expert consultant.

Autour de moi s’ébrouent Balzac d’Entragues, Saint-Mégrin qui se veut très collant, la duchesse de Guise qui joue les demoiselle effarouchées.

— O mon Dieu! mon Dieu! que m'arrive-t-il?...

 

 

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Je pense que je pouvais vous connaître libre, être aimé de vous, devenir votre seigneur et maître...Il me fait bien mal, ce de Guise; mais que mon bon ange me manque au jour du jugement si je ne le lui rends pas... s’est élancé le Saint Maigre d’Alexandre en un moment de volute philosophale...

 Des soucis ici, et là, des Maigre et des Réginelle effrayées, des Romanichelle ! Ah! Mesdames, on n'aime pas comme j'aime, pour ne pas être aimé.  Celui qui est le plus emmental, passez-moi l’expression, reste mon frère Hercule François, cela doit être son prénom qui le perturbe, le voici devenu chef des politiques dont j’ai parlé hier, ami de Joss et très imbriqué avec Elio. Une bande d’ambitieux qui visent le grand conseil européen, outil qui leur permettrait de dicter leurs lois.

 

 

Le remplacement des uns et des autres dans les conseils d’administration ne changea rien aux soucis financiers qui rongeaient ma mère et les pique-assiettes.

 Ils ne modifièrent en rien le comportement nymphomane de ma sœur et j’ai pensé me retirer dans un couvent. On me dit le plus grand bien des grands thermes de Pax humana que dirige une mère abbesse aux grandes qualités.

 

Fou ! Ce culot ! Bouffon celui qui l’écrit ! Encore un qui vise à m’abattre ! J’en parlerai à ma mère qui le dira à qui de droit, des bretteurs, des escrimeurs, des ferrailleurs, Max ! Ne vous en prenez qu'à la circonstance, Monile, si je ne profite pas de ce moment pour vous rendre tous les honneurs dont je vous crois digne...Cela viendra, je l'espère...

 

Joyeuse, dans l'antichambre s’écria : Vive Dieu!...nous sommes en sentinelle, et on ne passe pas...

D’aucun confondent, on me dit bourgeois, comment donc ? Ce manant remonte dit-il ! Pff ! Plaise à dieu qu’il se rende compte que je n’ai rien à voir avec Henri Bourgeois dont la famille cultive la vigne depuis 10 générations à Sancerre. Sauf à être de leur obligé.

 

C’est épouvantable et je viens seulement de m’en rendre compte, beaucoup de gens croient encore que Henri n’est pas mon vrai nom. Et moi qui essaie depuis tout ce temps de me faire un nom, pendant que les gens croient qu'il a été fait de toutes pièces...

Ce ne peut être un nom d'emprunt, car quand on en est à emprunter son nom, que vous reste-t-il comme crédit ?

Regardez, Bussy d’Amboise, il court, il bloque les portes.

 

Le balafré regarda le cruciverbiste et demanda combien se présentaient aux nouvelles municipales voire aux présidentielles.

Trois ou quatre cents candidats zélés voulant être élus ont signé la liste; cent cinquante politiques bien en place dans le fromage y ont apposé leur paraphe; une trentaine de huguenots ont refusé grimancièrement. Nous avons fait une croix rouge sur leur porte pour que le Hollandais volant et son ami Eliot les retrouve, décrochent leur arquebuse et se rappellent aux traditions de tontons flingueurs qui se perdent.

 

 

Pour me distraire un peu, je suis allé au cinoche, on jouait 37.2 ° le matin. On m’avait dit : tu verras, c’est étonnant, Béatrice Dalle montre ses poils de dessous de bras, je ne sais pas ce que mon interlocuteur a voulu dire, je n’y ai vu que la course d’un paumé un peu mon genre et une délurée au balcon. Je me demande si la petite Némo qui m’a servi de secrétaire se serait conduite comme ça, n’oubliez pas de passer lui dire un petit bonjour, surtout qu’aux prochaines vacances, c’est elle qui vous dira où je suis – si elle a encore tous ses esprits !. Je m’demande ? Margot pour sûr, c’est autre chose qu’elle lui aurait présenté, mais Margot présente toujours les choses autrement que les autres.

En fait, si je me suis rendu compte de l’erreur que peut susciter mon patronyme, c’est que semblant flotter dans une forêt ou un cimetière ou un champ de blé à cause des pilules pour la toux que je suis obligé d’ingérer (faculté obligatoire et mutualité libérale associées) je sens une énergie m'inonder de mille pensées et j’ai comme l’impression que mon cerveau va éclater.

 

 

La question fut plus brutale :

— C’est quoi ton blase ?

J'étais au bureau de police, et le sergent-chef hurlait à la fois dans le cornet du téléphone et dans le local d’accueil dont il faut reconnaître que les peintures étaient à refaire. Heureusement Villard m’a dédouané mais j’ai bien compris que rien ne serait simple, ce Palumbo restait à fouiner, respirer, traquer. La police serait-elle aux ordres de Montmorency ? J’entends une voix féminine dans l’écouteur mal posé sur l’oreille en chou-fleur du policier :

— Ce jeune homme m'appartient, et il a cru devoir attendre de moi-même.

Puis une autre, comme un glas déjà qui sonne :

—Plusieurs membres de la Sainte-Union se rassemblent cette nuit à l'hôtel de Guise ; les portes en resteront ouvertes jusqu'à une heure du matin ; vous pouvez, à l'aide d'un costume de ligueur, passer sans être aperçu... L'appartement de Madame de Guise est au deuxième étage...

— Que diraient mes amis et les vôtres, même, s’ils savaient que de Guise a meurtri un bras de femme avec un gantelet de chevalier ?

— de Guise en rendra raison à quiconque viendra la lui demander !

Etait-ce une invitation ?  Mais, ne dois-je pas me rendre en Avignon où la bonne saison commence ?  Et à Blois aussi ? j’aime beaucoup Blois et sa chocolaterie Poulain qui embaume la petite rue tortueuse qui descend vers le beau château, oui, je vais aller à Blois, la douceur du climat est autre que dans le Sud mais les vins sont de meilleures qualités et quelques péronnelles dont Chicon m’a vanté les caprices m’y attirent.

 

 

SAINT-LUC n’est évidemment pas un saint et ces Messieurs Bussy-Leclerc, La Chapelle-Marteau et Brigard, le présentateur gymnaste bien connu me donnent des boutons, tout autant que ce rouge vif devenu rose qui me parle de grève. Comment peut-on être gréviste ?

En attendant, on récolte les signatures pour les élections. On dit que parmi les signataires, on trouve des avocats, des procureurs. Il y a même des arrangements, on sait que les signataires peuvent se présenter, au coin de la rue Aubry-le-Boucher; ils y auront un rabais de trente deniers par livre sur tout ce qu'ils achèteront.

 

Et à bien y regarder, rien ici de loufoque ! Il ne se passera rien avant le mois d’août, certains marabouts qui vous livrent des prédictions d’entrailles chaudes de belles cailles rôties parlent de la date du 24 août comme d’une commémoration à ne pas oublier.

Mon biographe Xian se retire des turbulences durant un mois et ainsi donc, Théophraste qui imprime la gazette matinale n’aura rien à y placer durant ce temps. Les habitués des news trouveront chez de nombreux concurrents de fort jolies histoires qui les feront patienter.

La paix de Monsieur, Lady de Beaulieu, j’en ai marre !

Je vais faire une cure de sommeil un mois durant, tandis que Xian vadrouilleur pistera sur les routes de France et de Navarre la nostalgie du surhomme de même manière qu’il cherchera en de saines lectures la volonté de puissance d’un Nietzsche tout en culbutant quelques belles filles pour y trouver dans un optimisme délirant, foi en l’homme et en l’avenir d’icelui.

 

On dit que Henri Leconte, dit le gaucher va bientôt ouvrir une école de tennis chez les Maures. Je me demande s’il est intelligent de fréquenter ces gens-là et de leur apprendre comment devenir dominant. N’avons-nous pas déjà suffisamment de soucis avec notre propre cour des miracles ?

On dit que monsieur Marteau a tenté de rallier des ligueurs, que les maîtres de compte ont peur et que le président Thou n’a signé qu’avec restriction.

On dit qu’il existe des frictions, que l’Italie serait champignonne du monde, alors que les islamistes auraient pris le contrôle total de Mogadiscio, paradoxe de ce nouveau siècle qui abandonne toutes les lumières.

On murmure que le Hollandais volant et sa royale épouse irait mettre sous mes yeux « un état du royaume », vanitas et omnia vanitas, l’état, c’est moi dira un autre Valois plus tard, car il faut savoir que Henri Troyes est un diminutif, bien entendu mon patronyme complet comporte une mention noble attachée à de Valois, que je n’utilise pas volontiers, ce n’est pas toujours du meilleur effet ! Il faudra que je rappelle à tous ces cons fédérés qu’il n’y a pas loin du bassinet à la mèche.

On tente d’expliquer qu’à l’instar d’un certain Georges Sim, de Jean Bruce que l’on appelait Jean Alexandre, Jean Alexandre Brochet, Joyce Lindsay, Jean-Martin Rouan, il semble donc que Xian, pareil à ses personnages ne sache plus où donner de la tête,.

On a connu pire ou mieux, l’ami Kenny patron de Francis Coplan était civilement un Jean Libert ce qui est peu à côté de l’impressionnant carolo de Marcinelle : Peter Randa. Peter qui n’était qu'André Duquesne aura été tour à tour comédien, éditeur pornographe, joueur professionnel propriétaire d'un cabaret, voyageur de l’espace. La vie lui aura donné pendant quarante ans sinon le goût du risque, du moins celui d'une vie de bohème qu'il se targuera toujours d'avoir été un des derniers à connaître, ce qui est évidemment un rêve égoïste que Xian et d’autres comparses ont mis à mal. Tout de même, Peter, je veux dire André aura été Jules Hardouin foncièrement hostile au christianisme, mais aussi un Jean Jacques Alain, Urbain Farrel, Herbert Ghilen, Jim Hendrix, Henri Lern, André Ollivier, H.T. Perkins, F. M. Roucayrol, Diego Suarez, Jehan Van Rhyn, Percy Williams anti-conformiste cependant attaché à un certain nombre de valeurs, marginal jamais démobilisé.

Sentirait-on Xian le rejoindre sous le concept multiple historien farfelu ici, policier ailleurs, mais aussi, et habilement est-il dit, versé dans l’espionnage, l’aventure, l’anticipation, le fantastique, l’érotique...

Un futur Michel Lebrun en parlera-t’il comme d’un écrivaillon spontané ou Ezdanitof en aurait-il dit du bien entre deux manuels de physique nucléaire et un traité de cosmétologie zen.

A partir de ici et maintenant, on dit que les carnets de notes et autres blogs notes de Xian dévideront des chapitres entiers (sauf sur le carnet principal et ici ou la quotidienneté appelle la sobriété).

Il y a donc des décisions à prendre !

Henri pourrait-il décider à la place de son rapporteur ?

 

Margot qui avait de très beaux seins les montrait volontiers à Henri, duc de Guise, mais notre mère refusait de voir accéder aux plus hautes fonctions un va-nu-pieds. Elle proposa sa fille en mariage au fils de Philippe de Castille, Don Carlos, mais le mariage ne se fit pas. Comme on a pu le voir dans la petite lucarne magique, récemment, les Espagnols aiment choisir leurs princesses eux-mêmes ! De sérieuses négociations eurent alors lieu pour la marier ensuite à Dom Sebastian du Portugal mais furent abandonnées, les affaires de famille, quelle guigne ! Les seins de Margot sont superbes, d’accord je les ai pelotés, mais zut alors, conflicter pour ça !  Et voilà maintenant des quidams qui me demandent si je ne suis pas Henry Mandell ou Henry Mayo ou encore Henry Mcleod Robertson, qui sait, n’êtes-vous pas Henry Meyer me dit un autre rustre.

Parler des seins de Margot ! La question vaut-elle d’être posée, oui sans doute, car comme disait un pasteur noir : « Nos vies commencent à
décliner le jour où nous commençons à nous taire sur les sujets qui comptent
vraiment ».

 

 

Finalement, on arrangea les épousailles de Margot avec Henri de Bourbon qui se fit appeler plus tard de Navarre, fils de Jeanne d'Albret, une autre mignonne que j’ai tenue longtemps dans le collimateur. Jeanne s’opposait à ce mariage, mais plusieurs de ses courtisans y étaient favorables et comme toujours en haute finance et politique les desseins de dieu sont entendus par le diable : Jeanne d'Albret mourut avant que le mariage se fige.

 

 

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Margot épousa donc Henri selon des rites comico-syndicalistes, le marié demeura hors de l'église sur une estrade dressée sur le parvis durant la majeure partie de la cérémonie. Devant une foule immense, les mariés regardaient droit devant eux, sans jamais se tourner l'un vers l'autre. Lorsque le cardinal, ne sachant où fourrer son regard tant la robe Paco Cabanne était de peu de vêture, demanda à Margot si elle souhaitait prendre Henri pour époux, elle ne répondit pas. Mon frère posa alors sa main sur la tête de ma sœur qui était aussi la sienne, l'obligeant ainsi à accepter par un hochement de tête.

Henri, l’autre, conduisit ensuite sa femme à l’intérieur de la cathédrale. Comme il en a été décidé, il n’assista pas à la bénédiction et quitta les lieux. Moi Henri, je conduis alors ma soeur à l’autel. Quelques heures plus tard Henri, l’autre, revient chercher son épouse pour la conduire à l’hôtel.

Les 3 jours de fête qui vont suivre seront, je m’en souviens précisément, maintenant, furent une véritable provocation. Un spectacle est donné où Henri (l’autre) et les siens représentent des chevaliers vêtus à la turque tentant de forcer les portes du paradis qui sont repoussés par trois cavaliers célestes incarnés par mes frères et moi-même travestis en amazones.

 

La venue des quatre mille gentilshommes de la suite en armes d’Henri (l’autre) excite la hargne des Parisiens bons catholiques d’origine pure et garantie, aiguillonnés par les prêches haineux du clergé. Trois jours après la fin des noces, l’orage éclate sur Paris.

 

 

Lu et Graéin arrivés ici ... attention, voir le nombre de pages encore dispo ! !!!!

 

24 août 1572 Saint Barthélémy

À l’aube du 24, au signal du tocsin de Saint-Germain-l’Auxerrois, les assassins se répandent dans la ville et massacrent les irréligieux. Ils sont aussitôt suivis par la populace des pillards. Il y aura quelque trois mille morts. Le prince de Condé et le futur Henri grand paillard devant l’éternel n’échappent au massacre qu’au prix d’une conversion éclair, que prolonge une détention dorée à la cour, assez stricte.

Une douceur attentive et discrète dans le fond de l’écriture, lignes de lectrice douce qui n’imagine pas qu’un bain de sang est tout à fait normal pour régénérer la race. On s’amusa beaucoup, je coupai moi-même quelques jambes, je transperçai des chevaliers, des malandrins, un mien banquier qui le méritait bien et profitai de l’occasion pour renverser dans les ruelles quelques Gaby bien portantes ce qui me changeait des péronnelles attifées, des chef de service de Belgacome, des maigres danonesques, des vertes amies de Magda, des nullissimes candidates aux élections européennes à défaut d’être autrement branchées.

 

 

Tout cela va nous ramener à Barnabée, Céline, Eliane et autres demoiselles de Rochefort et d’ailleurs, retour aux sources murmurent les détracteurs de mon rapporteur, il ne sait plus où il va dit-on dans les chaumières.

Mathématiques logiques je vous hais, pense Mac en regardant la blonde pulpeuse et souriante qui était à elle seule toute la géométrie des courbes dans l’espace. Il la regarde comme un Américain regarde une fille, elle avec son carnet de chèques, son sexe fendu, ses seins d’amour, ses jambes de déesse, son arrière-train qui que quoi dont où, enfin je veux lui dire mais où est donc Ornicar ?

Il glisse légèrement vers elle et pose la main sur le fermoir horizontal qui barre la combinaison de latex au niveau des reins.

Voilà des thèmes qui n’ont rien à faire ici, ....demain verra-t-il une nouvelle aventure de Henri ? demain ? enfin, bientôt ? un roman à dix sous ? le Veuzit promis par ailleurs ? une chronique japonaise dans un roman à l’Ernie Clerck, une promesse roumaine de changement qui fait dire à Charles Lauter : Xian dit NON à l’aubergine pourrie !

Et Henri ?

 

Henri ?

 Demain...

T’es nog een dag (ce qui aurait pu être du Brel et me poser auprès de la pictureuse unilingue mais qui n’est que bassement Marolllien.)

 

 

N'ayant pas les moyens financiers de lutter, j’ai cherché la paix avec les banquiers et les actionnaires de référence, nous nous sommes réunis à Poitiers où nous avons signé un accord que personne ne respectera, c’est le but même de la signature d’un accord.

Pour une fois que je réside à mon domicile métropolitain, Joseph est resté en Anjou, Margot a son logement dans la tour de Nesle, Catherine est au Louvre, Charles guerroie tandis que la route poudroie et je trouve, devant la porte de l’immeuble, trois jeunes femmes, visiblement professionnelles de ce bon vieux métier sur lequel il faut sans cesse se remettre à l’ouvrage, qui font le pied de grue. Ce n’est pas le genre du quartier, il n’y a pas un taxi qui passe, pas un naïtechope ouvert, tout le monde à cette heure-ci est déjà au lit ou encore un peu effondré entre bière et pommes chips devant un écran de télévision illuminé.

Claquant la porte du carrosse, je voisualise trois blondeurs outrageuses et trois jupettes encore plus courtes que ma ceinture.

Quand j’arrive à la porte battante, une des trois m’interpelle à la manière dont un Arnaud de Chassipoulet a raconté l’affaire plus tard dans Signé Furax : « Vous êtes Alexandre ? »

Bizarre, vous avez dit bizarre, depuis mes pertes de mémoires, blanches nocturnes et polonaises, tout le monde m’appelle Henri, même ma propre mère.

 

— Ne jouons pas au plus fin, je pourrais vous dire que je ne connais qu’un Alexandre qui fut grand  M’enfin gastonnesque, oui, je suis celui-là, sans doute.

— Eh bien, mon gros lapin, tu ne me reconnais pas ?

Je la dévisage.

      Non, vraiment, je ne vois pas. Pourtant j’ai la mémoire des visages.

 

— Le visage, ce n’est pas ça qu’tu regardais, mon loulou. C’est ça...

Et là, elle remonte le bas de son vêtement d’un centimètre, ce qui le chiffonne tout entier. « Ah mais alors non là euh », bredouillai-je.

— Alors, t’as rien remarqué ?

— Que vous n’aviez pas de culotte ?  et dans l’instant, je lance mes réflexions tous azimuts, qui me joue un tour de pendard ? Henri (l’autre) joue au Monopoly et au Stratego de Saumur à Nérac, il emmiêle royalement les gens de Cahors, ce qui m’empêche de boire mon habituelle cuvée carte noire, j’enrage, mais il ne peut m’avoir dépêché de fausses duchesses.

— Et

— Et euh, non, à part ça, rien d’autre.

 

 

 

Certaines nagent, d’autres s’essoufflent, elle, elle remue, se tortille, la voici plus que nue emboudinée dans le tissu. Essoufflement, tisonnement, sudation, bouffée d’air, mains moites, arythmie cardiaque, halètement...

— Et le percing ! Fieu ! le piercing dans le clito, la touffe rasée, ça te dit rien ?  et elle se met à gueuler :

Céline ! Je suis Céline !

Je verrai demain dis-je en lui claquant la porte au nez alors qu’arrivaient mes amis Arthur, le page de la duchesse de Guise, mon Joseph et ce brave Chicon.

Ouf ! C’est la rentrée !! On y verra plus clair.

Avec ma nouvelle maîtresse, nous parlâmes de cet Henri foutant le bordel partout, jouant les lock-out à Sommières, les black-out à Lunel et faisant cesser le travail aux salins du Midi. Tout rentrera dans l’ordre lorsque je ferai comprendre aux petits porteurs que c’est moi qui détiens les parts de réserve de la banque de Verviers, n’en citons pas abusivement le nom, ces gens-là seraient débordés de demandes de crédit que l’on sait que j’accorde facilement aux mignons qui me plaisent.

Ne se souciant que de guerroyage et baisage, Henri mon mien beau-frère s’en alla vivre à Pau où le rejoignit ma sœur Margot, qui y resta pendant trois ans et demi, durant lesquels leur vie fit scandale. Ils avaient ouvertement tous les deux des amants, et se querellaient fréquemment.

 Il me reste peu de temps pour en parler et quelques mignons pour amener un peu de douceur dans toutes ces fébrilités brutales d’autant plus qu’on me rapporte que le duc de Guise se serait ainsi exprimé :

Oui... douze mille hommes, tant Suisses que reîtres, que Sa Majesté tient en sa bonne ville de Paris...

Chacun d'eux porte une arquebuse ornée d'une belle et bonne mèche, sans compter les fauconneaux de la Bastille...Fiez-vous-en à moi pour marquer le jour; quand il sera venu...

Il ne parlait pas de Henri le tennisman si je ne m’abuse !

 

La bonne idée est d’être bien avec tout un chacun, politiquement correct et fort civil avec les dames, les cardinaux et les procureurs (lesquels aujourd’hui sont souvent des dames). Je suis resté courtois le plus longtemps possible avec celle qui m’a été présentée comme ma mère et à qui Nostradamus avait promis que je serais un beau parti. Je suis repassé à Lyon (on repassait beaucoup en ce temps-là !) où je m’étais arrêté en venant, j’y ai fait quelques déclarations européanisantes, j’ai restreint le Conseil d’administration de la SA Hexagone à huit membres : le chancelier Birague, Jean de Monluc, Morvilliers, L'Aubespine, Paul de Foix, Pibrac, Philippe Hurault, sire de Moulinsart et Bellièvre, renouant ainsi avec un Conseil étroit appelant au dynamisme individuel. (Ce qui a fâché paraît-il le cardinal de Lorraine, de la maison de Guise et Gaspard de Saulx-Tavannes, un militaire des meilleurs).

Je suis donc allé en Avignon faire pénitence, pieds nus, regarder danser sur le pont et couler le Rhône.

J’apprends que ma vie privée suscite parfois l'hostilité. Il paraît que certains n’approuvent pas mes goûts raffinés, les bijoux, les parfums, les vêtements coupés par Jean-Paul, on dit que je ne donne pas une bonne image d’un président de conseil et que porter robes, talons et perruques ne se fait pas dans des cortèges officiels, pourtant, il y a quelques jours à Bruxelles ...

On dit que je suis dépensier mais j’ai trouvé, en prenant ma fonction, un état comptable lamentable. Il est clair que l'écart se creuse entre les valeurs légale et commerciale de la monnaie, appauvrissant les sujets les plus humbles, les sans papiers, les sans abris, les sans autos, j’en ai même rencontré un sans télé...

 

 

Chacun son caractère, le mien est ordonné, j’ai demandé à Joseph de dresser un règlement pour remettre ordre et police en ma maison comme elle était sans doute du temps des feux administrateurs précédents que je n’ai point connu ou dont je ne me souviens pas.

Je suis cependant resté inquiet de cette étrange rencontre hier soir, Céline ! Celle-là ne pouvait être Céline, qui donc pouvait me le dire sinon Margot, ma sœur. Je lui dépêchai donc mon Chicon, la scène de la rencontre est connue, narrée plusieurs fois par des sbires, des reporters, des journaleux à l’affût, des paparazzi qui attendaient que la Mercedes se disloque contre une pilasse mal venue.

 

Chez Margot, l’étiquette fonctionnait comme autrefois, sur des roulettes, un laquais s’empara des clés de la Lamborghini, un autre conduisit Chicon à un petit camérier qui, effaré d'abord, s'inclina ensuite respectueusement lorsque Chicon, impérieux, lui eut déclaré être envoyé par le frère de Madame.

Le chambellan le fit entrer dans la très belle demeure où Margot, toujours très déshabillée, paraît-il, recevait ses amants et ses courtisans, ses admirateurs et ses quémandeurs, des flambeurs, des placeurs, des farceurs des cascadeurs des paradeurs des annonceurs des noceurs des ambassadeurs, des videurs et des danseurs, des pourfendeurs des vendeurs des sondeurs des accordeurs des boxeurs, des maraudeurs, des fraudeurs, des voyageurs, quelques bridgeurs et autres messieurs, pas toujours majeurs.

 

Il se rappela soudain qu'il ignorait le nom de cet ambassadeur extraordinaire.

— Chicon ! Vous dis-je.

La bouche ouverte, les yeux écarquillés, le gros chambellan contempla la haute silhouette de Chicon, ne sachant trop s'il était bien éveillé, s il avait bien entendu.

Chicon aimablement lui dit doucement :

— Je suis sur le point d'attendre, mon ami.

— Oui... oui... monsieur Chicon... bafouilla le pauvre homme, mais... mais je crois que Madame est dans son bain.

— Qu'à cela ne tienne, j'irai jusqu'à la piscine. Conduisez-moi.

Le chambellan, assommé, les idées en désarroi, ne sachant plus ce qu'il faisait, se dirigea d'un pas rapide à travers les couloirs vers une porte dérobée qu’aucun voleur n’avait encore emportée, qui aboutissait dans le fameux pavillon équipé de saunas, jaccussis et autres jets d’eau.

 

 

Chicon allongea ses grandes jambes, se maintenant constamment à la hauteur du malheureux qui finit par courir.

Chicon était toujours à ses côtés.

Le chambellan pénétra dans le pavillon, essoufflé, se heurta à deux caméristes qui jacassaient dans le vestibule.

— Une visite pour Madame... de la part de Monsieur...

Chicon salua gracieusement les deux aimables personnes qui le dévisageaient curieusement.

— Mon ami, dit-il au chambellan, vous pouvez vous retirer... Je n'ai plus besoin de vous.

L’ordonnance ne se fit pas répéter l'invitation et toujours affolé, se sauva du pavillon.

— Dites à Madame, dit Chicon, que je viens de Paris et que je désire lui parler de la part de son frère. Ou plutôt non, dites simplement mon nom : Chicon.

I1 parlait avec une telle autorité qu'une des deux servantes alla tout de suite prévenir Margot.

Elle revint un instant après, le visage souriant :

— Veuillez me suivre, monsieur Chicon.

Elle le conduisit dans la vaste salle où Margot, dans une très grande piscine qu'entouraient des colonnes de porphyre, avait l'habitude tous les matins de prendre son bain. Parfois avec un poète, parfois seule, elle nageait voluptueusement dans l'eau tiède et parfumée où se délassait son corps parfait, véritable modèle pour un statuaire.

(Il serait maladroit de ne pas remercier les sieurs Féval et Dumas qui décrivirent avant nous les beaux carrelages, l’eau chaude et les reins de cette belle personne)

 

 

 

La piscine intérieure du petit pavillon de chasse restauré (lequel sécurisait autrefois les amours de Diane) abritant Margot ses suivantes et ses courtisanes est entourée d'authentiques arbres exotiques et le soleil plombe des verrières sur ce coin de jungle miniature, on a amené ici des Amériques lointaines des arbustes et des fleurs exotiques à profusion. La piscine est toujours propre, nettoyée chaque jour par cette petite Philippine importée par un ami de Magellan. Tout est toujours impeccable, la patronne ne supporte pas la moindre impureté dans l’eau. Cette Pulvia n'avait pas pensé en quittant son île que la vie serait aussi triste, elle était traitée comme un chien un peu moins bien qu'un chien, son travail commençait à l'aube pour finir vers minuit elle mangeait les restes à la cuisine et dormait dans un réduit, elle n'avait de liberté que le vendredi et seulement de trois à cinq heures pour se courber vers l’orient. De temps en temps un visiteur surgissait comme un diable dans la cuisine ou dans son cagibi, il descendait son haut de chausses et l'obligeait à un acte immonde.

 

 

Chicon, aperçut, au milieu de l’eau parfumée, la soeur d’Henri. Aucun voile ne masquait ses formes charmantes. Elle était nue comme la main que ne recouvre aucun gant.

— Bonjour, ami Chicon, cria-t-elle gaiement. Soyez le bienvenu !

Sur le bord de la piscine, Chicon, abandonné par la femme de chambre, se confondait en salutations.

Margot lui dit en fendant l'eau gracieusement pour se rapprocher de lui :

— Je ne vous donne pas ma main à baiser, parce qu'il me faudrait sortir de l'eau et que je suis toute nue. Dans la piscine, l'eau me vêt. Ne trouvez-vous pas, Chicon ?

— Cette onde cristalline est le vêtement idéal ! répliqua sérieusement Chicon.

— Vous venez de Paris, paraît-il, en droite ligne.

— Oui Madame.

— Vous avez à me parler de la part de mon frère.

— Oui Madame.

— Ma mère connaît-elle le but de votre visite ?

— Non Madame... Votre auguste frère a tenu à ce que dame mère ignore ma démarche.

      Alors, il y a peu à deviner, nous aurons question d’Henri de Navarre mon époux ou alors, des actions qui s’écoulent en douce entre l’IG Farben et nos usines, des élections européennes ou bien serait-ce plus coquin, mon frère se serait-il entiché d’une nouvelle mignonnerie ? 

 

— Si Madame, voulait bien me faire l'honneur de m’écouter, cela faciliterait beaucoup l'entretien que je désire avoir avec elle, rien n’est ici question des d'Épernon, Louis Béranger, Jacques de Lévis, Louis de Maurigon. Henri est relancé par la veuve de Charles, cette Autrichienne, il a restitué au duc de Savoie les places qu’il possédait encore en vertu du traité du Cateau-Cambrésis, notamment Pignerol, il avance ses pions politiques.

— Mais alors, mon brave ? demande Margot, se décidant à grimper la petite échelle inoxydable et se trouvant ainsi nue et dégoulinante.

 

D'un geste simple, en peu de mots, il lui couvrit les épaules était écrit en légende sous la photo publiée dans Gala. Ce fut Stéphane Berné qui transposa le mot en y ajoutant pour le journal de vingt heures : c’était mignon.

 

Chicon, ami d’Henri, ne pouvait être qu’un gentilhomme. Voyant venir Marinette, il se saisit du drap qu’elle apportait pour en couvrir les épaules de Margot.

 

 

 

Tandis que Chicon devisait en aimable gentilhomme (même si d’aucun ont imaginé ici des gestes placés, peut-être même déplacés), Henri tenait à affirmer n'avoir rien plus à cœur ni plus recommandé de Madame Mère que de remettre les affaires en leur état et se préparer au scrutin européen. Des actions ponctuelles furent menées à Issoire et à La Charité-sur-Loire. On parla beaucoup de lady de Poitiers, qui après Diane était sans doute une chasseresse.

 

Henri eut a cœur de créer diverses nouvelles stock option et donna à une association caritative dont il se nomma président le nom d’Ordre du Saint Esprit, ce qui laisse peu de place aux revanchards. Si Greenpeace ne reçut pas son aval, il s’exerça tout de même à aider l’Oratoire de Notre-Dame-de-Vie-Saine (à Vincennes), puis deux autres associations sans but lucratif dont le storting club de Barcelone qui permettait de se rapprocher des Espagnols qui lançaient leur armada à la conquête de la Grande Bretagne.

Barnabé Brisson fut chargé de rédiger diverses coutumes juridiques et de faire percevoir des amendes pour tous ceux qui s’imaginaient que leur auto était leur liberté !

 

Les socialistes malcontents restèrent dans leurs locaux et l’on connut même un moment de calme quand José Boeuvé s’étrangla d’un grain de maïs transgonflé par Kellogs.

***

A Usson (en Auvergne, à ne pas confondre avec le château d’Usson, Pineau de Charentes), les négociations avaient été bon train entre Chicon et Marguerite et rapidement le messager d’Henri avait pu rentrer à Paris, ses investigations manuelles et personnelles lui ayant permis d’obtenir d’excellentes nouvelles concernant Céline.  Ceux qui attendaient de croustillants détails de cette histoire en marge de l’histoire ne peuvent reprocher à l’éditeur d’avoir occulté des jours et des jours, que le pape lui-même, et ce n’est pas peu dire, supprima, changeant le julien en grégorien.

 

 

Comme les élections approchent dans l’indifférence générale, je me suis dit que moi-même Henri devais faire un geste, je pensai aux intermittents du spectacle et je créai derechef l’Académie du Palais, avec l’aide d’Amyot, de Ronsard et Du Baïf, des gaillards à la verte plume. Un écriteur de Mes lèvres, les avant-portiers Du baiser, se rougissent d'aize, Et de mes souhaitz tous entiers, Me font jouïr quand je te baize ne peut être qu’un galant homme. J’en ai profité également pour rappeler le port de la robe noire aux Séances royales, et de la robe rouge comme distinguant le Lit de justice. Bien entendu j’eus de nombreux détracteurs, surtout ceux qui me trouvaient trop familier avec François d’O, encore une autre histoire, et c’est faire grand cas de moi alors que le maire de Paris, un président de parti wallon, un chanteur canadien sans compter quelques Suisses qui ne sont pas gardes au Vatican s’exhibent sans reproche. On raconte beaucoup trop à mon sujet, on a même essayé de me mettre à dos des affaires comme celle des fossés de Caylus où quelques bretteurs s’affrontèrent, ce qui n’est que normal dans une cité qui se voulait olympique.

 

A l’instar de Garros et Lacoste, Jacques de Lévis, comte de Caylus, Louis de Maugiron et Livarot, lancèrent défis sur défis, le plus célèbre, à trois mignons d'Henri de Guise, Ribérac, Schomberg et Entragues ; seuls Livarot et Entragues survécurent, beaucoup de sportifs disparaissent ainsi Peter Collins, Nungesser et Colli, Raymond Kopa et combien d’autres. En réalité, le sponsoring de la SA Hexagone a toujours su s’accommoder des faibles recettes et de peu de médailles mais il faut bien dire que j’ai hérité d’un paquet cadeau avec des concurrents protestants leur bonne foi comme Henri de Navarre toujours prêt à en découdre et Henri de Guise qui n’en faisait qu’à sa tête, c’est même passé dans les mœurs, en faire à sa guise, emmerder le monde alors que tout est cool et organisé !

Pour chapeauter le tout, un maître magnétique du barreau d’Arlon me rappelle la loi sadique qui précise que mes parts dans la société sont encore en partie sous tutelle parce que je n’ai pas d’enfant avec Louise. Est-ce ma faute si cette conne se prend pour une sainte et déplore ma conduite stupréenne, le mot est d’elle !   Je me marre comme administrateur de société et comme candidat aux élections européennes, comment veulent-ils rivaliser avec moi ? Les de Guise se prétendent de droit depuis Charlemagne, je m’en fous, les syndic de Joinville peuvent blablater, j’ai rameuté mes amis Polonais, j’ai engagé quelques cogneurs, des colleurs, des coffreurs, j’ai piqué au vif quelques patrons d’entreprises publiques, j’ai secoué deux ou trois syndicalistes de droite, j’ai promis une augmentation de la retraite, des sous pour les personnes sans emploi temporaire et de nouvelles pointes bic pour remplir les formulaires officiels. J’ai toutes mes chances ! On s’amuse bien, les batailles se succèdent, aucun des partis ne cherchant vraiment à aller jusqu'au bout des campagnes.

Le plus important pour le moment est que l’ordre règne, Chicon et Joseph m’assistent dans la nouvelle gestion, on parle même de déménagement.

 

Chicon a rassemblé quelques fidèles amis et s’est mis en route pour Blois qui est une agréable bourgade où je m’étais déjà rendu plusieurs fois.

 

Bien que Joyeuse soit décédé à Coutras, je ne tins pas plus revanche d’Henri de Navarre que lui-même, il avait, c’est évident démontré des capacités éclatantes de meneur d’hommes, un talent de général digne d’un Eisenhower à la veille du dédé mais je savais qu’il n’avait nulle intention de m’affaiblir, étant lui aussi fort embarrassé par cet autre Henri qui n’en faisait qu’à sa guise.

J’avais pourtant bien établi les règlements internes et les juristes avaient admis les modifications que j’avais apportées aux textes un peu vagues. Giovanni Dolfin, ambassadeur de Venise avait d’ailleurs écrit au Doge pour lui signaler les intéressants changements que j’avais apportés. Tout est prévu, y compris la petite sauterie que nous allions organiser, Joseph et moi, avec l’aide de Chicon.

Sauf que cette partie-là du texte restera un accord secret entre eux, Margot et moi. Un scénario parfaitement minuté, une mise en scène Zannuck, des plans Kubrick, des allées et venues Hitchcockiennes, des vamps à déboussoler Wooddy lui-même, chaque geste, chaque vêtement, chaque tenture, chaque lumière a été étudié. Saint Simon avait pu se moquer de mon organisation, disant qu’à trois cents lieues de Versailles, et avec une montre et un almanach, on pouvait savoir ce que je faisais, les perroquets bavards des gazettes allaient avoir de la copie à produire.

 

Wallstreet saurait de quel pétrole s’éclaire Henri Troyes !

 

Tout s’accélère, la progression est géométrique, 25 pays européens se sont coalisés, la générale Motors n’est peut-être plus la première puissance financière du monde, on dit même que Jane K Rowlings est plus riche que la reine d’Angleterre qui ceci dit entre parenthèses est une franche salope, elle a laissé condamner ma belle-sœur par ces enfoirés d’enjupés.

Bien que je reste menacé par les complots de la famille de Guise, et protégé par mes Quarante-cinq, je persiste à suivre le but clair : rétablir l’ordre.

Je ne sais que penser de Chicon, j’ai appris qu’il avait une fille secrète, genre Delphine Boël, Mazarine de circonstance, tout le monde fait donc des enfants ?

Que de problèmes ! Sans compter ceux que me posent désormais les Sarrasins installés un peu partout, ils me mettent martel en tête, du trois étoiles !

Heureusement je m’étais fait ami d’Uili Ali (ou un blase de ce genre). Ce type était un intrigant de première, il avait ses entrées chez Onassis et sa bande de requins barbaresques, il était fort écouté à la Sublime Porte et il fit nommer un nouveau lieutenant à la régence d'Alger, Hassan Veneziano, pour modérer l'action d’Al Aïda et du cartel des nitrates et des guanos contre les intérêts de mes sociétés. Rien ne cesse donc jamais, à peine ce problème était-il en train de se régler que tombe de la pipe en terre cuite du pape une de ces bulles à la con : l’excommunication des Navarre et des Condé ! Une tuile succédant aux autres, Joseph a pris un rendez-vous avec un auditeur spécialisé et celui-ci m’apprend que mes dettes se montent à 133 millions.

Je me dis qu’un pèlerinage à Chartres serait peut-être utile mais je ne puis quitter Blois pour l’instant, on prépare les salles pour la réception de la semaine prochaine. Je me demande si j’inviterai Margot, l’idée me tarabuste, elle est magnifique déchaînée entre deux ou quatre danseurs, mais lesquels choisir pour elle, on la tient pour l’instant fort accouplée à Jacques de Harlay et à Bussy d'Amboise, de mauvaises langues disent qu’elle a loué ses charmes à mon Joseph Boniface de La Môle.

 

Malgré toute sa bonne volonté, Hassan Veneziano n'a pas eu assez de poigne, à Alger, pour maîtriser totalement les terroristes et les hackers et pour imposer la présence d'un représentant de la SA Hexagone dans sa ville. Je continue à perdre de l’argent dans les affaires que j’ai au Sersou, en Kabylie, au Maroc. J’ai passé un coup de fil à Ali Gorron, un autre caïd du coin pour m’arranger un peu mieux et ayant eu la précaution de nommer Ben Tapijt à la tête de L’Organisation Mystique, je pus néanmoins développer le commerce du côté de Marseille et en Méditerranée. On organisa même une fête pour la circoncision du fils aîné d’Amurath.

 Ensuite, je pus constater que mes préceptes avaient tout de même été suivis, on commençait à manger un peu plus proprement que dans ces macolives et autres coucousparties. A Blois, désormais chacun utilise la fourchette pour manger, l’usage du savon pour se laver et le fréquent changement de linge de corps pour éviter les senteurs.

Je ne savais pas encore que l’on ne pouvait à la fois être propre et brave, élégant et hétéro. Les esprits n’y étaient pas prêts.

Mais les préparatifs de la cérémonie l’étaient.

Les invités commençaient d’ailleurs à investir Blois, quelques chanteurs locaux s’égosillaient entre Loire et Cher, Jack Lang promettait la lune aussi bien que Cyrano.

 

 

Il fut un temps où Adèle Blancsec hantait d’autres lieux que le pont Tolbiac, elle avait de l’entregent, de la famille, n’était-elle pas la fille de Guillaume, la femme d’Etienne, que l’on chanta tant, bégayant même.

Etienne avait fait du château de Blois une Cour d'Amour qu'illustre bien un poème courtois écrit à cette époque par Baudri de Bourgueil évêque de Dol.

Le temps passe, le monde évolue, les choses changent, des architectes, des bâtisseurs des démolisseurs se sont succédés pour faire ici des salles et des cabinets, des chambres et des bureaux, des antichambres avec pots, des jardins intérieurs, des plafonds peints, des tentures opaques.

Il y a la salle des Etats, c'est la plus ancienne et la plus grande salle Seigneuriale subsistant de nos jours en France, elle servit pour les audiences féodales du Comte, les hommages des vassaux et comme Salle de Justice. C’est ici que j’avais réunis les cinq cents députés du coin, pour une de ces discussions inutiles dont sont friands les élus du peuple.

A l’étage, des appartements ont été dessinés pour ma mère, au dessus, j’avais mes quartiers où je reçus d'O, Aumont, Rambouillet, Ornano, Bellegarde, Maintenon, six amis fidèles ayant suivi quelques cours chez les paracommandos.

Nous avons, ensemble, relu le scénario que j’avais élaboré, je pense que c’est d’O qui insista pour que l’on téléphone à Valou, lui dire que ce sera pire que dans le métro, qu’elle aimera ça. Je préférai que l’on s’en tint au secret. J’avais déjà suffisamment d’ennuis à défendre les calicots lyonnais dont s’emparait sans cesse Morat-Reis, un prédateur redoutable que combattit, je crois le Rescator, il faudrait que je demande à Angélique. Sur mer, les Sarrasins occupaient Frioul, sur terre, l’O.M. perdait toutes les joutes. Toutes ces affaires maritimes, je pense à la grande Armada défaite et à la marée noire de l’Amoco Cadiz me donnaient un bon prétexte pour inviter Henri 1er de Lorraine, prince de Joinville, 3ème duc de Guise , dit Henri le Balafré, en notre château.

 

Alors que les députés palabraient et que leurs gueuses faisaient les boutiques de la cité, je fis réunion, tint conseil de mes Quarante-cinq, hommes d'armes gascons entièrement dévoués à ma cause. Nous allions donc demander à ces congressistes de se réunir fort tôt demain et ensuite, nous allions faire venir Henri le Balafré sous raison qu’il fallait entériner un projet avant que je rentre précipitamment à Paris où le grand Jacques m’attendait dans l’urgence de l’organisation des restos du cœur pour l’hiver glacial à venir.

 

Je fis appel et vingt de mes fidèles décidèrent de jouer le jeu, le grand jeu, les autres resteraient dans la cour près de l’escalier qui fait la célébrité du château. Ils se chargeraient de contenir les curieux, distribueraient avec l’aide de soubrettes déguisées en bunnies du café chaud, des petits pains au sucre, des sandwiches jambon beurre et même des martino que je ne peux qualifier de martini, Aldo pourrait prendre la mouche, créer une compagnie et me soutirer qui sait encore des sous, bien que je me demande comment fait mon banquier, sans doute est-il bien informé par quelques taupes et secrétaires en minijupe que les affaires qui vont mal vont aller mieux.

 

Je me repasse le processus : huit dans la belle chambre, douze dans le cabinet vieux, je me dissimulerai moi-même derrière la tapisserie de Beauvais recroquée imaginativement par une tapisseuse qu’il faudra remercier. Alain chantera-t-il en la regardant se demandant ce qu’il y a sous les jupes des filles tandis que Will répondra qu’on y trouve le secret du grand pouvoir.

 

 

Le Balafré est arrivé en grandes pompes, il chaussait du quarante-quatre, on approchait du six juin, il mesurait démesurément et sa gueule était grande, grande grande... je me l’étais imaginé plus petit je ne l’avais plus vu depuis la disparition de ce cher Colligny. Ce gars-là, pourtant jeune, était hideux carabossé crouellé franchement ignoble malgré un essai de porter le manteau avec un rien de distinction. On ne devient pas distingué parce que l’on vient me voir, c’est avant qu’il faut prendre des cours.

Alors qu’il était en bas, au pied de l’escalier que tout le monde connaît, Joseph se détacha du mur et le prenant en aparté à deux pas de son garde du corps habituel, lui tint un langage viril l’incitant à venir me rencontrer sans délai dans mon bureau.

Joseph savait très bien ce qu’il fallait dire pour tenailler la curiosité d’Henri le Balafré, les élections européennes ! Ah ah ! Pourquoi faire ? La lutte contre la mongolisation est terminée et l’enseignement apprend désormais à tous les Européens qu’ils sont beaux et gentils, solidaires et poétiques, que c’est très bien d’avoir abandonné l’Afrique aux diables vaudous, aux imams à petits chapeaux ronds, alors qu’ils ne sont pas même bretons, bientôt les Européens n’auront pas plus de pétrole que d’idées, plus de matières premières, plus d’uranium, d’ailleurs nous allons sortir du nucléaire pour entrer dans le solaire, la nouvelle secte à la mode, bientôt trop tard pour pleurer, les Européens seront enchaînés.

      Nous sommes tous des morts en sursis, répondit le Balafré, acceptant l’invitation de rencontrer Henri Troyes sans ses éternels conseillers. Il se dit qu’Henri allait lui annoncer de bonnes nouvelles, la grève dans le Sud–Ouest allait pouvoir être matée et le parti pour la Paix en Iraq allait être bastonné, Henri le Balafré était tout à fait convaincu que lorsqu’un parti se réclamait de la paix, c’était surtout pour foutre la merde, il avait lui-même assez bien joué ce jeu-là.

 

 

A l’étage, Henri Troyes observe la cour, Chicon est assis, se demandant s’il ne joue pas les Monsieur Arkadin, d’autant plus qu’on venait de passer le film au cinéclub de Blois hier soir, cet amnésique qui avait recruté des gens qui le connaissaient pour remonter dans son passé, je ne vais pas raconter l’histoire, Orson est un gros lourd qui m’en voudrait.

 

Burt avait décidé de faire confiance à un vieux Smith et Wesson tandis qu’Hubert avait préféré un Herstal de bonne facture, Toni avait déposé une Sten derrière une tenture et avait son couteau de combat à triple dentelure attaché dans sa chaussette gauche. Ils sont à l’entrée du bureau tandis qu’à l’intérieur Bob Denard tripote son insigne de colonel qui n’est qu’une de ces bombes trafiquées par Kiouw, en observant les trois professionnels postés à gauche, Francis Coplan restant éternellement un homme de droite.

Huit, le compte est bon, les trois gauchistes avait été sélectionnés sur leurs compétences particulières, Robin crachait des aiguilles et lançait des shurikens comme un ninja diplômé, Thiebaut maniait le katana qu’il avait dissimulé sous son manteau de pluie avec une célérité et une efficacité digne des maîtres de dojos nippons, et Joaõ dansait la capoéra depuis sa plus tendre enfance, dans les bidonvilles de Rosario.

Douze autres spadassins du même acabit sont dans le cabinet vieux.

 

Comme il se doit dans une époque dignement religieuse, deux prêtres sont dans l'oratoire du cabinet neuf : je les y ai commis pour prier à la réussite de l'entreprise.

Au pied de l’escalier, Joseph s’est retiré pour laisser passer le Balafré, empêchant ainsi ses compagnons habituels de le suivre immédiatement.

Pour gagner le cabinet vieux où Joseph l’a envoyé, il lui faudra passer par le bureau où attendent en devisant huit amis d’Henri.

Henri de Guise y pénètre et les gens le saluent. Bob fait un petit geste amical de la main tandis que le Balafré se dirige vers Robin, Thiebaut et Joaõ, il connaît le chemin, il est déjà venu plusieurs fois dans cette aile du château, il sait que derrière ces trois-là se trouve une petite porte et qu’un couloir de quelques mètres permet d’atteindre le cabinet vieux.

Il frôle hautain Hubert et s’avance dans le corridor. Il ouvre la porte et aperçoit les gens qui l'attendent, plusieurs ont un poignard à la main, c’est un guet-apens. Un colosse marche vers lui, un long couteau de boucher dans la main gauche tandis qu’un personnage vêtu de cuir tient un démonte-pneus de camion, un troisième fait osciller une chaîne de Kawasaki triple maillons.

Il veut reculer, mais les huit hommes de la chambre lui coupent la retraite. Ils se jettent sur leur victime, la saisissent aux bras et aux jambes, enroulent son manteau pour l’empêcher de saisir le colt quarante-cinq qu’il ne peut manquer d’avoir accroché à sa ceinture pour venir ici.

Henri de Guise renverse quatre des agresseurs, en blesse un cinquième avec son drageoir. Il entraîne la meute jusqu'au bout de la chambre et revient, tente de s’approcher des croisées, d’appeler à l’aide mais qui ici viendrait à son secours ?

Henri parvient tout de même à se saisir d’un Tokarev extra plat que tenait un des conspirateurs, une salve rugit, un des malandrins se sent projeté en arrière comme s’il avait été shooté par Zidane.

Le géant lorrain finit par succomber sous le nombre, il est à genoux, il murmure «Miserere mei Deus». Cause comme ta mère t’a appris lance Thiebaut en dégainant son sabre, la lame étincelle, un pas marché comme au kendojo, les deux mains fermes sur la garde, l’acier fend l’air et le crâne.

***J’écarte alors la tenture derrière laquelle je m’étais tapis (Dans une autre vie, j’aurais été Prince du château de Liezen, une blonde à poitrine démesurée m’aurait tendu ses fesses et l’affaire aurait été plus avantageusement terminée). Je suis content d'y voir un peu plus clair, d'avoir un peu moins de vertiges... et même un peu moins de pellagre, en voilà un qui ne vieillira pas trop mal, ne deviendra pas gâteux, maldodos, tout de même, mon dieu, qu'il est grand ! Il parait encore plus grand mort que vivant.

En fouillant le cadavre, on découvre une lettre contenant ces mots : «Pour entretenir la guerre civile en France, il faut 700 000 livres tous les mois.» le destinataire ne la recevra pas ou peut-être, qui sait, et si je me faisais passer pour Henri. Henri versus Henri, Henri raconte Henri, Henri vit Henri, le vit d’Henri, la vie d’Henri...

Tandis qu’on appelle l’équipe de nettoyage, un caporal-chef ordonne que l’on aille déposer le corps près de la bulle verte qui n’est cependant pas destinée à recevoir les ordures, ce n’est que pour un moment dit-il à l’observateur de Singeville. Je reprends mes esprit, je passe dans l’appartement de ma mère à qui j’annonce joyeusement : «Je n'ai plus de compagnon pour une nouvelle guerre, le king est mort.»

La conscience en paix, je pars à larges enjambée à la chapelle Sainte Croix, près des étangs d’Ixelles pour y entendre une messe d'action de grâces.

 

 

Catherine m’avait reçu quelques instant et avait simplement commenté : "Bien taillé mon fils, maintenant il faut recoudre". Les Quarante-cinq, fidèles à leur maître, se distingueront encore le lendemain en poursuivant le cardinal de Lorraine, Louis de Guise, ainsi que principaux leaders ultra catholiques. Quelques-uns s’échappèrent pour s’en aller fonder un parti humanitaire. Est-ce possible que des gogos les suivent ? Humanitaire ? Quand on sait que cela a commencé avec Caïn et Abel et qu’il a bien fallu un inceste des plus virils pour perpétuer la race, on peut sourire des candidats humanistes tout autant que des rousseauistes.

 

 

 

Le corps de Louis alla rejoindre celui d’Henri auprès de la bulle d’attente des services municipaux. Comme les gens d’iceusses, à leur habitude traînaient dans quelques cafés mal fréquentés, Hassan et quelques amis passant en voiture accrochèrent les décédés à leur pare-chocs arrière pour un tour de ville gratuit, side seeing et slideshow sur TF 1 garantis. On perdit quelques lambeaux par-ci par là que des collectionneurs habiles transformèrent en reliques qui pouvaient se vendre ou s’offrir à l’achat de trois tee-shirt : Satan go home. Dans le feu de l’action, ils élevèrent un bûcher pour un méchoui gigantesque, y glissant les deux corps préalablement huilés. Les cendres de l’ensemble furent enlevées le surlendemain par les éboueurs qui avaient repris le travail, la paix semblait acquise au Moyen-Orient, Khartoum avait été libérée par les mass média, et le populo grec allait pouvoir toucher des athlètes de leur vivant. Tout allait bien !

 

De nombreux journaux s’étaient emparé de l’anecdote de suppression de gêne réalisée par Henri Troyes, des journalistes inventèrent des scénarii, on parla de captation de pouvoir, de délit d’initié, même d’assassinat caractérisé, on dit que Henri le Balafré était entré en saluant ceux qui étaient en la chambre, que ceux-ci s’étaient levés (jouaient-ils aux cartes ?) on a raconté sur une chaîne périphérique que le sieur Montsiéré avait poignardé lui-même Henri en criant « traître tu mourras », on dit tant de choses, qu’Effranac frappa dans les reins, Saint Malines aux jambes, on inventa mille situations tant et si bien que le procureur fut obligé de s’en mêler, confiant l’affaire à Palumbo, un lieutenant nouvellement promu qui conclu rapidement que ledit Henri le Balafré avait fait une mauvaise chute en traversant un couloir mal éclairé. Affaire classée. D’autant plus qu’un autre procureur fut diligenté pour arrêter Charles, le fils du Balafré sous cause qu’il était possible qu’il y ait réseau, association de malfrats, qu’on l’avait vu à la Dame Blanche qui comme le sait tout un chacun est un repaire où se déroulent des ballets roses.

 

Avais-je à me justifier de mon comportement alors que je briguais, c’est évident un de ces nouveaux mandats européens qui allaient enrichir considérablement les malins qui seraient les premiers à les obtenir. Je n’avais guère de temps à passer à procéder par voies habituelles de justice, je suis bien content que cet Henri là se soit pris les pieds dans le tapis et cogné la tête au rebord de marbre, version officielle de l’assurance en responsabilité familiale que je n’avais manqué souscrire par souci de prudence de bon père de famille.

L'accident survenu au cardinal de Guise eut des conséquences plus fâcheuses pour moi : Jean-Paul broubela, alzeima, vagua, postula, postillonna, n'accepta pas mes justifications et, apprenant que j’avais fait ami ami avec Henri de Navarre, il finit par m'excommunier.

 

Ce Jean-Paul était fâché sur moi à cause d’Epernon qui avait arrangé une entrevue à Saint Jean d’Angély et une party à Plessis-lez-Tours, cela ne calme cependant pas l’ardeur des casse-pieds écologistes, socialistes et blogistes.

Leur ligue ne disparaît pas pour autant, retournement de situation, le Charles se taille et s’en nomme chef, confiant une enquête spéciale au lieutenant Palumbo qu’il nomme capitaine. Tout de suite, ce dernier rentre à Paris pour annoncer la nouvelle à sa femme qui est une inconditionnelle d’Henri.

Tandis que Jacques de Corrèze reçoit en grandes pompes du côté de la Normandie, Paris gronde, Paris entre en rébellion ouverte, se plaçant sous la protection du duc d'Aumale, cousin des Guise. L'agitation était à son comble dans la capitale, où des rebelles incendiaires argentins s’emparaient d’un trophée crocodilesque tandis qu’un couple belge se distingue en double messieurs, l’époque est au stupre, je demande à Joseph de me rapporter le Nécromicon, l’art d’aimer et quelques exercices de style de Suétone. Le duc Sarco de Mayenne s'octroie le titre de lieutenant général de l'État, tandis que des villes ligueuses se soulevaient contre les percepteurs de la TVA.

De manière à rester sur l’événement, fort de mes actions chez Total Fina et Elf, chez Lagardère et Dassault, Meudon et L’Oréal, je décide de loger avec mes amis dans une propriété que j’achète à Saint Cloud où j’apprends le décès de Cowboy premier. Rien ne va plus ! Faites vos jeux. Un message me décoiffe...

Deviens-je parano ? Les dangers dont se croit menacé l'anxieux ne répondent jamais si fort à son attente qu'au début de la situation dangereuse et c'est alors seulement qu'il convient de s'en protéger. Je voulais téléphoner à Liliane mais Chicon me dit que les choses changent, que des bruits courent, que l’on restructure un capital qui le vaut bien, que va disparaître le holding de contrôle créé par Eugène Schueller pendant ce que les benêts ont appelé la dernière guerre. Le fondateur du groupe était l'un des grands financiers du complot de la Cagoule et du nazisme français. A la Libération, la société par ses filiales étrangères servirent souvent de refuge aux criminels en fuite. C’est une vision qui échappe souvent aux blondes, aux rousses et aux décolorées. Aujourd'hui, me dit Chicon, Liliane Bettencourt, est la femme la plus riche de France et l’argent n’a pas d’odeur, d’ailleurs la chimie développée au sein du groupe permet tous les antitranspirants. L'histoire du grand capital s’accommode mal des transports de troupes et des manifestations syndicales.

C’est Chicon qui me passe l’autre message : On Thursday the Bilderberg group marks its 50th anniversary with the startof its yearly meeting. For four days some of the West's chief politicalmovers, business leaders, bankers, industrialists and strategic thinkerswill hunker down in a five-star hotel in northern Italy to talk about globalissues. This year Bilderberg has announced a list of attendees They includeBP chief John Browne, US Senator John Edwards, World Bank president JamesWolfensohn and Mrs Bill Gates.

C'est marrant, pour la presse, trois crétins qui dessinent des croix gammées dans un cimetière c'est un complot fasciste menaçant, par contre quand les hommes les plus puissants se retrouvent secrètement au sein du Bilderberg, c'est juste une réunion anodine pour papoter sur des "globalissues"... tout avis différent étant bien sûr taxé immédiatement de conspirationisme, anti-américanisme et anti-sémitisme...

Et donc la mass populia pourra s’exprimer dimanche prochain, ahah hahahahahahaha

Le diable en rit encore !

Jacques Clément, dominicain, raccrocha le téléphone d’une main tremblante.

Livide, exsangue, essoufflé, il avait l’impression d’avoir poussé la porte de l’enfer et d’avoir commencé la descente, il en était à la première et irréversible marche. Ignace, le jésuite , un ami de longue date et de Madrid venait de l’avertir que des gens de la Compagnie Internationale Anonyme avaient posé beaucoup de questions à son sujet et que l’on avait demandé s’il y avait un projet particulier en route, une mission, un contrat.

Il se concentra cependant sur la prière du matin, pensant qu’à six heures, il quitterait discrètement le prieuré pour se rendre au couvent de Sait Cloud. Il avait rendez-vous à huit heures avec la secrétaire de la mère supérieure et à onze heures trente, à l’hôtel des Roys, avec cet Henri auquel il devait apporter des nouvelles secrètes.

Il quitta sa chaise de prière et se rendit à l’atelier de menuiserie pour y prendre ses outils, il choisit un poinçon carré de bonne taille et un couteau effilé. Comme on avait dit que les chemins étaient peu sûrs, il alla à l’armurerie où il avait ses entrées malgré l’absence du père armurier, s’étant fait faire il y a quelques mois une clé de la petite porte bardée d’acier contre les mauvaises intentions.

Sentimentale comme un banquier suisse mais douée d’un courant de réflexions intimistes étonnant, Marie-Claire des pauvres et des handicapés était aussi une moinesse copiste de première force, elles vous établissait pour les sans-papiers en un tournemain un passeport vierge d’ennuis futurs, entre autres. Parmi ces qualités de précision de gestes elle avait aussi celle du papillon thaïlandais et de la masseuse de Hong Kong, et, ce qui n’était pas négligeable à certaines occasions, elle était excellente nageuse, elle adorait l’eau, en fait.

C’est ainsi qu’elle avait reçu la première fois Jacques Clément, lorsqu’il était venu pour acheter au nom de la congrégation franciscaine de Bourges quelques documents et diplômes, au bord de la piscine, dans la quelle elle poissonnait uniquement vêtue d’un string mauve foncé et d’une poitrine refaite par le grand chirurgien plasticien Solvay.

Bien dressé, le dominicain était revenu souvent au couvent des Clémentines pour y recevoir des documents mais aussi pour apporter des nouvelles du monde extérieur et se servir de son outil le plus naturellement possible pour mener la chère sœur vers le septième ciel, ce qui est une voie quasi obligée pour une confessionnelle.

Il attendait d’aujourd’hui un moment intense et des documents qui lui permettraient de tromper la police après qu’il aurait rencontré Henri, car, bien entendu, il n’était pas question de rester sur place.

Une goutte de sueur perla sur le front du dominicain, il se répétait les mots d’Ignace. Il fallait savoir ! Il composa un numéro sur son téléphone portable, une voix automatique lui apprit en quatre langues que le correspondant était inaccessible momentanément et que zéro message pouvait lui être délivré.

Au couvent de Saint Cloud, Sœur Marie Claire se contempla dans le grand miroir disposé dans sa cellule, derrière la bibliothèque qui contenaient plus de trois cents missels différents dont un directement imprimé par Gutemberg lui-même et un autre enluminé de diableries Boschiennes. Tout en se mirant et en observant les lignes parfaites de son corps, elle dégustait à la petite cuiller un yakult bio saupoudré d’un peu de ce Beluga que lui rapportaient les copistes grégoriens de la Mer Noire. Ensuite, elle se peigna, passa un filet dans ses cheveux noir jais, enfila un micro string, il fallait être vêtue dans les couloirs, n’est ce pas et se rendit comme chaque matin et comme d’autres, à la piscine. Elle eut une pensée pour sa cousine Margot qui faisait sans doute pareil dans l’annexe de son château de résidence.

 

Il se revoyait à Alger au temps béni de la lutte contre l’Oas, à Beyrouth au meilleur de la guerre civile, en Afghanistan avec les Mabouls du peuple à moins que ce ne soit à Ceylan ou à Djakarta, sa congrégation religieuse lui avait permis de beaucoup voyager.

Sœur Marie Claire, Célestine Copenolle dans le civil ne changeait pas d’une visite à l’autre, pensa-t-il,ils s’embrassèrent, sa langue était douce et habile.

Il guetta plusieurs minutes l’ambiance de la rue puis longeant les murs, s’engouffra dans l’hôtel par l’entrée de service. Il passa dans le vestiaire, endossa un uniforme de buttler et d’un pas ferme se rendit à la colonne d’ascenseurs.

Quatrième

Extraordinaire, couloir vide devant lui, chambre 425, Henri attend jacques Clément qui doit lui apporter des nouvelles secrètes. Il ouvre donc la porte contemple avec étonnement le majordome classique qui li fait face, celui-ci prononce la suite des vers magiques : bercent mon cœur de langueurs monotones... C’est bien l’envoyé de la concurrence.

Le moine déguisé n’avança pas très loin dans la suite, il dit simplement voici les documents demandés et ouvrit sa veste comme s’il allait en tirer un portefeuille, dans l’instant, il débloqua de sa ceinture un véritable Gillwell, un de ces couteaux Baden Powell dont seuls les Anglais et les Suisse avaient compris l’usage.

Clément frappe violemment son interlocuteur d'un coup de couteau au bas-ventre.

Tandis qu’Henri s’écroule dans le sang qui gicle, la porte de l’ascenseur trois s’ouvre sur Céline et Henri de Navarre. Ils aperçoivent le majordome qui quitte à pas pressé l’appartement d’Henri Troyes. Ils hâtent le pas, découvrent Henri se tenant le bas-ventre, écroulé sur la moquette ensanglantée.

"Voyez mon ami comme vos ennemis et les miens m'ont traité. Il faut que vous preniez garde qu'ils ne vous en fassent autant". Dit-il et regroupant ses dernières forces, il demande à Henri de Navarre de prendre soin de Céline à qui il montre d’un clignement d’œil qu’il est heureux de la revoir.

 

 

It fecit qui prodest (Henri)

La liberté de l'autre étend la mienne à l'infini". (Bakounine)

Et si les choses avaient été différentes ? Et si Némo connaissait une autre histoire ?

 

 

On trouvera des indications concernant les autres textes de Xian en consultant :

http://petitedetente.skynetblogs.be/post/3720330/oublication-

ou en se rendant chez Henri, feuilleton quotidien ... http://jemappellehenri.skynetblogs.be